PHÉNOMÈNE (O)

 

(i) Chaque domaine de connaissance (physique, biologique, écologique, psychologique ou sociologique) comporte de très diverses manifestations, généralement observables, que les scientifiques (homme de l'art ou statisticien) cherchent à organiser et à élucider.

 

Cette situation conduit à distinguer des phénomènes pertinents, ie des manifestations que la Nature permet d’aborder et d’observer (cf dispositif expérimental, production statistique, système d’observation, système statistique). C’est notamment le but de la phénoménologie.

 

Un phénomène donné peut se représenter à l’aide d’un système (cf aussi système aléatoire), lequel comporte un certain nombre de « composants » (eg unités statistiques) qui peuvent être reliés entre eux par diverses « relations » (fonctionnalités, liens causaux, etc).

 

Chaque composant et chaque relation peuvent se décrire à l’aide de variables statistiques (variables d’état, fonctions diverses), généralement traitées comme des variables aléatoires ou comme des statistiques. Ces variables peuvent être des variables qualitatives ou des variables quantitatives.

 

De façon générale, un système évoluant dans l’espace (physique) ou dans le temps peut souvent être synthétisé à l’aide d’un processus stochastique (spatial ou temporel) décrit dans un espace des états.

 

Ainsi, en sociologie (macroéconomie), le phénomène « consommation finale des ménages » met notamment en relation la consommation C avec le niveau des prix (eg IPC ou indice implicite du PIB) p et avec le revenu brut disponible (RDB) R, selon une équation de la forme (cf fonction de régression, régression) :

 

(1)      C  =  g (p, R).

 

Les variables sont ici toutes numériques, et la fonction de consommation g constitue la relation centrale du système précédent.

 

A des instants (ou pendant des périodes) t Î T (ensemble du temps) (cf espace du temps), on considère un processus temporel vectoriel (ie tridimensionnel) {Ct , pt , Rt}t Î T observé selon une série temporelle {(C1 ,..., CS), (p1 ,..., pS), (R1 ,..., RS)} dans laquelle S Ì T est un ensemble (en général fini) d’instants ou de périodes considéré(e)s. Par suite, on obtient une équation vectorielle de la forme :

 

(2)      Cs  =  g (ps , Rs),      " s Î S tq S Ì T.

 

Une analyse microéconomique procèderait avec le même esprit, certaines variables pouvant être qualitatives (eg CS individuelle ou type de « panier », zone d’habitat, etc).

 

(ii) Pour que l’analyse soit réalisée de façon efficace, diverses propriétés sont recherchées. Le phénomène considéré doit donc être :

 

(a) identifiable, ie repérable au sein des phénomènes relevant du domaine considéré. Ainsi, en sociologie (économie), on distingue les phénomènes de production, d’investissement, d’échanges (consommation, exports / imports), monétaires, etc ;

 

(b) circonscrit, ie doit permettre la définition de « frontières » aussi claires que possible pr aux autres phénomènes. Dans l’exemple précédent, les frontières sont définissables, mais elles sont aussi compatibles avec l’existence d’intéractions entre phénomènes ;

 

(c) descriptible, ie assorti, dans la mesure du possible, de variables (« descripteurs ») qui soient des variables observables (cf aussi inobservable, observable).

 

(iii) Ces distinctions permettent des analyses (partielles) approfondies et supposent une certaine forme de cohérence et d’homogénéité interne : les liens reliant les « objets » internes à chaque phénomène sont plus forts que, ou même exclusifs de tous autres, liens pouvant relier l’ensemble de ces objets, à l’intérieur du corps de connaissance considéré aussi bien qu’à l’extérieur (cf schéma).

 

L’analyse d’un phénomène donné peut, en théorie, s’effectuer :

 

          (a) soit conditionnellement aux variables externes (cf conditionnement), ie à valeurs données des variables non prises en compte. Dans ce cas, on suppose (implicitement) que la loi du phénomène considéré est une loi conditionnelle dépendant des valeurs (souvent inconnues) de ces variables ;

 

          (b) soit marginalement aux autres (marginalisation), ie pour toutes les valeurs des variables non prises en compte. Dans ce cas, on suppose (implicitement) que la loi du phénomène considéré est une loi marginale, qui ne dépend donc plus des valeurs de ces variables.

 

Ainsi, en sociologie (économie), le RDB peut s’écrire sous la forme d’une différence entre le revenu brut et les prélèvements obligatoires, eg R = B - P, B et P jouant le rôle de variables non explicitement prises en compte dans l’équation (1). Autrement dit, les décisions de prélèvement sur le revenu sont, non seulement exogènes, mais aussi non retenues dans la modélisation : elle relèvent cependant du domaine de connaissance en question. D’autres variables (effets d’imitation pr au Reste du monde, etc), qui ne relèvent pas nécessairement de cette analyse, peuvent être considérées de la même façon.

 

Enfin, des variables appartenant à d’autres domaines de connaissance peuvent influencer les variables précédentes : eg (physique) catastrophes naturelles, (biologie) état de santé de la population, écologie (dépenses « vertes »), psychologie (anticipations de prix ou géostratégiques), etc.