L’apprentissage

de la trompette, du cornet et du bugle

 

Méthode raisonnée

 

par

J.A. Monfort

 

(mise en ligne : fin 2014, dernière mise à jour : 13 / 04 / 2018)

 

0. Remarques préliminaires

 

0.1. L’auteur

 

L’auteur n’est pas un « professionnel » (professeur, interprète), et encore moins un « virtuose ». Il n’est qu’un particulier mélomane, passionné et autodidacte, qui a, de plus, commencé la pratique de cet instrument assez tardivement (14-15 ans).

 

Les informations, suggestions ou conseils incorporés dans cette méthode résultent de réflexions personnelles accumulées pendant de nombreuses années : expériences et pratiques personnelles, parfois interrompues, de ce magnifique instrument. Ces réflexions ont été mises en ordre en suivant une certaine démarche, à laquelle le profil professionnel de l’auteur (économiste et statisticien) n’est sans doute pas étranger : cette démarche procède à la fois (a) d’un esprit de méthode, (b) d’un esprit de pertinence et (c) d’un effort de présentation pédagogique, qui ont été appliqués à l’approche et à l’utilisation de cet instrument.

 

0.2. Esprit de la méthode

 

La méthode proposée se veut aussi être une synthèse de diverses connaissances : physique et acoustique, culture musicale et musicologie, lecture de diverses méthodes (cf Annexe 04, bibliographie sommaire), écoute des grands interprètes (parmi les cuivres, mais aussi en dehors des cuivres), etc. L’Annexe 11, glossaire des termes techniques ou expressions spécifiques, résume divers points pouvant se relier à la trompette.

 

Les connaissances nécessaires à l’exécution (ce que l’on appelle « la technique ») ont été systématiquement recensés et mûris :

 

            (a) leur rôle respectif a été analysé et testé « isolément » ;

 

            (b) les intéractions entre ces éléments ont ensuite été étudiées : combinaisons ou cumuls, simultanéités, antériorités, impossibilités.

 

Ces éléments, tels qu’ils sont rassemblés ici, pourraient aussi permettre, le cas échéant, de dresser un tableau méthodologique croisant :

 

            (a) les potentialités de l’instrument. Il s’agit de ses « caractéristiques mécaniques et acoustiques » et des « fonctionnalités » ou possibilités associées : tuyau sonore (résonateur), types de sons émis, tessiture maximale (sons pédales, ambitus usuel, registre suraigu), spécificités mécaniques ou acoustiques (embouchures, cylindres et pistons, coulisses, clef d’accord, clefs d’eau, sourdines) ;

 

            (b) les potentialités de l’instrumentiste et les « tâches » qui lui sont possibles, compte tenu de ses capacités intellectuelles, physiques, biologiques et physiologiques : ces potentialités sont sa source d’énergie (muscles du corps et des mains), le vecteur d’énergie qu’il crée et entretient (air), son anche vibrante (excitateur).

 

[Note. L’ambitus d’une ligne musicale (partie d’orchestre) désigne l’étendue de cette ligne, depuis sa note la plus basse jusqu’à sa note la plus élevée : c’est donc l’intervalle maximum d’une oeuvre que l’artiste doit exécuter. Parallèlement, la tessiture d’un instrument désigne l’étendue sonore que peut être produite avec cet instrument, entre sa note la plus basse et sa note la plus élevée. Ces deux notions peuvent être mesurées par le nombre de 1/2 tons, ou encore par la différence de fréquences, entre les deux notes extrêmes. Pour qu’une partie soit « jouable » avec un instrument donné, il faut que sa tessiture « englobe » l’ambitus de la partie à exécuter. Le registre « musical » grave d’une trompette est borné inférieurement par la note F1#, ie le Fa # situé au-dessous de la portée. Par contre, son registre aigü n’est limité supérieurement que par les capacités techniques de l’artiste. En pratique, il est très rare de jouer de façon satisfaisante dans l’octave qui sépare le contre-Ut C3 et le bi-contre-Ut C4 : tenter de jouer, avec une trompette, une partie composée pour un instrument dont la tessiture contient l’intervalle C3-C4 est donc plus ou moins voué à l’échec]

 

0.3. Ordonnancement des tâches

 

Au début de l’apprentissage, aussi bien que pendant un échauffement (cf infra), les « tâches » à réaliser ne peuvent s’effectuer dans n’importe quel ordre. On suggère de respecter les « successions » entre tâches suivantes :

 

            (a) production du son. Le premier objectif de l’apprentissage consiste à produire une vibration des lèvres (il s’agit surtout de leur partie centrale). La qualité de cette vibration est donc très importante : régularité de ses battements (fréquence stable et à la bonne hauteur), volume ou « dynamique » sonore conforme à ce qui est souhaitable (intensité stable). Par la suite, il sera possible de dévier de ce principe de base : exercices de souplesse, (de)crescendos, etc. C’est la respiration (exhalation) qui va jouer un rôle de « moteur », ie de créateur d’énergie : son contrôle est donc essentiel. Le problème de l’attaque (linguale ou seulement respiratoire) des notes jouées est, à ce stade initial, secondaire.

 

Cette première phase correspond à une notion-clef : la tenue des notes produites. En effet, une fois un son obtenu, il est nécessaire de le maintenir à sa bonne hauteur (fréquence, intensité et timbre stables) pendant un certain temps. Pour ce faire, divers exercices peuvent être pratiqués : maintien de « sons plats » (contrôle de la vibration et de sa fréquence sonore), pratique des « sons filés » (de très pianissimo ppp à très fortissimo fff, et inversement). On peut aussi diminuer un son filé jusqu'à extinction du son (instant à contrôler) ;

 

            (b) balayage de la tessiture de l’instrument. Le deuxième objectif de base consiste à parcourir une étendue sonore « raisonnable » avec la trompette (F1# - C3, voire jusqu’à E3). Il est toujours possible d’attaquer d’emblée, « à froid », une note très aigue ou très grave. Mais ce qui est plus important, dans ce deuxième stade, c’est de pouvoir passer sans difficulté (heurts, déformations de note, retards, etc) d’une note quelconque à une note voisine (d’1/2 ton ou d’1 ton au-dessous ou au-dessus). Par suite, les exercices basés sur les gammes (de tous genres), qui consistent à exécuter en séquence des degrés dont les hauteurs sont « proches » entre elles, permettront de monter ou de descendre plus aisément en tessiture. Un procédé consiste à descendre ou monter progressivement des portions de gammes médianes (par exemple de G2 à C2), puis d’étendre de plus en plus ces portions vers le grave et vers l’aigu (cf mouvement des vagues pendant les marées : les vagues se retirent ou avancent sur le rivage par mouvements successifs). Ainsi, une fois un degré d d’une gamme atteint, l’étape suivante consiste à atteindre le degré d-1 (vers les graves), ou d+1 (vers les aigus) (cf Raphael Mendez : « scales, scales, and scales again »). Dans cette catégorie, on peut inclure l'exécution de trilles (1/2 ton ou 1 ton au-dessus ou au-dessous d'une note donnée), qui incite à pincer ou dépincer les lèvres. Cette phase amorce ainsi un début d’effort d’endurance ;

 

            (c) flexibilité. Le balayage de tessiture qui vient d’être indiqué développe en même temps l’acquisition de la flexibilité (des lèvres), c’est à dire du masque interne (cf infra), puisque les lèvres se déforment en fonction de la hauteur des notes. Le travail des gammes permet, non seulement de développer la souplesse des muscles labiaux, mais aussi l’articulation (digitale) des touches de pistons (apprentissage des doigtés de base associés aux gammes). Pour progresser, cette flexibilité sera renforcée en exécutant des intervalles plus étendus (1 ton 1/2 et davantage) que ceux pratiqués avec les simples gammes de l’étape précédente : c’est l’intérêt des arpèges (de tous genres), puisque ceux-ci comportent des intervalles plus ou moins importants (tierces mineures et au-delà). Les lèvres vont alors exécuter des efforts de flexibilité plus importants ;

 

            (d) endurance. Le fait de travailler (1) l’émission du son, (2) la tessiture et (3) la flexibilité contribue ipso facto à entraîner la respiration et à renforcer les muscles labiaux et péri-labiaux. Par suite, la tenue des notes (à la fois, justesse et durée), ainsi que les exécutions prolongées, doivent être facilitées ;

 

            (e) les deux types d’articulation. Une fois acquis les fondements précédents (production du son, déplacement dans les registres de l’instrument, flexibilité et endurance), le progrès consistera à travailler systématiquement (1) l’articulation digitale (enchaînements des doigtés des gammes ou des arpèges) ainsi que (2) l’articulation linguale (en exécutant avec la langue divers effets de clapet, ordinairement appelés « coups de langue »). Cette étape du développement technique doit aboutir à une coordination parfaite entre ces deux types d’articulation ;

 

            (f) vélocité. Le progrès suivant consiste à appliquer, de plus en plus rapidement, les différentes techniques précédentes.

 

La démarche proposée, comportant les successions indiquées (respiration et production sonore S, parcours des registres R, flexibilité F, endurance E, articulations A et coordination C, vélocité V), doit entraîner une évolution souhaitable des progrès à réaliser :

 

Son - Registres - Flexibilité - Endurance - Articulations - Coordination - Vélocité

 

Ce cheminement n’est guère apparent dans les méthodes usuelles. Divers ouvrages le suggèrent parfois, mais beaucoup développent une pédagogie « en entorse » par rapport à ce développement. Or, le fait de négliger l’ordonnancement précédent ne constitue pas une stratégie de progrès optimale.

 

Un maximum de rationalité a donc été systématiquement recherché dans cette méthode.

 

0.4. Multiplicité pédagogique

 

Après réflexion et avec du recul, on peut observer que de nombreux procédés ou techniques habituellement enseigné(e)s de façon affirmative, voire péremptoire, prêtent souvent à discussion ou à interprétation, ou encore doivent être soumis à expérimentation individuelle. Un enseignement s’adressant à des jeunes ou à des débutants peut, sans doute, impliquer un contexte d’ « autorité » : simplicité pédagogique, établissement de « bonnes bases » (« prise d’habitudes »), etc. Mais, étant donné qu’il n’existe pas de méthode d’enseignement unique, ni unanimement reconnue, et que des méthodes actuelles préconisent souvent des attitudes différentes pour résoudre les difficultés techniques, il paraît préférable d’indiquer diverses façons de traiter chaque problème technique : l’étudiant pourra choisir la (ou les) façon(s) qui lui apporteront un maximum d’efficacité.

 

[Remarque. Par expérimentation on entend tout essai résultant d’une curiosité dont la finalité est de connaître et de « comprendre » l’instrument dans toutes ses fonctionnalités, y compris les moins apparentes. Il ne faut pas hésiter à « expérimenter autour » de chacune des questions abordée dans cette méthode. Par exemple (cf § 2.5.3. infra), le « coup de langue » peut être pratiqué de diverses façons : au niveau du « produit final » (louré, piqué, staccato, marcato, etc) mais aussi au niveau de la technique d’articulation (recherche d’un minimum d’effort, des meilleures positions de la langue dans la cavité buccale, etc)]

 

Le soutien et l’assistance d’un professeur, l’assiduité à suivre divers conseils (autres apprentis, amis), sont indispensables, au moins en début d’apprentissage. Plus tard, des « avis » extérieurs (entourage personnel, professionnels, etc) contribueront à forger davantage l’expérience personnelle : opinions sur la qualité du son, sur la précision d’attaque des notes, sur les liaisons, sur le style, etc.

 

0.5. Prévision de succès individuel

 

S’il est impossible de préconiser une seule pédagogie, ou une seule façon de travailler (échauffement, techniques, exercices, oeuvres), il est encore moins possible de « prévoir » le niveau de succès réalisable en fonction des efforts et des objectifs personnels au cours du temps. Ce niveau dépend étroitement des caractéristiques individuelles : or celles-ci jouent un rôle central dans le progrès technique de l’instrumentiste.

 

Une bonne connaissance de la technique et de l’art, ainsi que les capacités individuelles dont il peut faire preuve, ne suffisent pas toujours à accéder à un niveau souhaitable ou souhaité : exigences d’un professeur, requis d’une compétition, ambition personnelle. En effet, un travail assidu, explorant toutes les dimensions de l’instrument et mettant en jeu toutes les capacités individuelles, ne conduit pas nécessairement à des résultats « valables » ou d’un niveau « professionnel » (qualité du son, « virtuosité », etc) : autrement dit, fixer un « standard » de qualité à sa propre pratique instrumentale constitue un objectif qui n’est pas nécessairement réalisable, sauf à s’entraîner davantage ou à changer de standard.

 

On peut « aimer » réaliser quelque chose sans y exceller, de même que l’on peut être valable dans quelque chose sans « aimer » le faire.


 

0.6. Mélodie et harmonie

 

Une pratique (même élémentaire) d’un instrument de type harmonique (piano, orgue, clavecin, etc) apporte un grand avantage : elle permet de prendre conscience des différences entre instruments mélodiques et instruments harmoniques.

 

Ainsi, les instruments à claviers, ou certains instruments à cordes, permettent, non seulement de « plaquer » des accords, mais aussi de superposer des notes de longueurs différentes (cf « un piano équivaut à un orchestre entier »).

 

Les formes harmoniques possèdent une richesse musicale que l’utilisateur d’un instrument mélodique (vent, cordes non frappées, etc) ne peut apprécier pleinement : aussi ce dernier aura-t-il avantage à pratiquer, en parallèle, un instrument de type harmonique (cf infra) (cf aussi étude de A. Sève, pour les instruments à clefs ou à trous, ou encore le « chant dans l’instrument » appelé « flatterzunge »).


 

֍

֍        ֍

 

Version complète en format PDF téléchargeable (texte principal et annexes)

Joindre l’auteur : jean-alain.monfort at laposte.net

(recopier cette adresse dans la messagerie personnelle, et y remplacer « at » par @, sans espaces)

 

English version (downloadable PDF format)

 

֍

֍        ֍

 

Plan de la méthode

 

Chapitre 01. Avant propos et présupposés

Chapitre 02. Anatomie et physiologie

Chapitre 03. La respiration : un préalable fondamental

Chapitre 04. L’échauffement des muscles

Chapitre 05. L’entraînement et la technique

Chapitre 06. Aides à l’apprentissage

Chapitre 07. Protocole d’exécution des exercices

Chapitre 08. Les exercices

Chapitre 09. Les défauts d’exécution : causes et solutions possibles

Chapitre 10. Création musicale et exécution instrumentale

 

Annexes

 

Annexe 00. Quelques informations sur la trompette / cornaline

Annexe 01. Embouchures

Annexe 02. Notations harmoniques abrégées

Annexe 03. Lexique français-anglais et abréviations utilisées

Annexe 04. Bibliographie sommaire

Annexe 05. Exercices de base

Annexe 06. La respiration circulaire

Annexe 07. Exercices sur le doigté

Annexe 08. Synthèse de la production du son

Annexe 09. L’usage de la trompette piccolo

Annexe 10. Réflexions sur les aspects psychologiques liés à l’interprétation

Annexe 11. Glossaire des termes techniques ou expressions spécifiques

Annexe 12. Protocoles et routines

Annexe 13. Fausseté de la trompette

Annexe 14. Situations de jeu

Annexe 15. Doigté et réglage des coulisses

Annexe 16. Numérotation des octaves, tessiture

Annexe 17. Les vents


 

֍

֍        ֍

 

Chapître 1. Avant-propos et présupposés

 

1.0. Généralités

 

1.0.1. Comme tout instrument de musique, la trompette est un instrument :

 

            (a) exigeant, qui nécessite une bonne forme physique, mais aussi beaucoup de patience, de concentration et d’efforts ;

 

            (b) capricieux, car imprévisible dans certains de ses fonctionnements, même avec une préparation sérieuse.

 

Ces deux particularités doivent être maîtrisées.

 

1.0.2. Cependant, après un apprentissage minimum, cet instrument offre de grandes satisfactions, aussi bien dans un jeu de soliste que dans un jeu « accompagné » (groupe d’amis, orchestre, jazz band, brass band, chorale, etc). L’exécution de nombreuses compositions, plus ou moins connues, est assez rapidement accessible.

 

Ainsi, il devrait être possible de jouer (eg dans les 4 premières années de formation) des oeuvres telles que les suivantes :

 

            (a) baroque ou classique : « Suite en D majeur n° HWV 341 » ou « Sarabande » de Georges Frédéric Haendel (1685-1759) ; « Marche des trompettes d’Aïda » de Giuseppe Verdi (1813-1901), « Le vieux château » (deuxième tableau d’une exposition) de Modeste Moussorgsky (1839-1881) ;

 

            (b) folk (airs folkloriques) ou pop (airs populaires). Au départ, ces oeuvres étaient généralement anonymes, mais, par la suite, elles ont souvent été appropriées par divers compositeurs : « Dear old Stockholm » (Suède), « Amazing Grace » de John Newton (1725-1807) ; « Le carnaval de Venise » (Autriche), arrangé avec diverses variations par Joseph Jean Baptiste Laurent Arban (1825-1889) puis par Herbert Lincoln Clarke (1867-1945) ;

 

            (c) latino (musique d’Amérique latine) : « Desafinado », « One note samba » ou « La fille d’Ipanema » de Antonio Carlos Jobim (1927-1994) ;

 

            (d) jazz : « When the saints go marching in » (negro spiritual, devenu gospel), « Killer Joe » (cf interprétation de Quincy Jones) ou « I remember Clifford » de Benny Golson (1929-) ; « How high the moon » de Morgan Lewis (1906-1968) ; « Harlem nocturne » de Earle H. Hagen (1919-2008) ; « Mack the knife » de Kurt Julian Weill (1900-1950) ; « Nature boy » de Eden Ahbez (ou George Alexander Aberle) (1908-1995) ;

 

            (e) génériques ou thèmes (musique de films ou de séries télévisées), eg : « Cavatina » de Michel Legrand (1932-) (film « Le cave se rebiffe ») ; « Cavatina » de Stanley Myers (1933-1993) (film « The deer hunter ») ; partie de trompette (film « Le marginal » de Ennio Morricone) ; « Les cinq dernières minutes » (série TV) ; « Midnight cowboy » (thème du film) ; partie de trompette in « Ma quando arrivano le ragazze » de Riziero (dit « Riz ») Ortolani (1926-2014) (film de Mario Pupi) ; parties de trompette (notamment « bouchée ») interprétées par Miles Davis dans divers films (« Ascenseur pour l’échafaud » de Louis Malle en 1957, etc) ;

 

            (f) variétés ou divers styles, eg : « A trumpeter’s lullaby » (« Berceuse pour trompettiste ») ou la « Serenata » (cf interprétation par Maurice André) de Leroy Anderson (1908-1975) ; « Julia » des Beatles ; « Le petit jardin » de Jacques Dutronc (1943-) ; « My way » de Claude François (1939-1978) ; « Ballade pour une trompette » de Nini Rosso (1926-1994), « La Madrague » de Robert ou Gérard Bourgeois (1936-), etc.

 

1.0.3. La musique, comme l’art en général, nécessite, pour s’exprimer pleinement, une grande liberté de pensée et d’action. On peut observer ce phénomène :

 

            (a) au niveau de la composition musicale : ainsi (par « appropriation »), de nombreux compositeurs se sont inspirés de la musique populaire ou folklorique (Piotr Illich Tchaikovski, Bela Bartok, etc). Maurice Ravel a puisé dans la musique espagnole (« Boléro », « Pavane pour une infante défunte »), dans des traits de jazz (note « bleue » du « Concerto en sol pour piano »), dans le style chinois (« Laideronnette, impératrice des pagodes ») ou même dans des anagrammes musicaux (« Berceuse sur le nom de Gabriel Fauré », qui fut l’un de ses  professeurs). Cette diversité rend même difficile le classement de certains compositeurs dans les catégories usuelles de la « stylistique » (associée à la classification indiquée ci-dessus en 1.0.2.) : ainsi, George Gerschwin est considéré parfois comme un « classique », parfois comme un « jazz composer » (jazz symphonique) ;

 

            (b) au niveau de l’exécution musicale : ainsi, deux interprétations d’une même oeuvre peuvent être très différentes entre elles. La partition peut ne comporter que peu d’indications d’exécution : un tempo (qui n’est pas toujours précisé), un point d’orgue, un ralentendo (accelerando) ou un crescendo (decrescendo) peuvent être exécutés différemment. Les « cadences » de concertos baroques, qui sont en principe à la liberté de l’exécutant, même si elles s’inspirent des thèmes principaux, divergent généralement en contenu aussi bien qu’en durée. La longueur de certaines oeuvres (ou même d’un seul de leurs phrasés) peut ainsi varier de façon appréciable.

 

Depuis plusieurs années, on observe deux évolutions ou tendances :

 

            (a) d’une part, des oeuvres relevant de certains « styles », considérés comme « mineurs » ou moins « avantageux », sont de plus en plus souvent jouées : aucun style ne possède un « rang » supérieur à un autre, d’autant qu’un professionnel peut exercer son art (ou métier) dans des contextes très variés (orchestres, opéras, salles de bal, harmonies, fanfares, etc) ;

 

            (b) d’autre part, et à l’inverse, « jouer dans tous les styles » contribue à augmenter le sens musical de l’exécutant aussi bien que la « musicalité » de l’exécution, et aussi à développer l’exploration des diverses possibilités de l’instrument (procédés spéciaux, techniques « étendues »). C’est ce que l’on observe chez de nombreux artistes, souvent de grand renom.

 

Par suite, technique aussi bien que stylistique sont des aspects essentiels de la formation du musicien.

 

Il est d’ailleurs possible d’ « adapter » des compositions destinées à d’autres instruments (cuivres, bois ou cordes), en procédant à d’éventuelles transpositions (cas d’instruments transpositeurs : eg trompette en Bb). Cette tendance semble aussi se développer chez de grands interprètes. Ainsi, Serge Nakarijakov et Kirill Soldatov jouent un arrangement pour bugles du « Concerto en Eb pour deux cors », initialement attribué à (François) Joseph Haydn (1732-1809), puis à Michel Haydn (1737-1806) et enfin, semble-t-il, à François Antoine Roessler, connu sous le nom de (Francesco) Antonio Rosetti (1750-1792). Il en est de même pour le « Concerto en Gm pour deux violoncelles » de Antonio Vivaldi (1678-1741), ou encore du « Concerto en C pour hautbois # KV 314 » composé par Wolfgang Amadeus Mozart en 1777, puis réécrit en 1778 comme « Concerto # 2 en D pour flûte », oeuvre aussi transcrite en Ab et interprétée au bugle par Maurice André.

 

Cependant, cette latitude rencontre des limites évidentes :

 

            (a) les différences, parfois rhédibitoire, de tessitures : ainsi, de nombreux morceaux pour piano ou violon sont quasiment injouables à la trompette (y compris avec la piccolo). Même jouables, certaines oeuvres ne revêtent pas toujours une musicalité suffisante ;

 

            (b) le contrôle d’expirations longues : ainsi, le « Moto perpetuo en C » pour violon, de Niccolo Paganini (1782-1840) figure parmi les prouesses instrumentales du genre (eg interprétations à la trompette par Sergei Nakarjakov ou Wynton Marsalis) (cf § 3.2.5. et Annexe 06, respiration circulaire) ;

 

            (c) la vélocité : l’inertie du jeu avec la trompette (flexibilité), ou des difficultés de doigté spécifiques (limites de l’articulation digitale), interdisent l’exécution de certaines phrases musicales (grands intervalles, notamment).

 

La « gamme » des genres musicaux accessibles avec une trompette est cependant très large, dès lors que l’étendue (ambitus) d’une composition correspond à la tessiture de l’instrument, et que la vélocité nécessaire à son exécution n’est pas entravée par l’inertie (biologique) de l’interprète ou par l’inertie (mécanique) de l’instrument.

 

1.0.4. On peut donc entreprendre l’étude de la trompette avec agrément, en jouant soit seul, soit de façon « accompagnée » : en solo, en duo, dans un quartette, quintette, orchestre, etc.

 

En outre, les techniques numériques actuelles rendent possible une mise au point aisée d’accompagnements musicaux (cf § 9.). On peut ensuite écouter ces accompagnements sur une chaîne audiophonique (chaîne HI-FI) pendant que l’on joue. Cette commodité suscite, et entretient même, la motivation. De plus, elle favorise les progrès à deux niveaux : maîtrise interne (synchronisation des différents éléments entrant dans le jeu avec l’instrument), maîtrise externe (coordination ou synchronisation avec le matériel d’accompagnement et, plus tard, le groupe musical ou l’orchestre : rythmes, volumes sonores, contrepoints, etc).

 

Par la suite, avec l’expérience, il sera possible de jouer pour un public de proches (famille, amis, voisins, collègues), ou encore de jouer avec d’autres instrumentistes (groupe, orchestre).

 

1.0.5. Il est souhaitable d’aborder une prestation quelconque avec un état d’esprit de compétiteur (sport, affaires, etc), même s’il n’existe pas d’enjeu important (compétition, concours, recrutement, etc). Cette attitude peut se comparer à celle d’un sportif se préparant mentalement avant une épreuve.

 

On peut distinguer deux types d’activités pendant que l’on joue :

 

            (a) la première est la plus consciente, : c’est l’activité musculaire. Cet effort « moteur » est nécessaire pour exécuter une partition : contrôle (aussi bien en niveaux qu’en variations) de la respiration, de l’articulation de la langue et de la gorge, du masque, du maintien de l’instrument et de l’articulation digitale. Il est dirigé depuis l’artiste vers l’extérieur (microphone, auditoire, etc) ;

 

            (b) la seconde est moins apparente, mais tout aussi importante : c’est l’activité sensorielle. Il s’agit de la perception « sensitive », dans laquelle l’intellect aussi bien que la plupart des sens sont en éveil. Cette perception environnementale (sons produits par soi-même et par les autres membres d’un orchestre, etc) autorise un « positionnement » (non seulement physique, mais aussi psychologique, technique et artistique) par rapport aux autres artistes et instruments. Cette activité est dirigée depuis l’extérieur (enceinte acoustique, autres membres d’un groupe ou de l’orchestre, auditoire, etc) vers l’artiste.

 

1.1. Immodestie préalable

 

La lecture d’une méthode de trompette, ou même d’un autre instrument à vent (cf Annexe 17, instruments à vent), est toujours instructive : on peut y puiser ce qui paraît utile au développement et à l’amélioration de son propre « jeu ». Certaines méthodes sont reconnues pour leur efficacité (cf Annexe 04, bibliographie sommaire).

 

La présente méthode de trompette était, d’abord, destinée ... à son auteur. Elle résulte, en effet, de sa propre pratique de l’instrument, et reprend aussi des aspects de cette pratique qui ont posé problème (et continuent encore ...) dans toutes les « dimensions » à explorer pour maîtriser l’instrument. Les fondamentaux sont, on l’a indiqué, les suivants :

 

            (a) respiration et production sonore : insufflations et reprises du souffle, contrôles de l’expiration et de la colonne d’air (compressions, poussées abdominales) ;

 

            (b) flexibilité des lèvres : liaisons, grands intervalles ;

 

            (c) tessiture : maîtrise des registres extrêmes (notamment l’aigu) ;

 

            (d) endurance : tenue et précision des notes, jeux longs ;

 

            (e) articulation : au sens de « coup de langue » (articulation linguale) aussi bien qu’au sens de « doigté » (articulation digitale) ;

 

            (f) vélocité : coordination des éléments à mettre en oeuvre (respiration, gorge, langue, lèvres, doigts) et anticipation des phrases à exécuter (lignes mélodiques).

 

Cependant, il a semblé utile de la proposer à ceux qui jouent de cet instrument, aussi bien que d’instruments similaires (autres cuivres, bois), fut-ce à titre d’échange d’expériences. En effet :

 

            (a) elle rassemble des informations utiles correspondant à la plupart des « profils individuels » (caractéristiques ou capacités personnels) ;

 

            (b) elle tente une synthèse des connaissances, et de la compréhension, nécessaires pour apprendre à jouer de cet instrument. En effet, savoir est une chose, comprendre en est une autre. Enseigner des éléments techniques sans indiquer leur « pourquoi » est de nature à restreindre les possibilités d’évolution individuelles. A l’inverse, décrire, justifier ou discuter (dans certains cas) chaque élément du jeu contribue à donner davantage d’autonomie à l’élève et à rendre plus aisée son évolution personnelle.

 

Il va de soi que le suivi de l’apprentissage par un professeur est important pour l’élève, surtout jeune ou non accoutumé à la technique instrumentale, ni acculturé à l’art musical. L’enseignant pourra, dès le début, corriger des erreurs courantes ou orienter vers de « bonnes » habitudes (respiration, échauffements, exercices).

 

1.2. Plan de travail

 

S’entraîner à jouer implique d’abord d’organiser l’entraînement. Plusieurs éléments sont à considérer :

 

1.2.1. D’abord l’espace. Un local de travail approprié permet de se concentrer sereinement sur les difficultés à résoudre. Il sera de préférence « isolé » : salle de musique, gymnase, nature (parc, campagne), bâtis divers (chapelle, église), etc. Il doit, en outre, être aisément accessible (cf distances, limitations d’accès) et permettre une fréquence d’utilisation suffisante.

 

Une pièce de logement (maison ou appartement) produit un « retour sonore » assez violent, qui peut être nocif à l’audition même. Certains instrumentistes procèdent à l’isolation phonique d’une pièce d’habitation (prévention des troubles de voisinage). D’autres utilisent des sourdines spéciales, qui étouffent suffisamment le son ; certains modèles permettent, de plus, un enregistrement sur micro-ordinateur personnel (eg la « Silent brass » de Yamaha). Cependant, un jeu avec sourdine est généralement plus fatiguant qu’un jeu « normal » sans sourdine : il exige davantage de souffle et implique une certaine endurance.

 

La qualité sonore produite dépend, d’abord, de l’instrumentiste. Cependant, les caractéristiques acoustiques du lieu où il joue peuvent modifier (améliorer ou détériorer) la qualité de ce jeu. Un jeu en plein air, ou dans une chapelle dont la toiture est en bois, produit généralement un son « absorbé » (voire « étouffé ») par l’athmosphère ou la paroi, tandis qu’un jeu dans une église, dont la couverture aussi bien que les murs sont en pierre, permet à la résonance de se réaliser plus pleinement ;

 

1.2.2. Ensuite le temps. Une pratique sérieuse rend nécessaire de « prendre sur son temps », ie de s’imposer de réserver des créneaux horaires (de préférence quotidiens). Selon les contraintes personnelles, ce temps disponible peut beaucoup varier : étudiant en conservatoire, enfant ou adolescent d’âge scolaire, adulte actif, adulte retraité.

 

En outre, en fonction de l’équation  individuelle et des contraintes évoquées, la fréquence quotidienne du jeu (échauffement, entraînement ou exécution) influe sur son optimalité. Un arbitrage important doit être réalisé entre :

 

            (a) « jouer peu de temps mais souvent », stratégie plutôt propice aux débutants, car elle ménage les lèvres du masque (cf infra) ;

 

            (b) « jouer plus longtemps mais moins souvent », stratégie plutôt propice aux confirmés, car elle favorise l’endurance.

 

L’optimum n’est pas aisé à déterminer, car il faut aussi tenir compte de la contrainte essentielle, et irréductible, du repos : en effet, surtout pour des raisons physiologiques (cf Chapître 2, infra), des périodes de repos incompressibles sont obligatoires, aussi bien entre morceaux exécutés au cours d’une « session » qu’entre sessions elles-mêmes.

 

Le schéma quotidien (eg entre 8 h et 20 h) est généralement de la forme suivante :

 

jeu1 (durée 1) - pause1 (durée2)

 jeu2 (durée 3) - pause2 (durée 4)

 ...

 jeu n (durée 2n-1) - pause n (durée 2n)

 

Ce schéma ne doit pas être considéré comme rigide : les durées (travail ou pause) et le nombre n de jeux (échauffements, exercices techniques, extraits de morceaux) sont à déterminer de façon adaptée à chacun : âge, disponibilité, état de santé, etc.

 

Lorsqu’un schéma personnel de ce type est arrêté, c’est-à-dire qu’il convient suffisamment bien à un moment donné et qu’il semble donner de bons résultats, il devrait être suivi avec un maximum de fidélité : cette attitude peut conduire à des progrès significatifs.

 

Certains auteurs recommandent de pratiquer une activité quotidienne d’une durée minimale (eg 40 ou 60 mn), afin de maintenir le dernier niveau de performance (« standard ») atteint. Mais cet objectif peut ne pas convenir à tous les étudiants : (1) il ne tient pas compte de l’ « aguerrissement » progressif (qui permet de jouer davantage) et (2) il peut être limitatif pour un étudiant avancé.

 

Une règle empirique, qui semble avoir fait ses preuves, consiste à s’imposer des durées de pause (repos) aussi longues que les durées de jeu (activité), quelle que soit la durée totale de la partition (échauffement, exercice ou oeuvre) à exécuter.

 

On peut même observer qu’un « repos » d’une journée (voire davantage) permet une « récupération », qui a généralement pour effet d’améliorer l’émission des notes (attaque) ainsi que leur justesse (niveau) et leur sonorité (qualité) (cf § 2.8.1. infra).

 

Enfin, au cours du temps (durée de l’apprentissage), les choses évoluent : l’arbitrage évoqué ci-dessus devrait évoluer depuis le premier des deux choix vers le second ;

 

1.2.3. Aussi, des objectifs. Il est bon de se fixer des objectifs (ou « standards ») suffisamment réalistes (cf avis du professeur) et d’avoir la volonté de s’y tenir. Au fur et à mesure que l’expérience et l’assurance seront acquises, il sera possible de mettre plus haut la barre des difficultés.

 

Cependant, des points de vue physique et physiologique, il faut ne jamais aller trop près de ses propres limites du moment : en effet, cette faute entraîne divers « accidents » (problèmes de lèvres, fatigue, traumas posturaux). Les « retours en arrière » sont parfois plus dommageables : ainsi, lors d’une prestation, Louis Armstrong a taché de sang son plastron après avoir exagéré son effort (jeu « sur la gueule »). Il faut donc essayer de repérer cette « zone d’activité limite » et rester en-deçà : les résultats doivent progresser sans que les efforts ne soient excessifs. On recommande ainsi de jouer de façon « confortable » et « agréable », c’est-à-dire sans efforts excessifs, sans fatigue excessive, etc.

 

[Remarque. Il existe des tests simples pour vérifier que les lèvres n’ont pas subi d’outrage. Ainsi : (a) quelques instants après avoir joué, vérifier si les lèvres sont douloureuses, ou sensibles, ou sans problème (situation idéale) ; (b) « dévisser » l’embouchure de la perce (celle-ci doit pouvoir être retirée sans difficulté)]

 

Le plan de travail individuel doit donc être adapté aux possibilités de chacun : il paraît réaliste de commencer en se fixant des objectifs « modestes », puis d’évoluer sur les difficultés (ou éléments) techniques de chaque type ;

 

1.2.4. La patience. Les résultats des efforts (les « retours sur investissement ») ne seront pas immédiats. Au début de la pratique instrumentale, ils sont généralement lents à obtenir, donc modestes. Ceci est normal. Ainsi, les temps de repos minimums indiqués, qui sont impératifs, tendent à ralentir ces progrès. Mais ceci n’est qu’une apparence, car ces périodes permettent aussi de « reconstituer » les capacités individuelles : récupération des fonctions physiologiques, maturation des problèmes techniques et des solutions à leur apporter, etc. Deux qualités importantes sont donc la ténacité et la persévérance ;

 

1.2.5. Mentaliser en permanence chaque phrase musicale avant de la réaliser : s’habituer à entendre (mentalement) le son désiré avant de le produire. Autrement dit, l’anticipation du produit sonore souhaité est une attitude bénéfique, qui contribue aussi à augmenter l’assurance dans la façon de jouer. Ainsi, la prévision (mentale) de l’apparition d’une note ou d’une phrase donnée favorise une attaque plus fiable de cette note ou de cette phrase (mentalisation et anticipation du jeu) : « Le bon musicien est celui qui entend la musique qu'il va jouer, le mauvais est celui qui écoute la musique qu'il vient de produire » (Edgar Willems).

 

Autrement dit, pendant l’exécution d’un trait, il faut se concentrer vers le futur immédiat et non vers le passé immédiat.

 

Cependant, pour être en mesure de s’auto-critiquer (cf infra, § 6.), il est bon, aussi, de revenir sur ce que l’on a joué, lorsqu’on s’estime insatisfait du résultat (« cent fois sur le métier »).

 

On peut ici effectuer une comparaison entre  :

 

            (a) d’une part, parler ou écrire. Dans la vie courante, participer à une conversation ou écrire un texte nécessitent (1) une connaissance préalable du contexte dans lequel la conversation ou le texte s’inscrivent, puis (2) une émergence des idées que ce contexte peut suggérer, d’où résulteront les phrases prononcées ou les textes rédigés. Ceci prend du temps avant de créer : réflexion avant l’action. Il en va de même pour l’apprentissage d’un instrument : ainsi, en jazz, une improvisation suppose d’avoir assimilé, plus ou moins rapidement, la mélodie (thème, refrains) aussi bien que son environnement harmonique, toutes activités qui favorisent l’extrapolation musicale du morceau considéré (improvisation) ;

 

            (b) d’autre part, jouer d’un instrument. A l’inverse de la situation précédente, une récitation ou un dialogue (théâtre, cinéma) supposent une entière connaissance du texte. De même, le fait d’exécuter une pièce pour trompette ne peut laisser de place à une quelconque hésitation.

 

Entre ces deux situations « extrêmes », la « lecture » d’une partition, comme celle d’un texte, nécessite de développer des réflexes d’enchaînement des tâches (lecture, exécution) entre présent et futur immédiat (cf Annexe 14, situations de jeu) ;

 

1.2.6. La recherche de la musicalité dans l’exécution de n’importe quelle pièce, fut-ce une simple gamme ou un simple arpège. Il convient de se mettre (toujours mentalement) à la place d’un auditoire : le son produit doit être celui que l’on souhaiterait soi-même entendre (eg lors d’un concert).

 

Il faut donc être exigeant, et adopter une attitude très critique ... à l’égard de soi-même. Des tiers (professeurs, amis) peuvent ainsi être conduits à donner des conseils, parfois très précieux ou même inattendus.

 

1.3. Prérequis

 

La trompette est un instrument de la famille des « instruments à vent », c’est-à-dire des instruments musicaux fondés sur la respiration humaine. C’est principalement la compression de l’air dans les poumons qui fournit l’énergie (puissance du flux d’air) nécessaire pour faire vibrer les lèvres (cf Annexe 17, instruments à vent). Cet outils musical, dont le nom signifie « petite trompe », sera seulement brièvement décrit.

 

Ethymologies. Rebaptiser la trompette du nom de cornaline, composé de corne et du prénom Aline, « sonnerait » plus agréablement à l’oreille. D’autres « objets » portent d’ailleurs ce nom : un minéral, d’une part, un fruit (celui du cornouiller), d’autre part.

 

Historiquement, la « trompe » (cf « trompe d’éléphant ») figurait parmi les premiers instruments à vent. Faite à partir de cornes (bovines), elle fut plus tard appelée « oliphant » puis « olifant » (cf Roland, à Roncevaux).

 

Le mot français « corne » a donné « cornet (à pistons) » et se traduit par « horn » en anglais et en allemand. Il est à l’origine du nom « flügelhorn » (en allemand) ou « flugelhorn » (en anglais) donné au bugle. Ce dernier nom provient sans doute du verbe « beugler » attribué aux bovins (aurochs, bisons, boeufs), dont les cornes ont, dans le passé, servi d’instrument sonore (à défaut de musical).

 

1.3.1. Les propriétés physiques (ie mécaniques et acoustiques) de l’instrument ne seront pas détaillées (cf Annexe 00, Quelques informations sur la trompette / cornaline). Elles peuvent être importantes à connaître ou à étudier dans diverses contextes :

 

            (a) fabrication de l’instrument : celle-ci se base sur l’étude des propriétés phoniques des matériaux : dosages des alliages, nouveaux matériaux, formes géométriques des instruments, etc. Par suite :

 

(1) le choix d’une trompette (emprunt ou acquisition) est important. En effet, il vaut mieux éviter des instruments difficiles à utiliser : forte résistance acoustique, fabrication peu soignée (géométrie, matériaux), mécanismes défectueux (soudures, pistons, coulisses, clefs d’eau) ;

 

Néanmoins, on peut apprendre à jouer correctement avec un instrument médiocre. Ce sont surtout les qualités de l’instrumentiste qui « font » le son : contrôle des muscles du torse et de l’abdomen entraînant celui de la stabilité du flux d’air, contrôle des muscles du masque, etc (cf Annexe 13, fausseté de la trompette) ;

 

(2) par contre, le choix d’une embouchure adaptée est essentiel, car les caractéristiques d’une embouchure influencent le jeu et, notamment, peuvent faciliter ce jeu : « with a good mouthpiece it is possible to play on a badly constructed instrument ; with a badly proportioned mouthpiece, it is impossible to produce a good tone or play with any degree of certainty » (Julius Kosleck). On indique quelques informations techniques sur ces sujets (cf Annexe 01, embouchures) ;

 

            (b) placement de l’instrument au sein d’un groupe (orchestre, choeur, etc), donc relativement aux autres familles d’instruments. Une contrainte importante est de ne pas gêner les autres instrumentistes (volume sonore, cohésion de l’orchestre) car la trompette émet le son de façon « directionnelle ». Ceci implique quelques précautions :

 

(1) positionnement : distances, orientations ;

 

(2) matériels : pupitres absorbants, etc ;

 

            (c) choix d’une salle et placement de l’instrument dans cette salle. Il s’agit d’en obtenir la meilleure résonance possible, sans « couvrir » les autres instruments. Ainsi :

 

(1) on a vu qu’une chapelle couverte de bois peut sembler appropriée si l’on veut limiter les nuisances sonores (absorption du son), mais inintéressante si l’on veut disposer d’une bonne « acoustique » (une couverture en pierre offre une bien meilleure résonance) ;

 

(2) la place et l’orientation de l’exécutant dans une salle (église, auditorium) exercent aussi une influence sur la qualité sonore de sa prestation.

 

1.3.2. L’instrumentiste sera ici supposé familiarisé avec le solfège et l’écriture musicale : le solfège et les systèmes de notation seront considérés comme des préalables relevant d’autres cours ou méthodes, ce qui suppose une certaine accoutumance à la musique en général.

 

1.3.2.1. En effet, il arrive fréquemment que des méthodes instrumentales, s’adressant notamment à des jeunes, contiennent à la fois (1) ce qui relève de l’écriture et des conventions musicales et (2) ce qui relève de la technique et de l’exécution instrumentale. Ceci résulte généralement de considérations utilitaires : une pédagogie associant en parallèle ces deux enseignements est généralement bénéfique à un apprentissage. Ceci est d’ailleurs le cas de la plupart des cours ou méthodes, anciens aussi bien que modernes.

 

Mais ce procédé pédagogique ne s’impose plus lorsque les bases de la musique (solfège, harmonie ou contrepoint) sont déjà acquises. Ceci peut être le cas lors d’un apprentissage « tardif » : adulte familier avec la musique (mélomanie) et désirant apprendre à jouer d’un instrument.

 

1.3.2.2. De plus, il ne faut pas mélanger les genres. Les trois activités de « language », de « technique » et d’ « expression » sont bien distinctes :

 

            (a) le language (ou « règles » du solfège) est quasiment identique pour tous les instruments : vents, cordes, percussions. Il existe quelques différences (notamment typographiques) tenant aux particularités de chaque type d’instrument : cordes frottées ou pincées (pizzicati, glissandi, tremoli), cordes frappées (usage des pédales « mécaniques »), percussions, etc. Des symboles spécifiques sont donc utilisés. Mais le « noyau » du language musical est largement commun à la plupart des instruments ;

 

            (b) par contre, les règles techniques exposées ici pour la trompette ne sont valables que pour elle ainsi que pour les autres « cuivres » (instruments à embouchures). Leur maîtrise (eg travail de la respiration, de la langue, du doigté, etc) requiert des actions spécifiques. En effet, ces règles sont (largement) valables pour les cuivres du même type : (1) cuivres avec pistons (euphonium, tuba, sousaphone), (2) cuivres avec palettes et valves rotatives (eg cor, trompette en Allemagne), (3) cuivres avec corps de rechange, clefs ou trous (eg trompette naturelle). Autrement dit, on peut largement puiser dans les procédés présentés ici pour apprendre à jouer aussi bien du cor, du trombone, du tuba ou de l’euphonium.

 

Cependant, certaines de ces règles (eg relation lèvres - embouchure) ne s’appliquent pas à d’autres instruments à vent : voix humaine, bois (instruments à anche simple ou double : saxophone, hautbois, clarinette, basson, etc), flûtes diverses (à bec, traversière, de Pan) (cf Annexe 17, instruments à vent et Annexe 16, numérotation des octaves, tessiture) ;

 

            (c) l’expression stylistique (sonorité, nuances) constitue aussi une source de différence avec les instruments appartenant à d’autres familles. Ainsi :

 

(1) la plupart des instruments de musique ont en commun la variation de « tension » nécessaire pour produire un son en balayant la tessiture (depuis les graves jusqu’aux aigus ou inversement) voire aussi un changement de timbre : en effet, lorsque le son « monte », l’augmentation de la fréquence des battements de la source sonore (excitateur) est corrélative d’une tension (anche labiale et embouchure, lèvres et anches artificielles, archet et cordes, baguette et peaux) de plus en plus forte. Il n’est pas rare d’observer que le timbre d’un même instrument peut varier en fonction de la hauteur du registre de travail, donc de sa tessiture (cf registres « chalumeau » et « clairon » de la clarinette) ;

 

(2) dans les oeuvres « classiques », le vibrato est quasiment de rigueur pour une voix humaine, un violon ou un violoncelle, alors qu’il est (en principe) interdit pour une trompette ;

 

(3) les compositions pour vents sont généralement « adaptées » au rythme de la respiration humaine, donc aux aptitudes respiratoires de l’instrumentiste. Elles expriment aussi une certaine spécificité de l’instrument (soutien du flux d’air). Mais ceci n’est pas vrai, par exemple, pour des cordes (pincées ou frappées), bien que la respiration d’un harpiste ou d’un pianiste joue un rôle important dans le déroulement de son jeu (puisque ce jeu implique un effort physique, donc un certain essoufflement) ;

 

(4) l’histoire de la Musique montre aussi que la genèse des sons musicaux résulte à la fois d’éléments naturels (biologiques et humains : cordes vocales, battements des mains, manipulation de baguettes) et d’éléments artificiels (tubes en bois frappés, cornes soufflées, etc). Or, l’évolution technique de ces éléments (surtout artificiels), aussi bien que leur pratique et la stylistique associée, ont, dans une bonne mesure, divergé. De nombreux instruments possèdent aujourd’hui une certaine complexité technique, mécanique ou acoustique.

 

1.3.2.3. Enfin, on peut souligner que :

 

            (a) l’apprentissage du solfège ne présente pas de difficulté particulière : il nécessite un peu de mémoire et de logique. C’est pourquoi sa connaissance, relativement aisée à acquérir, sera supposée. Un débutant non habitué à cette écriture peut compenser cet inconvénient à l’aide d’ouvrages ou de sites appropriés ;

 

            (b) l’écriture musicale contient parfois, pour un instrument à vent, des précisions plus ou moins spécifiques, relatives au mode d’exécution (technique d’obtention et de restitution sonore ou musicale). Ceci est notamment le cas :

 

(1) des moments pour inhaler : instants de respiration, représentés par des virgules au-dessus de la portée ;

 

(2) de la façon d’exécuter les ornements : mordant, appogiature, trille, vibrato, portamento, glissando ;

 

(3) des effets spéciaux. Ainsi, en jazz, on peut citer la « courbure des notes » (par relâchement ou contraction des lèvres), les « grognements » ou flatterzungs, l’usage des sourdines, les pistons « entre deux positions » pour un glissando ou un portamento (« port de voix »), la plongée du pavillon « dans l’eau », etc ;

 

            (c) la théorie de l’harmonie est toujours avantageuse à connaître, même dans ses rudiments, lorsqu’on joue d’un intrument mélodique : en effet, (1) elle facilite la compréhension musicale en général, (2) elle rend plus sûre l’exécution des divers types d’arpèges (avec ou sans renversements) avec l’instrument, (3) elle facilite la coordination avec d’autres instruments et (4) elle porte vers les techniques d’improvisation (« cadences » des concertos baroques, solos de jazz, inventions musicales de tous genres, etc). Des notations mélodiques et harmoniques utilisées ici sont indiquées ou rappelées plus loin (cf Annexe 02, notations harmoniques abrégées).

 

1.3.3. Conformément à la démarche suivie ici, on présente seulement des « amorces d’exercices » (§ 7.) : il s’agit de modèles de lignes « mélodiques » courtes, classés par type de difficulté.

 

Contrairement à de nombreuses méthodes, on estime inutile de « remplir » des pages détaillant ces exercices dans toutes les parties à jouer : ie gammes (majeures, mineures, pentatoniques, etc), registres (grave, moyen, aigu, suraigu), arpèges de diverses formes (bases et leurs renversements), etc. En effet :

 

            (a) ces remplissages sous forme écrite ont, certes, l’avantage de familiariser visuellement l’exécutant (notamment jeune) avec les gammes écrites en clef de Sol, donc avec la pratique du doigté correspondant. Mais cette abondance de partitions « systématiques » est fastidieuse, et nuit à l’attention que l’on doit porter aux réelles difficultés techniques liées à la pratique de l’instrument, qui risquent alors d’être « noyées » dans le flot de ces partitions. La simple vue de ces flots écrits peut même décourager ;

 

            (b) pendant l’exécution de certains exercices (gammes, arpèges, ascendants ou descendants, avec renversements, etc), la visualisation des partitions écrites est sans doute très formatrice : elle favorise leur lecture « en temps réel » et suscite des capacités d’anticipation déjà évoquées (lecture des mesures ou des phrases successives). Mais il s’avère aussi très utile d’exécuter ces exercices par abstraction mentale (associée à la pratique de l’exécution et du doigté), c’est-à-dire sans partition sous les yeux. Dans le cadre d’une méthode de ce type, ce passage « visualisation - mentalisation » constitue l’un des progrès à susciter chez l’élève ;

 

            (c) en conséquence, on peut (1) dans un premier temps, travailler avec une gamme de prédilection (en général, une gamme « facile » : C, F ou G), puis (2) dans un second temps (ie une fois la technique maîtrisée avec la gamme préférée), travailler les mêmes difficultés avec chacune des autres gammes, à tour de rôle. Autrement dit, on peut différer (temporairement) l’exécution des autres gammes et arpèges tant qu’une difficulté technique n’est pas résolue dans la gamme de prédilection. Ceci vaut pour chacun des exercices proposés.

 

Si l’on en élimine les « remplissages » qui viennent d’être indiqués, certaines méthodes ne comportent, finalement, que peu de pages réellement utiles pour la formation technique. Par suite, le « coeur » de ces « méthodes » (approche, résolution et combinaison progressive des difficultés) se réduit à un nombre très limité d’éléments pédagogiques. Certaines, encore célèbres, mais déjà anciennes (fin XIXème-début XXème), contiennent ainsi très peu de « matière exploitable » (informations techniques utiles) et s’avèrent, en définitive, plutôt décevantes.

 

1.3.4. La méthode actuelle suppose, de façon générale :

 

            (a) que l’instrument utilisé est une trompette en Ut, tonalité notée C (Do) : ce modèle de trompette n’altère pas la hauteur des sons entendus relativement aux notes écrites sur une partition (fidélité). Mais il n’est pas le plus utilisé.

 

En effet, comme la plupart des instruments à vent, la trompette est, en général, un instrument transpositeur : les trompettes les plus usitées (au moins, au stade de l’apprentissage) sont, par ordre décroissant : la trompette en Si bémol (Bb), celle en C et, plus rarement, celles en Mi bémol (Eb), Ré (D) ou encore La (A).

 

Ainsi, la note Do écrite sur une partition, si elle est jouée à vide (sans abaissement des pistons, ce qui est noté 000 ou simplement 0), est entendue comme un :

 

* Do « vrai » (fidélité) avec une trompette en Ut ;

 

* Bb (transposition 1 ton plus bas) avec une trompette en Bb ;

 

* A (transposition 1 ton 1/2 plus bas) avec une trompette en A ;

 

* D (transposition 1 ton plus haut) avec une trompette en D ;

 

* Eb (transposition 1 ton 1/2 plus haut) avec une trompette en Eb.

 

Les développements qui suivent ne dépendent pas de la tonalité de la trompette utilisée : seule la hauteur des sons entendus diffère. Aujourd’hui, les partitions relatives aux trompettes usuelles comportent très généralement des portées écrites en clef de Sol ;

 

            (b) que les notations (repérage des notes et de leurs octaves d’appartenance) et les doigtés de base (abaissements des pistons) sont les suivants.

 

Figure 0. Notation et doigté de base

 

La convention de numérotation des gammes, spécifique de cette méthode, a été retenue (par commodité) de façon à être conforme avec la tessiture de la trompette, qui s’étend ordinairement du Fa dièze grave situé sous la portée (noté ici F1#) jusqu’à l’Ut aigu (contre-Ut) situé sur la deuxième ligne au-dessus de cette même portée (noté ici C3).

 

L’Annexe 16 (numérotation des octaves, tessiture) fournit des indications générales, ainsi qu’une table de correspondance entre 3 systèmes de numérotation : méthode actuelle, système français, système anglo-américain.

 

1.3.5. L’Annexe 03, lexique français-anglais et abréviations utilisées, est une terminologie pouvant aider à la lecture de manuels écrits en langue anglaise. On y remarque quelques curiosités : ainsi, les Anglo-Saxons appelent « embouchure » (ou parfois « chops ») ce que les Français appellent plutôt « masque » (et parfois aussi embouchure), tandis que le mot français « embouchure » (pièce physique de l’instrument) se traduit en anglais par « mouthpiece ».


 

֍

֍        ֍

 

Chapître 2. Anatomie et physiologie

 

Ce chapître est central pour l’apprentissage de l’instrument.

 

Jouer d’un instrument tel qu’une trompette consiste à associer étroitement un organisme biologique et un matériel physique (outils ou instrument), donc un élément « vivant » et malléable et un élément « inerte » et rigide. Inéluctablement, l’adéquation de l’un à l’autre doit passer par une adaptation du premier élément (respiration, formation du masque) (cf infra).

 

2.1. Posture du corps

 

2.1.1. L’ensemble du corps doit aider l’exécution et non pas la gêner : il faut donc contrôler, au moins en début d’apprentissage, la position des différentes parties du corps :

 

            (a) en position debout (eg jeu isolé, jeu en solo), il est recommandé de conserver le corps assez droit et vertical, puis d’apporter l’instrument vers le visage à l’aide de la main gauche. Selon la morphologie individuelle (dentition et masque), la trompette peut être plus ou moins inclinée pour obtenir un maximum d’aise à l’exécution : il faut que l’air « passe » naturellement ;

 

Figures 01 - 03. Positionnement de l’instrument selon la morphologie du faciès et des maxillaires

 

                                   

orthognatie                                         prognatie                                            rétrognatie

 

            (b) en position assise (eg orchestre), il faut éviter de croiser les jambes et soutenir le dos aussi droit que possible (donc ne pas s’enfoncer dans le siège) afin de permettre et de maintenir une respiration commode ;

 

            (c) dans les deux cas, les coudes et avant-bras doivent être placés symétriquement de chaque côté du corps, selon un angle d’environ 45° (angle compris entre le sol et 2 plans latéraux, chacun défini par les 3 points suivants : épaule, coude, poignet). Un arbitrage doit ici se faire entre (1) la gêne de la respiration si les bras sont trop rapprochés du tronc, et (2) la fatigue des bras en cas de bras trop horizontaux.

 

L’instrument doit, en principe, être tenu verticalement : les cylindres devraient être situés dans le plan sagittal, ie le plan vertical fictif qui partage le corps humain (donc le masque) en 2 moitiés quasi-symétriques (moitiés droite et gauche). Cependant, il peut parfois, selon la morphologie (poignet droit et main droite), ou la commodité, de l’exécutant, être légèrement penché vers la droite ou vers la gauche ; il peut aussi être orienté vers la droite ou vers la gauche par rapport au plan médian précédent.

 

2.1.2. Des périodes d’activité intense ou prolongée (entraînement, exécution) peuvent entraîner des problèmes : douleurs du dos, des bras, des côtes, du cou, de l’abdomen, ainsi qu’au niveau des lèvres ou des dents. Ces problèmes entraînent notamment des raideurs musculaires (eg courbatures ressenties dans les joues) et peuvent résulter, selon le cas (le cumul des situations étant possible) :

 

            (a) d’une activité trop importante (durée, effort, intensité) ;

 

            (b) d’une posture fautive (corps, dos, bras) ;

 

            (c) d’une technique de respiration inadéquate (abdomen, gorge) ;

 

            (d) d’un manque d’entraînement, ou d’un jeu visant à vaincre de nouvelles difficultés (diverses zones) ;

 

            (e) de l’écrasement du masque médian avec l’embouchure (pression excessive sur la bouche) (lèvres).

 

2.1.3. Faciliter l’exécution implique le port de vêtements adaptés :

 

            (a) cette tenue vestimentaire doit être « confortable » et ne doit pas entraver les mouvements de l’exécutant (respiration, bras, mains) : elle doit donc être suffisamment ample (cf cependant eg Sergei Nakarjakov) ;

 

            (b) elle ne doit pas non plus indisposer (chaud, froid). Comme la plupart des instruments à vent, la trompette est un instrument très « physique » dont la mise en oeuvre demande un certain effort musculaire : de bas en haut : ceinture abdominale, muscles intercostaux, larynx, langue et lèvres, sans compter les bras et les doigts. Ceci contribue, avec l’échauffement, à augmenter la température du corps.

 

2.1.4. Un « gaucher » devrait s’habituer à jouer (donc à travailler son doigté) avec la main droite. La difficulté est comparable à celle de la main gauche pour un droitier jouant du piano. Il n’existe d’ailleurs (quasiment) pas de trompettes pour gauchers (accessibles à des prix « raisonnables »). Par comparaison, qu’il soit droitier ou non, un corniste doit actionner les palettes du cor avec les doigts de la main gauche.

 

De plus, chercher à jouer de la main gauche avec une trompette empêche, en principe, l’actionnement des coulisses de pistons (nécessaires lorsque 2 pistons au moins sont abaissés, surtout dans le registre bas) : or ces coulisses sont justement situées sur le flanc gauche de l’instrument.

 

Une pratique, parfois conseillée, consiste à s’entraîner, de temps en temps, en actionnant les pistons avec la main non usuelle (main gauche si la main active est la droite).

 

Certains cuivres ont un enroulement « inversé » (eg bugle). Un droitier doit alors « passer » sa main droite au-dessus du tube de la perce : comme ce dernier est de diamètre plus important que celui d’une trompette, la position de la main doit être adaptée.

 

2.1.5. On portera une attention particulière au quatrième doigt (annulaire) de la main « active » (droite ou gauche), lequel actionne le piston n° 3. En effet, ce doigt « articule » moins bien que ses voisins. Cette hétérogénéité « naturelle » (ou physiologique) dans l’aisance des mouvements digitaux rend inégale l’action des doigts utilisés : 2 (index, sur piston 1), 3 (majeur, sur piston 2) et 4 (annulaire, sur piston 3). Ce dernier est le plus « enclavé », donc « entravé » dans son mouvement, surtout si le doigt 5 (auriculaire) est placé dans le crochet, ou l’anneau de retenue, de l’instrument.

 

Comme pour le piano, on peut travailler cette articulation en soignant particulièrement les doigtés concernés (cf infra et Annexe 07, exercices sur le doigté), et préparer ce travail comme suit (échauffement) :

 

            (a) poser la main active à plat sur une table ;

 

            (b) soulever le quatrième doigt (annulaire) aussi haut que possible (mais sans forcer), puis le baisser en position de repos ;

 

            (c) réitérer plusieurs fois (a) et (b) à vitesse donnée ;

 

            (d) accélérer progressivement ce tempo.

 

2.2. Remarque importante

 

La tenue de la trompette implique 3 « points d’appui » :

 

            (a) la main gauche, qui doit enserrer les cylindres pour bien maintenir l’instrument, mais sans crispation ... ;

 

            (b) la main droite, dont le pouce et l’auriculaire supportent aussi plus ou moins l’instrument (l’un sous l’amorce de la perce, l’autre dans le crochet ou l’anneau de retenue) ;

 

            (c) les masques moyen et interne, situés derrière et contre l’embouchure (cf infra), qui en épousent la forme représentée par son bord antérieur (et accessoirement la cuvette).

 

Selon la difficulté du morceau à interpréter, et en particulier, la « lourdeur » du doigté (fourches, bascules), ces 3 points ont tendance à bouger. En effet (on suppose l’instrument correctement lubrifié, et notamment ses pistons) :

 

            (a) d’une part (en amont), l’apport de flux d’air provenant des poumons contribue, ainsi que le mouvement des lèvres, à faire bouger l’instrument ;

 

            (b) d’autre part, les extrémités des 3 doigts médians (index, majeur et annulaire), qui actionnent les touches des pistons, sont des éléments « perturbateurs » car elles impriment des mouvement verticaux plus ou moins rapides à l’instrument, lesquels peuvent retentir au niveau des lèvres ;

 

            (c) enfin, l’actionnement des coulisses de pistons (notamment avec les notes les plus fausses et les doigtés lourds) altère encore la stabilité d’ensemble.

 

Un mouvement d’amplitude trop rapide ou trop forte de l’embouchure par rapport aux lèvres risque de gêner l’exécution (défaillance). Or, les lèvres ne doivent, en aucun cas, être « trop » pressées contre l’embouchure pour tenter de stabiliser l’ensemble.

 

La participation à une parade (fanfare, harmonie ou jazz band) augmente encore cet inconvénient (on peut tenter de pallier celui-ci en adoptant une démarche « horizontale », souple et linéaire, sans à-coups).

 

La seule solution, notamment pour préserver la meilleure sûreté possible dans l’attaque des notes (au niveau de la langue et des lèvres), réside donc dans les trois actions suivantes :

 

            (a) une tenue ferme de la trompette : cette tenue provient essentiellement de la main gauche. On peut entourer l’ensemble des cylindres à l’aide d’un « mouchoir » épais, ou d’un « gant » en cuir (protège-pistons anti-corrosion), afin d’amortir la pression sur les doigts (notamment, l’index) de cette main (risque d’engourdissement) ;

 

            (b) une éventuelle poussée (vers la gauche) de la paume de la main droite contre les cylindres, dans la mesure où celà ne gêne pas le doigté, donc l’actionnement des pistons (car la paume contient les muscles et les nerfs permettant d’actionner les phalanges) ;

 

            (c) et surtout le renforcement du masque (développement de ses muscles) (cf infra) qui contribue, enfin, à une meilleure stabilité de l’instrument.

 

2.3. Le masque et ses parties

 

Le masque désigne l’ensemble des muscles, des nerfs, des vaisseaux (capillaires) et de la peau qui entourent et incluent le muscle rond de la bouche (lèvres) :

 

            (a) les lèvres sont constituées d’un ensemble complexe de muscles entrelacés. L’ensemble de la musculation labiale et péri-labiale comporte, en effet : le muscle orbiculaire de la bouche, le compresseur des lèvres, les abaisseurs des angles de la bouche, les abaisseurs de la lèvre inférieure, les muscles mentonniers, les muscles releveurs des ailes du nez et de la lèvre supérieure (muscles superficiels, muscles profonds), les muscles releveurs des angles de la bouche, les muscles releveurs de la lèvre supérieure et les muscles abaisseurs du septum nasal ;

 

            (b) les joues se composent des muscles masséters, des muscles risorius, des muscles buccinateurs (cf buccin, gastéropode marin mais aussi instrument à vent antique) et des muscles zygomatiques (grands zygomatiques, petits zygomatiques).

 

Les muscles labiaux et péri-labiaux fonctionnent dans diverses directions (cf schéma ci-après).


 

Figure 04. Masque et visage

 

Le travail de ces muscles est fondamental pour l’instrumentation (production des sons) : il devra donc être très progressif et bien contrôlé. On peut aussi considérer que le « masque » est un ensemble de muscles, recouverts par le derme, irrigués par le sang et actionnés (contrôlés) par divers nerfs, eux-mêmes commandés par le cerveau.

 

Le travail du masque (vibration, musculation et mobilité) pendant le jeu a pour effet :

 

            (a) de modifier sa « forme » (surface) et sa « consistance » (dureté ou souplesse) en divers endroits (déformations) ;

 

            (b) de soutenir ou de supporter le contact avec l’instrument (embouchure).

 

Par suite, pendant la dynamique d’une exécution, les déformations du masque vont interférer avec la fixité de l’instrument : le masque joue le rôle d’une zone biologique en contact avec l’embouchure, ou renforçant ce contact.

 

Un objectif majeur de la pratique instrumentale consiste donc à entraîner les divers muscles du masque, de même que l’on entraîne les muscles spécifiques pour une pratique sportive donnée. Les échauffements, aussi bien que les exercices, sont destinés à « former le masque » en vue d’augmenter la sûreté et l’aisance du jeu : la flexibilité bi-labiale doit accompagner les « attaques » linguales.

 

Lorsqu’on assite à une prestation, on peut ainsi observer les façons dont le masque (d’ensemble) se déforme sous l’action des muscles. Selon l’interprète, ou selon la difficulté de l’oeuvre à interpréter, ces mouvement sont parfois infimes, parfois plus visibles : abaissement ou étirement des commissures, gonflement péri-labial, remontée des ailes du nez, etc.

 

On peut décomposer le masque en trois parties (représentées en gris clair sur le schéma ci-après) : le « masque interne », le « masque moyen » et le « masque externe ».


 

Figure 05. Les trois masques

 

2.3.1. Le masque médian, ou masque moyen.

 

Cette zone est le contact entre l’embouchure et le visage, donc entre l’embouchure et les lèvres (voire aussi une partie circumvoisine, selon l’épaisseur des lèvres).

 

Il constitue une zone de support, un « coussin », sur lequel va s’appuyer l’embouchure. C’est un appui destiné seulement à l’étanchéité : il s’agit d’empêcher le flux d’air de s’échapper par les interstices latéraux (commissures), afin de lui conserver toute sa puissance et de concentrer le flux d’air dans la cuvette de l’embouchure.

 

Il ne faut donc surtout pas écraser cette partie du masque (défaut souvent instinctif chez le débutant) : en effet, ce coussin doit toujours posséder un bon afflux de sang afin d’être opérationnel.

 

Un manque d’afflux du sang, ou même un afflux restreint, dans cette zone entraîne de sérieuses conséquences :

 

            (a) d’abord, une anoxie des nerfs et des muscles, donc un manque de réaction (souplesse et flexibilité des lèvres) ;

 

            (b) par suite, une absence de vibration des lèvres qui, à son tour, conduit à une réduction ou à un étouffement du son ;

 

            (c) enfin, une réduction de la tessiture accessible et une baisse de l’endurance.

 

Cette zone du visage est à la fois très petite (quelques mm2) et très fragile. On doit ménager en permanence le masque médian (surtout si l’on est débutant) et éviter tout excès à son égard : pression excessive, surmenage (ie exercices trop intenses, trop longs ou trop « soutenus »), mauvaises position (corps, tête, doigts, instrument), etc.

 

2.3.1.1. Le choix d’une embouchure dépend, notamment, de deux paramètres (diamètre et épaisseur du bord), qui exercent une influence sur la pression et l’oxygénation des lèvres (cf § 1.2.1. et Annexe 01, embouchures). Maurice André semblait préférer des embouchures plutôt larges et à bords plutôt épais, qu’il estimait moins fatiguantes.

 

En effet, le diamètre de l’embouchure détermine :

 

            (a) d’une part, l’amplitude de la zone de vibration : lorsque le diamètre augmente, cette zone augmente d’importance. Une plus grande partie du centre des lèvres aura tendance à vibrer autour de l’orifice buccal ;

 

            (b) d’autre part, l’amplitude des deux zones latérales (commissures) : l’étanchéité a tendance à augmenter lorsque le diamètre augmente, ce qui facilite le contrôle, mais rend plus délicat l’inspiration de l’air (qui se fait par les commissures).

 

Par ailleurs, l’épaisseur du bord influe sur le masque moyen de deux façons antagonistes. Lorsque l’épaisseur du bord augmente :

 

            (a) la pression sur le masque moyen diminue (ceteris paribus) et les risques de fuites d’air par les commissures sont moindres ;

 

            (b) mais les mouvements des lèvres (flexibilité) sont davantage gênés par des frottements accrus entre elles et le bord.

 

Il en va en sens inverse lorsque l’épaisseur du bord est plus étroite, la pression des lèvres sous l’embouchure pouvant même être douloureuse (trompes de chasse, anciens cornets, dont les embouchures étaient plutôt « coupantes »).

 

Enfin, la forme du bord (plate ou arrondie) influence aussi le confort de jeu ainsi que l’efficacité du masque.

 

2.3.1.2. Une bonne flexibilité implique une pression la plus faible possible de l’embouchure sur les lèvres : un exercice intéressant consiste à chercher à sortir des sons aigus en pinçant les lèvres, mais sans les compresser contre l’embouchure (« no pressure » method), ie de faire le contraire de ce que l’on pourrait croire (l’atteinte des aigus par pression de l’embouchure sur les lèvres est parfois encore indiquée ...).

 

[Note. Il ne faut pas hésiter à « passer du temps » sur cette question. On peut notamment (1) chercher à réaliser, de temps en temps, des sons aigus avant même un échauffement, et en même temps essayer de jouer pianissimo, ou encore (2) faire varier la « pince labiale » en exécutant un lié entre sons pédales et notes suraigues (tous sons obtenus « à vide », sans abaissement des pistons) en montée et en descente]

 

Sans les précautions indiquées, le masque moyen serait « piégé », enserré entre la dentition (mur dentaire) et l’embouchure, toutes zones dures, voire agressives (selon la morphologie individuelle) : c’est pourquoi le maintien, conscient et permanent, de son intégrité, de sa liberté de manoeuvre et de sa souplesse constitue un facteur d’ « efficacité trompettistique » (sonorité, flexibilité, endurance). Ce coussin doit donc toujours être suffisamment épais pour être opérationnel.

 

Le fonctionnement physiologique peut alors se réaliser selon son cheminement naturel :

 

sang - nerf - muscle - pression.

 

2.3.1.3. Dans le même ordre d’idées, la plupart des artistes exercent un appui dissymétrique sur les lèvres, c’est-à-dire un appui plus important soit sur la lèvre inférieure (cas le plus fréquent), soit sur la lèvre supérieure (P. Gatterman). Par suite, c’est surtout la lèvre la moins « compressée », moins contrainte, qui vibre en s’enfonçant dans la cuvette de l’embouchure, l’autre lèvre jouant davantage le rôle de support évoqué plus haut. La proportion de matière lippale la plus compressée par rapport à celle moins compressée peut donc varier d’un artiste à l’autre : mais, une fois adoptée, elle devrait être maintenue de façon stable pendant tout un jeu. Cette position devra être recherchée à chaque fois avant d’ « emboucher » (placement de l’embouchure sur les lèvres).

 

En pratique, pendant l’entraînement ou l’exécution d’une oeuvre, il faut profiter de toute circonstance (ou « prétexte ») favorisant une baisse de pression, ou une pression nulle, sur le masque moyen : silences figurant dans la partition, instants de reprise de la respiration, changement de registre après respiration, jeu pianissimo, etc. C’est alors qu’il convient (1) soit de retirer l’embouchure des lèvres), (2) soit seulement de diminuer le plus possible la pression du métal.

 

2.3.2. Le masque interne, ou masque intérieur, désigne la portion des lèvres située à l’intérieur de la zone médiane précédente. Elle comprend la zone vibratoire des lèvres qui entoure l’orifice de sortie de l’air : cette zone (orifice et portion de lèvres) sera appelée orifice buccal (OB). C’est par l’OB que l’air passe, en allant du « biologique » (le corps) vers le « physique » (l’instrument). L’OB représente ainsi la zone de clivage entre la colonne d’air intérieur au corps humain et la colonne d’air intérieure à la trompette.

 

Cette zone, relativement « non contrainte » par l’instrument (ou « zone libre »), est donc principalement située derrière la cuvette de l’embouchure. Sa taille est extrêmement faible (quelques mm2 tout au plus, selon le diamètre de l’embouchure), et ses modifications « intempestives » de forme (perte de contrôle) peuvent perturber le jeu pendant une exécution (« fausses notes »).

 

C’est grâce aux muscles périphériques du masque (masque externe) que le contrôle de l’OB est possible. Associé au contrôle de la poussée respiratoire (flux d’expiration), ces deux fondamentaux constituent des facteurs de progrès.

 

Le masque interne est une « zone de vibration » des lèvres (en anglais, « buzz » désigne le terme de vibration et dérive de l’onomatopée « bzz ») : c’est une « anche double labiale » (ou « anche double lippale »), donc une anche vibrante biologique. Cette zone est l’excitateur (au sens des acousticiens) de la colonne d’air située dans l’instrument. Ce dernier est un résonateur, car la vibration fait entrer en résonance l’air contenu dans le tube, ainsi que le tube lui-même (cf Annexe 00, quelques informations sur la trompette ou cornaline).

 

Le muscle labial possède ainsi la caractéristique d’être, à la fois, un muscle et une anche vibrante. C’est aussi une zone souple : cette souplesse (si elle est bien contrôlée par les muscles périphériques des masques externe et moyen) est à la base de la flexibilité.

 

Chacune des vibrations créées au niveau du masque interne initialise une onde sonore qui se développe dans l’embouchure, le boisseau et la perce de l’instrument, jusqu’au pavillon et au-delà.


 

2.3.2.1. Production sonore

 

Bien que les études sur ce sujet ne s’accordent pas toujours, on propose une interprétation simple du mécanisme de la vibration (cf schéma ci-dessous). Cette dernière suit le cheminement de la colonne d’air « physiologique » avant l’OB (colonne d’air initialement verticale, puis coudée au niveau du larynx et horizontale dans la bouche), puis le cheminement de la colonne d’air « physique » située après l’OB (ie dans l’instrument) (colonne d’air horizontale) :

 

            (a) lèvres fermées (compression verticale de l’une vers l’autre), le flux d’air provenant de la colonne d’air interne (poumons) arrive sous pression à l’intérieur de la bouche : cette zone sera appelée cavité buccale (CB). Elle est donc située derrière les lèvres ;

 

            (b) l’augmentation de pression aboutit à forcer l’ouverture de l’OB, zone qui lui résiste le moins (sauf à gonfler les joues, ce qui n’est pas recommandé). Ce simple fait provoque un brusque échappement de l’air (de l’arrière vers l’avant), à travers l’OB et en direction de l’extérieur, donc dans la cuvette (puis le grain et la queue) de l’embouchure. Cet échappement crée ainsi une première onde de choc, c’est-à-dire un son « instantané » ;

 

            (c) symétriquement, après ouverture de l’OB, la pression interne de la bouche diminue. En raison de l’effort permanent des muscles en vue de fermer l’OB (compression verticale des lèvres), ceci finit par provoquer un arrêt de l’émission d’air à travers l’OB. Cet arrêt entraîne un baisse de pression dans la cuvette, donc la fin de la première onde de choc. Le masque interne et l’OB jouent bien ainsi un « simple » rôle d’anche vibrante ;

 

            (d) sous l’action de la compression musculaire (muscles abdominaux et intercostaux), les poumons se vident et la pression interne de la CB recommence à augmenter : le mécanisme {(b),(c)} précédent recommence.

 

Par suite, l’enchaînement du mécanisme décrit ci-dessus entretient la production des ondes de choc, donc la fréquence (hauteur) et la durée du son : plusieurs sons instantanés successifs sont ainsi produits par les lèvres.

 

Figure 06. Formation des ondes sonores

 


 

2.3.2.2. Modulations de la production sonore

 

Selon l’action exercée par l’instrumentiste sur diverses variables (niveau de pression interne au corps, morphologie et plasticité des muscles labiaux), le cycle {(b),(c)} s’effectue plus ou moins rapidement, ce qui détermine la fréquence des battements impulsés à l’air :

 

            (a) le relâchement des muscles de la gorge (ouverture du pharynx), par abaissement de la langue et relâchement des muscles labiaux, entraîne une baisse de pression interne, et ralentit le processus précédent : ceci provoque une baisse des fréquences émises (moindre nombre de battements par unité de temps), donc une production de sons allant vers le registre graves de l’instrument ;

 

            (b) inversement, une tension accrue des muscles précédents (remontée de la langue et compression des muscles labiaux) crée une augmentation de pression interne, et accélère le processus précédent : cette augmentation des fréquences émises entraîne une production de sons allant vers les aigus.

 

La vibration des lèvres est alors :

 

            (a) « commandée » aux deux « extrémités » biologiques : (1) d’une part, par le diaphragme qui contrôle la pression interne aux poumons, à la trachée-artère et à la CB, et (2) d’autre part, par l’ouverture de l’OB ;

 

            (b) « modulée » (au niveau « intermédiaire ») (1) par l’ouverture de la gorge (pharynx) en amont et (2) par la hauteur de la langue sous le palais (cf infra). Ces deux paramètres déterminent la forme (donc le volume) de la CB.

 

Le schéma suivant précise la façon dont le mouvement des lèvres influence l’émission du son (aigu ou grave) lorsque celles-ci sont plus ou moins pressées (entre elles).

 

Figure 07. Mouvements des lèvres et tessiture (registres)

 

 

En supposant une compression suffisante de l’air dans la colonne biologique (compression des muscles abdominaux et inter-costaux), on observe que :

 

            (a) une position des lèvres au repos (position médiane, schéma 1) forme une vibration qui produit des notes de hauteur « moyenne » (eg entre les E extrêmes de la portée, soit l’étendue d’une octave entre E1 et E2) ;

 

            (b) un « enroulement » des lèvres vers l’intérieur de la bouche (position compressée, schéma 2), assorti d’une compression verticale et d’un maintien musculaire horizontal suffisant (éviter de « sourire » trop), favorise l’émission de notes aigües (eg au-delà de E2) ;

 

            (c) à l’inverse, un « déroulement » des lèvres vers l’extérieur de la bouche (position relâchée, schéma 3), assorti d’une décompression verticale et d’un même maintien musculaire horizontal, aide à l’émission de notes graves (eg en-deçà de E1).

 

Dans ce dernier cas, un relâchement extrême des lèvres permet même de « sortir » de la tessiture normale de la trompette vers le grave (ie sous la limite inférieure du F1# (note la plus grave accessible). En effet, couplé avec l’ouverture du larynx et l’abaissement de la langue, ce relâchement permet :

 

            (a) d’atteindre le F1 situé 1/2 ton sous F1# (en utilisant éventuellement les coulisses des pistons 1 ou 3) ;

 

            (b) l’émission des « sons pédales », situés au-dessous de F1#. Ces sons ne sont pas des « notes musicales », car ils sont peu agréables à entendre (cf infra). Mais ils servent cependant à faire travailler les poumons, la gorge, la langue et les lèvres dans une « zone extrême » inférieure.

 

2.3.2.3. Morphologie labiale

 

Il existe, en général, une dissymétrie importante entre les deux zones (supérieure et inférieure) du masque interne. La forme de la zone centrale de la lèvre supérieure, est remarquable : elle comporte souvent une « pointe en forme de V » (parfois appelée « bec »). En effet, on peut parfois observer, chez certains individus, une pointe labiale marquée ou proéminente, alors que ceci n’est jamais le cas de la lèvre inférieure :

 

            (a) lorsqu’un tel bec est suffisamment accentué, cette morphologie peut expliquer la préférence de certains artistes pour adopter une position « haute » de l’embouchure (de type 2/3 - 1/3) (cf infra), avec appui principal sur la lèvre inférieure et vibration principale à l’aide de la lèvre supérieure. Ceux-ci peuvent donc être incités à mettre à profit cette morphologie pour positionner l’embouchure et faciliter leur jeu à la trompette ;

 

            (b) d’autres artistes ont les deux lèvres plus « lisses », sans protubérance supérieure, et peuvent être incités à positionner l’embouchure à mi-hauteur (position de type 1/2 - 1/2) ;

 

            (c) enfin, le cas de lèvres inférieures notablement plus épaisses (ou charnues) que les lèvres supérieures peut inciter à un appui plus accentué de l’embouchure sur la lèvre supérieure, l’inférieure jouant le rôle d’anche vibrante. Cette morphologie est assez courante.

 

2.3.3. Le masque externe, ou masque extérieur

 

Cette zone concerne le reste du masque, c’est-à-dire principalement l’ensemble des autres parties du visage (dont les muscles), et notamment les commissures des lèvres, qui interviennent aussi bien au moment de l’inhalation (prises d’air latérales) qu’au moment de l’exhalation (contrôle de la poussée d’air vers la sortie dans la cuvette d’embouchure).

 

Le masque externe constitue, en effet, une zone de renfort qui aide, elle aussi, à émettre le son. Il a son importance car les commissures (gauche et droite) des lèvres doivent être actionnées et travaillées pour soutenir l’action du masque interne et de l’air exhalé (cf schéma ci-dessous). Il peut arriver, notamment chez les débutants ou après une période assez longue d’inactivité, qu’un entraînement soutenu provoque des « courbatures » (légères douleurs) au niveau du masque externe, car ces muscles ne sont usuellement pas aussi entraînés que ceux des autres masques.

 

Figure 08. Partie principale du masque externe (zone péri-labiale)

(les flèches indiquent la direction des compressions musculaires)

 

 

2.3.4. Pendant l’apprentissage, période de réflexion, il est nécessaire que l’instrumentiste puisse « séparer » mentalement ce qui relève de chacune de ces trois zones de la face, c’est-à-dire qu’il parvienne à identifier ces parties du masque ainsi que le rôle de chacune d’elles. A l’expérience, on observe que (toutes choses égales par ailleurs) :

 

            (a) si les commissures doivent être fermes (masque externe), l’OB doit demeurer souple (masque interne), et rester « charnu » (vibration). Le masque moyen, intermédiaire entre ces deux zones, est plus ou moins comprimé entre l’embouchure (bord) et les dents (principalement les incisives, pour une position normale) ;

 

            (b) la compression horizontale, l’une vers l’autre, des commissures (bouche en avant, en forme de « baiser ») facilite la descente dans le registre grave (basses fréquences). En effet, la partie centrale, « charnue », des lèvres exécute une vibration plus lente ;

 

            (c) la compression verticale, l’une vers l’autre, (voire aussi horizontale) des commissures (bouche en arrière, en forme de « sourire » modéré) facilite la montée dans les aigus (hautes fréquences) : la partie centrale précédente exécute une vibration plus tendue.


 

2.4. L’apport d’air

 

Toute sortie d’air des poumons, transitant par la bouche, doit nécessairement être précédée d’une entrée (cf aussi Annexe 06, respiration circulaire).

 

2.4.1. Dans le sens de l’entrée, l’inspiration est causée par l’abaissement (vers le bas de l’abdomen) d’un muscle important, mais souvent « oublié » ou « inconscient » : le diaphragme. Ce dernier contribue à gonfler l’abdomen, le remplissage des poumons pouvant s’effectuer « par le bas » ou « par le haut ».

 

L’inhalation est, en principe, réalisée en absorbant l’air par les commissures (droite et gauche) des lèvres : ces commissures doivent être écartées entre elles, de chaque côté, pendant l’inspiration. Ceci peut se faire, en principe :

 

            (a) sans bouger la position de l’embouchure par rapport au masque médian, lorsque la reprise du « phrasé » s’effectue au voisinage (hauteur) de la dernière note émise ;

 

            (b) en déplaçant (éventuellement) l’embouchure de façon appropriée (notamment, mouvement ou inclinaison vers le haut ou vers le bas) si la reprise du phrasé s’effectue à un niveau « trop » différent de celui de la dernière note émise.

 

Très souvent, cette inspiration se fait de façon rapide, quasi-instantanée, afin d’inhaler très rapidement de l’air pendant les instants (parfois très courts) séparant l’exécution de deux notes (cf virgule de respiration). Elle apporte le (di)oxygène (O2) nécessaire à l’activité physique liée à l’instrumentation.

 

La quantité d’air inspirée dépend de la phrase musicale à exécuter (durée, intensité sonore, etc), donc de la dose d’effort à déployer pour la réaliser correctement (cf infra).

 

2.4.2. Dans le sens de la sortie, le déplacement de l’air dans le corps et dans l’instrument définit la notion de colonne d’air (qui est le medium gazeux fondamental, constitué notamment de CO2). Ce déplacement est essentiellement dû à la compression de la ceinture abdominale (ici au sens de : muscles abdominaux et intercostaux), qui contribue à expulser l’air hors des poumons. Ce vecteur d’air compressé est la source fondamentale d’énergie qui est à l’origine du son : un apport d’air, ou flux d’air, en quantité suffisante et bien contrôlée, permet de produire des sons musicaux.

 

Par son musical, on entend ici un son qui combine :

 

            (a) la justesse de l’émission : bonne hauteur du son (fréquence exacte), émission au bon moment (attaque des notes sans avance ni retard, sans appogiature involontaire, etc), absence de bruits interférents (grésillements, souffles parasites) ;

 

            (b) la qualité sonore des notes émises, celle qui fait l’intérêt musical de l’instrument et résulte de sa spécificité : son plein et agréable, bonne résonance de l’instrument dans le milieu ambiant. Cet effet est obtenu par « centrage » des notes.

 

Les grands interprètes peuvent ainsi réaliser des sonorités qui paraissent naturelles et aisées, mais qui ont demandé du travail, de la rigueur et de la méthode (sons filés, etc).

 

Dans le cas de la cornaline, aussi bien que de la plupart des instruments à vent, on doit souligner les particularités suivantes, antagonistes (cf infra) :

 

            (a) une note musicale peut ne pas être juste, en raison de la fausseté acoustique de l’instrument (cf Annexe 13, fausseté de la trompette). Autrement dit, une note (isolée) peut sembler « propre » et agréable, mais cette note, rapprochée d’autres notes (gammes, arpèges, oeuvre quelconque) peut « sonner faux » (tempérament inexact) ;

 

            (b) une note juste peut ne pas être musicale. Les notes obtenues « à vide », ainsi que celles pour lesquelles l’instrument est théoriquement juste (notes obtenues par abaissement d’un seul piston), ne posent pas, en général, de problème particulier (sauf, sur certains instruments, la note G2 qui sonne un peu bas). Les autres notes, obtenues de façon naturelle avec l’instrument sont donc musicales a priori, mais la plupart doivent être « corrigées », principalement en hauteur (ie en fréquence). Deux techniques sont utilisées pour les rendre justes : (1) l’allongement des coulisses d’accord et (2) le « forçage » du son par mouvement des lèvres (en général, par relâchement). Or, ce faisant, ces notes corrigées perdent leur caractère « naturel » ou « spontané » : elles sonnent plus justes mais paraissent moins musicales (« notes forcées »).

 

Ainsi, le gaz expiré est un medium dont la compression est à l’origine du son. Cette compression résulte de l’énergie dégagée par la cage thoracique et l’abdomen en actionnant (contractant) les muscles abdominaux et inter-costaux : ces contractions peuvent être lentes ou rapides (ie « brusques ») (rapidité), faibles ou fortes (puissance, fréquence). Le contrôle de ces contractions abdominales, ainsi que des relâchements alternatifs, constitue donc une activité de base de l’instrumentiste.

 

Dès le pré-échauffement (exercices de respiration et de réchauffement du corps et de la gorge, avant usage de l’instrument) et l’échauffement proprement dit (exercices de réchauffement musculaire pendant l’usage de l’instrument) (cf infra), on doit utiliser pleinement cet air. Il faut penser à la fois à l’inspiration et à l’expiration : une « bonne » inhalation (inspiration) doit conduire une « bonne » exhalation (expiration) (cf schéma ci-après).


 

Figure 09. Les poumons, les muscles intercostaux et le diaphagme

(cf http://www.anatomie-humaine.com/Espace-intercostal.html?id_document=128)

(cf http://www.anatomie-humaine.com/Le-diaphragme.html)

 

2.4.3. Une comparaison avec un ballon de baudruche (jouet en latex) est éloquente :

 

            (a) le gonflement du ballon exige un effort (une énergie) initial(e). L’air est retenu prisonnier en maintenant fermé l’embout cylindrique du ballon (par étirement de ses extrémités). L’élasticité caoutchouteuse du ballon induit alors des forces de compression de l’air (dirigées vers l’intérieur du ballon) ;

 

            (b) en relâchant légèrement les extrémités de l’embout (rapprochement des extrémités), le ballon se dégonfle par l’effet de sa compression interne. Cette pression interne, résultant de l’air, de la fermeture de l’embout et de sa plasticité, entraîne alors la vibration de ce dernier : c’est le « buzz ». En étirant plus ou moins les extrémités, la pression (donc la vitesse d’expulsion de l’air) varie, ce qui permet d’augmenter (aigus) ou de diminuer (graves) les fréquences émises.

 

Figure 10. Ballon de baudruche (presque gonflé, presque dégonflé)

 

La poche du ballon correspond aux muscles abdominaux (inter-costaux et abdominaux), l’intérieur de la poche correspond aux poumons (et, dans une certaine mesure, le cylindre de l’embout correspond à la CB) et l’extrémité cerclée de l’embout correspond aux lèvres. L’anneau en caoutchouc de l’embout possède donc une plasticité analogue à celle des lèvres : cette plasticité permet sa vibration.

 

[Note. Une autre expérience intéressante consiste à souffler entre les premières phalanges de deux doigts de la main, celles les plus proches de la paume : ces doigts étant supposés contigüs, le souffle provoque la vibration de la peau et de la chair intermédiaire (excitateur), donc l’émission d’un son en aval. En soufflant et en pinçant les lèvres plus ou moins fortement, on peut faire varier la hauteur du son]

 

2.4.4. La qualité sonore, l’endurance, la tessiture et la flexibilité de l’exécutant dépendent de la façon dont ce flux d’air est géré, en entrée aussi bien qu’en sortie. C’est pourquoi la gestion de ce courant d’air et son contrôle absolu contituent des activités fondamentales de l’instrumentiste.

 

Figure 11. Circulation du flux d’air

les volumes d’air sont représentés en rouge (« colonnes d’air » interne et externe)

 

Pour expirer de l’air, il faut que le volume d’air interne aux poumons (remplissage) soit suffisant.

 

En effet, il est généralement inutile de remplir les poumons de façon excessive : une trop grande inhalation d’air distend les muscles et tendons des zones abdominale et intercostale de façon exagérée et limite leur élasticité, donc leur réactivité pour créer une compression suffisante (perte d’élasticité).

 

Une tension musculaire trop forte en inhalation (mesurée eg en kg / cm) tend donc à rendre plus difficile l’expulsion de l’air, donc à limiter la vitesse d’expiration (eg en cm3 / s) ; à l’inverse, une tension plus faible tend à l’augmenter, mais la moindre quantité d’air pulmonaire corrélative limite la durée de production sonore.

 

La fonction f reliant ces deux variables T et V est donc, en principe, de forme décroissante, ie V = f (T-), où le signe - indique que le rapport entre variations de V et variations de T est négatif.

 

Il existe une « zone » intermédiaire (couple tension - vitesse) permettant de jouer dans des conditions suffisamment efficaces et confortables. Cette zone peut cependant varier de façon appréciable d’un individu à un autre. La gestion du flux d’air expiré (s’entraîner à « économiser » l’air) est donc importante dans de nombreuses situations : jeu long, jeu rapide, jeu intense (eg fortissimo).

 

Dans certains cas, une suite d’inspirations et d’expirations peut aider à la détente et à la décontraction pendant le jeu, mais son excès (suite rapide) peut aussi entraîner des sensations d’endormissement ou même de vertige. Par ailleurs, faute d’avoir négligé de respirer à temps, un « manque d’air », peut entraîner une sorte de suffocation (reprise brusque du souffle) dommageable (à l’exécutant aussi bien qu’à l’exécution).

 

Il faut donc éviter de se mettre dans ce type de situations (blocages, anoxie) : le procédé le plus simple consiste, dans un premier temps, à noter sur les partitions les divers instants d’inhalation (virgules) et, dans un second temps, à mémoriser ces instants pour s’en rappeler pendant la lecture-exécution. Il est nécessaire que ce procédé soit réalisable sans trop de difficulté. Lorsque les phrases à exécuter sont trop longues, d’autres procédés sont utilisables (cf infra, § 3.2.4., et Annexe 06, respiration circulaire).

 

Il suffit donc d’inhaler assez d’air pour réaliser l’effort d’expiration nécessaire. On estime parfois que l’effort nécessaire pour obtenir une expiration forcée, donc une compression suffisante, est analogue à celui consistant à tousser : en effet, cet effort tussif (brusque) a pour effet de contracter les muscles abdominaux et intercostaux d’une façon comparable à ce qui est requis pour souffler dans l’instrument.

 

Pour s’entraîner à réaliser ces efforts en vue de former le son, on peut pratiquer :

 

            (a) divers exercices d’apnée (cf § 3.2.) ;

 

            (b) des expirations brutales de l’air (HU), comme pendant une quinte de toux : celles-ci résultent de compressions brusques des muscles concernés (abdominaux, intercostaux). Il ne s’agit donc pas d’attaque linguale mais plutôt « pulmonaire », au sens de « ceinture abdominale » (muscles abdominaux et intercostaux). Sauf indications contraires, les exercices peuvent être commencés à l’aide de ce type d’ « attaque » (la plus douce) du son : en effet, l’origine de la compression de l’air est alors plus profonde et la plus éloignée des lèvres (poumons et élasticité corporelle), par rapport à des attaques linguales (où l’origine en est la CB et langue).

 

Les exercices avec notes liées ou avec « coup de langue » sont utiles pour surveiller le débit d’air : en effet, si la poussée dans la colonne d’air est interrompue, le son faiblit ou s’interrompt. L’interruption du débit d’air est généralement dûe à l’un, ou plusieurs, des facteurs suivants : inspiration insuffisante (selon la longueur de la phrase), soutien insuffisant de la ceinture abdominale, trop faible ouverture de la gorge (pharynx) et position de la langue trop haute, OB mal maintenu dans le sens de sa fermeture (compression verticale des lèvres entre elles).

 

Une bonne inspiration et une bonne expiration nécessitent ainsi une ouverture suffisante de la gorge (pharynx).

 

Une ouverture suffisante du pharynx aide, en outre, à obtenir un son plein et clair.

 

[Remarque. Divers muscles situés au niveau du « fond » de la gorge fonctionnent alors :

            (a) dans l’espace péripharyngé : les muscles digastriques, les muscles stylo-hyoïdiens, les muscles stylo-pharyngiens, les muscles stylo-glosses, les muscles pétro-pharyngiens, les muscles ptérygoïdiens (muscles latéraux et muscles médians) ;

            (b) dans le rhinopharynx et l’oropharynx : les muscles constricteurs du pharynx (muscles supérieurs et muscles moyens), les muscles du voile du palais (muscles tenseurs et muscles élévateurs), les muscles palato-pharyngiens, les muscles amygdalo-glosses, les muscles palato-glosses et les muscles uvulaires]

 

Si la gestion de l’air doit être contrôlée au début, elle doit par la suite devenir automatique et naturelle, comme dans une conversation ordinaire. Le trompettiste doit donc s’entraîner à contrôler son souffle (cf § 3.2.).

 

L’afflux d’air aboutit à produire des notes via les vibrations de l’OB, et cette vibration s’amplifie le long du tuyau (boisseau et perce de la trompette). Les sons résultent simplement de la mise en vibration de la colonne d’air à partir de l’OB : on a donc bien accouplement d’un excitateur (l’OB) et d’un résonateur (la cornaline). Ceci est un exemple de phénomène de résonance (ou d’ « entrée » en résonance).

 

2.5. Le travail de la langue

 

Les muscles internes à la bouche jouent un rôle particulier, parfois inconscient, mais important.

 

[Remarque. On en recense plusieurs : muscles mylo-hyoïdiens, muscles génio-hyoïdiens, muscles génio-glosses, muscles longitudinaux inférieurs de la langue, muscles hyo-glosses, muscles transverses de la langue, muscle longitudinal supérieur de la langue]

 

2.5.1. Les muscles liés aux mouvements de la langue vont « aider » à la production (ou émission) du son (production sonore) : autrement dit, les muscles linguaux aident à produire les notes.

 

La langue ne crée pas le son : c’est la vibration des lèvres qui joue le rôle d’excitateur.

 

Par contre, la langue joue deux rôles :

 

            (a) d’une part, dans l’ « attaque » des notes. L’articulation (linguale) produit un « effet de clapet » à l’intérieur de la CB (cf infra) ;

 

            (b) d’autre part, dans le contrôle du flux d’air. Le positionnement intra-buccal de la langue est, en effet, un outils important pour développer la flexibilité et étendre la tessiture. Les changements de position de la langue dans la CB font varier la forme et le volume de cette dernière, ce qui aide à obtenir une hauteur donnée du son. L’ouverture de la gorge (pharynx) dépend aussi de la position de la langue.

 

La langue infléchit simplement le flux d’air intra-buccal, donc la production sonore initiale (souffle seul, ou articulation linguale) en restreignant plus ou moins son débit.

 

L’entraînement et le contrôle de la langue constituent donc des facteurs de progrès (cf schéma ci-après).

 

Figure 12. Circuit du flux d’air expiré, passage lingual-palatal et entrée en vibration

 

Comme la langue sert à modifier la forme et le volume de la cavité orale (cf schémas du § 2.5.2.), on doit l’exercer dans ce sens. Par exemple, dans les exercices d’extension du registre (vers le grave ou vers l’aigu) (cf § 8.), on peut énoncer des voyelles qui déterminent les relations « CB - langue » : le choix des voyelles pour exécuter des coups de langue favorise aussi le registre grave (A, O), moyen (E) ou aigu (U, I) (cf § 2.5.3.).

 

2.5.2. Les deux types de mouvements de la langue

 

La langue peut donc se mouvoir dans la CB de deux façons principales :

 

            (a) la langue peut monter et descendre : ce sens « vertical » du mouvement facilite les variations dans la tessiture, ie la production des aigus (langue près du palais, avec articulation des syllabes TI, DI, GUI, KI, etc), des médiums (langue en position centrale avec articulations des syllabes TE, DE, GUE, KE ou TU, DU, GU, KU) ou des graves (langue en bas de la CB, avec articulation des syllabes TA, DA, GA ou KA).

 

On peut vérifier ce fait en  jouant simplement C2 et E2 en alternance et de façon liée : attaquer en prononçant TI ou DI, puis prononcer TI - I ou DI - I ;

 

            (b) la langue peut reculer ou avancer : ce sens « horizontal » du mouvement correspond au « coup de langue » usuel (cf § 2.5.3. infra) et facilite la vélocité. On peut vérifier ce fait en jouant rapidement, en alternance, C2 et E2 de façon liée (syllabes TU - I - U - I - U). Ce fonctionnement s’associe aussi à l’un des modes d’exécution du vibrato.

 

La pratique courante combine, en fait, ces deux situations dynamiques : on peut ainsi soi-même expérimenter (et prendre davantage conscience de) l’existence de mouvements plus complexes en fonction du niveau (haut, bas), de l’avancement (avant, arrière) et de la forme (courbure plus ou moins forte ; courbure négative ou positive) de la langue.


 

Figure 13. Jeu de la langue pendant l’expulsion de l’air

(variations du volume sub-palatal)

                

 

Pendant l’échauffement, on doit surveiller le travail de la langue, et sa relation avec la colonne d’air, pour produire une note. On peut pratiquer l’attaque d’une note (eg médiane) :

 

            (a) de façon « douce », avec seulement un flux d’air forcé HU (sans mouvoir la langue) ;

 

            (b) de façon plus accentuée, en toussant pour former des GU, puis des DU, des KU et des TU. On peut aussi expérimenter la syllabe PU qui permet d’obtenir des notes assez facilement.

 

Le but est d’abord de produire la note seulement avec la colonne d’air, puis à n’utiliser qu’un mouvement de langue minimum pour obtenir une attaque propre et une sonorité agréable (note « pleine » ou « ronde ») (cf supra).

 

2.5.3. Les trois « coups de langue »

 

Il était autrefois enseigné de « faire comme si » on expulsait un petit corps étranger avec le bout de la langue, placé dans l’OB (qui est ainsi obturé), en prononçant la syllabe TU. Ce procédé est encore parfois utilisé pendant l’entraînement pour contrôler le « coup de langue » (précision, régularité, marcato forte, etc). Mais cette façon de faire produit un son généralement trop « sec » : l’OB est d’abord bouché par la pointe de la langue, puis libère l’air brutalement. Cette pratique entraîne non seulement une émission percutante, mais aussi un mouvement de langue d’amplitude excessive (d’avant en arrière), nuisible à la vélocité : on a évoqué le « TU qui tue » (la sonorité) (cf R. Pichaureau et A. Faucher).

 

2.5.3.0. L’attaque des notes

 

L’émission d’un son moins percutant, « sans langué excessif », est la base de la technique du coup de langue. Une pratique courante consiste à émettre un son en sorte que le flux d’air, en passant entre la langue et le palais, soit « modulé » comme suit :

 

            (a) placement de la pointe de la langue contre l’arrière des incisives du maxillaire inférieur (cf schéma ci-dessus) : cette forme de langue arquée concave (plus ou moins fortement) favorise la montée vers le registre aigu (en s’aidant notamment d’une contraction du pharynx), puisque la zone supérieure médiane de la langue est la plus proche du palais ;

 

            (b) placement de la pointe de la langue vers le haut du palais, à l’arrière des incisives supérieures : cette forme de langue arquée convexe, voire plate, favorise la descente vers le registre grave (en relâchant notamment les muscles de la gorge), puisque la même zone s’éloigne du palais.

 

Dans la pratique, les mentions portées par les compositeurs sur les partitions, peuvent compliquer encore la technique : accentuations (staccato, etc), variations de tempo (accelerando, etc), variations de volume sonore (de ppp = pianissimo à fff = fortissimo), etc. En tenir compte revient à combiner les coups de langue avec la force de percussion (staccato), la puissance d’exhalation (fff) ou la vitesse d’exécution (tempo).

 

On peut comparer le « coup de langue » à l’action d’un « clapet ». Quand la zone située à la pointe supérieure de la langue :

 

            (a) est en contact avec une partie donnée de la cavité buccale (eg avant du palais, ou arrière des incisives supérieures), l’air ne passe pas : on peut ainsi, en comprimant la ceinture abdominale, augmenter la pression de l’air situé avant la zone en question (poumons, trachée-artère, CB) ;

 

            (b) se retire (plus ou moins rapidement) de la partie buccale considérée (absence de contact), la surpression située en amont diminue (plus ou moins brusquement) et le flux d’air ainsi provoqué fait vibrer l’OB (cf 2.4.3. supra).

 

Il en va de même lorsque le contact a lieu moins en avant : arrière du palais (syllabes GUE, GU, GUI, etc), milieu de palais (syllabes KE, KU, KI, etc).

 

On distingue usuellement 3 types de coups de langue (les indications suivantes sont à prendre en considération, notamment dans le cadre des exercices).

 

2.5.3.1. Le coup de langue simple

 

Celui-ci consiste à émettre le son d’une note en articulant une syllabe particulière (phonème élémentaire) : en général, TU (ou TE). La syllabe choisie peut s’utiliser quel que soit le type rythmique : rythmes binaires (2/4, 4/4, etc) ou ternaires (3/4, 6/8, etc). On peut donc la sélectionner, en fonction des besoins, dans la panoplie TA, TE, TI, TO ou TU.

 

D’autres syllabes peuvent cependant être utilisées :

 

            (a) selon la « dureté » de l’attaque voulue, ou requise par la partition (staccato, piqué, louré, etc) : TU (ou TE) est plus dur que DU (ou DE), lui-même plus dur que GU (ou GUE), au fur et à mesure que la langue « frappe » le palais plus en avant ou plus en arrière (en réalité, l’effet de clapet se produit plus ou moins en profondeur dans la CB) ;

 

            (b) selon le registre (bas, médium ou haut) : les syllabes TA, DA ou GA facilitent la descente dans les graves (ouverture plus grande du pharynx), et les syllabes TI, DI ou GUI facilitent la montée dans les aigus (fermeture plus grande du pharynx). La langue est alors située plus haut par rapport au palais. Le choix d’une syllabe parmi TE, DE ou GUE remplit une fonction intermédiaire (registre moyen).

 

Avant ou pendant l’exécution d’un morceau, il peut être utile, en fonction des « passages » à exécuter, de choisir les syllabes qui faciliteront le style d’attaque aussi bien que la variation en tessiture. De même, pour dépasser la difficulté consistant à émettre une note avec un coup de langue « normal » (ie de force moyenne), on peut attaquer sèchement et fortement d’abord, avant de réattaquer de plus en plus doucement et faiblement, de façon à atteindre le volume sonore souhaité. Ce moyen aide, par ailleurs, à assurer l’attaque des notes.

 

Lorsque le tempo augmente, le coup de langue simple devient plus difficile à réaliser. Aussi, il n’est pas nécessaire de mouvoir la langue de façon excessive : toutes choses égales par ailleurs (notamment, si le type d’attaque requis n’est pas trop « dur » : louré, piqué, staccato, etc), cet excès d’effort est nuisible à la vélocité.

 

Une difficulté, parfois négligée ou passée inaperçue, voire minimisée, consiste à chercher à produire un son « homogène » quel que soit le coup de langue, quelle que soit la dureté et quel que soit le registre : même « sortie » d’attaque (ou « impression » extérieure), même qualité sonore. Les exercices dans ce sens sont parfois très défiants : en fait, ces tentatives sont difficiles à réaliser parfaitement. L’une des raisons en est, notamment, la variation du timbre de l’instrument en fonction de la hauteur des notes (ie ses divers « registres ») (cf Annexe 16, numérotation des octaves, tessiture) : en effet au fur et à mesure que l’on monte en tessiture, l’augmentation de tension interne (compression pulmo-abdominale, tension des lèvres) tend à modifier la relation « excitateur - résonateur ».

 

On retrouve ce type de situation avec d’autres instruments à vent (clarinette et ses registres chalumeau ou même ... clairon).

 

2.5.3.2. Le coup de langue double (ou double coup de langue)

 

Lorsque le mouvement à exécuter devient de plus en plus rapide (presto, prestissimo), l’attaque simple précédente finit par rencontrer une limite : il suffit d’essayer de jouer avec des TU TU TU TU des séquences de quatre x en rythme 4/4 avec un tempo supérieur à q = 120. De plus, ce type d’attaque simple peut fatiguer rapidement et conduire à des échecs d’exécution.

 

Le type et l’action du coup de langue doivent donc être adaptés.

 

A l’expérience, l’émission des syllables TU et KU en alternance (eg TU KU TU KU, etc) s’est avérée donner de bons résultats. La langue joue alors son rôle de clapet aux deux endroits de la CB déjà indiqués : à l’avant du palais ou à l’arrière des dents (supérieures ou inférieures, selon la tessiture) pour les TU, et vers le milieu du palais, entre les molaires, pour les KU.

 

Les couples de syllabes choisis s’utilisent généralement pour des rythmes binaires (2/4, 4/4, etc) : ainsi, en 4/4, on exécutera des doubles croches x avec des séquences constituées de (TU KU TU KU). Cependant, en rythme ternaire (eg 3/4), il est possible d’exécuter les 6 croches e avec des séquences telles que (TUF KU TUM KU TUP KU), tout en marquant le temps fort (F) aussi bien que les temps faibles (M, P).

 

Comme précédemment, on peut choisir d’autres combinaisons en fonction de nécessités :

 

            (a) selon la « dureté » de l’attaque : TU KU TU KU ou TU PU TU PU sont des combinaisons plus dures que DU GU DU GU ;

 

            (b) selon le registre : eg TA KA TA KA (ou DA GA DA GA) facilitent la descente dans les graves, TI KI TI KI (ou DI GUI DI GUI) facilitent la montée dans les aigus, TE KE TE KE (ou DE, GUE, DE, GUE) jouant un rôle intermédiaire.

 

La principale difficulté de ce type de coup de langue consiste à réaliser une parfaite égalité de la production sonore dans tous les cas de figure, car TU provoque, pour des raisons physiologiques et physiques, une attaque plus dure que KU (ditto pour les syllabes analogues).

 

Pour réaliser un « jeu horloger », en sorte que la production sonore soit bien « étale », un procédé consiste :

 

            (a) à s’exercer à « renforcer » les attaques faibles (KU, KA, KI, ou PU, PA, PI, ou encore GU, GA, GUI) en jouant (de plus en plus rapidement) des séquences identiques : eg (KU KU KU KU), ou (KI KI KI KI), ou (PU PU PU PU), etc ;

 

            (b) à compléter cette stratégie et s’entraîner à « affaiblir » les attaques fortes : jouer des TU, TA ou TE le plus doucement possible. Maurice André utilisait ce procédé pour améliorer les enchaînements de notes (et le résultat est à la hauteur : cf son exécution du « Concerto n° 2 en D pour flute et orchestre, K314 » de W.A. Mozart, joué au bugle).

 

Comme avec le coup de langue simple, il faut éviter d’imposer à la langue des mouvements excessifs ou « forcés » pour lui faire jouer son rôle de clapet, surtout lorsque le tempo augmente (mouvements rapides) : l’émission des notes est alors gênée par ces excès. Ici encore, il n’est pas nécessaire de mouvoir la langue de façon excessive.

 

2.5.3.3. Le coup de langue triple (ou triple coup de langue)

 

Ce coup de langue cumule les difficultés précédentes, mais relève des mêmes techniques. Il s’applique, de façon générale, au rythme ternaire (3/4, 6/8, etc) aussi bien qu’aux triolets de notes (quel que soit le rythme indiqué à l’armure).

 

            (a) on préconise généralement l’émission des syllables TU, TU et KU, laquelle permet de former des suites : eg (TU TU KU), (TU TU KU), etc. Diverses variantes, déjà indiquées, sont possibles : DU DU GU ou DI DI GUI, ou TA TA KA, ou TE TE KE, ou TI TI KI, en fonction des registres. La réalisation d’une parfaite égalité d’émission sonore est, ici encore, importante.

 

Une difficulté spécifique vient cependant du risque d’« accrochage » (retard d’émission) entre les deux TU initiaux lorsque le tempo augmente : en général, avec un tempo soutenu ou s’accélérant, on peut prononcer deux TU successifs mais (de plus en plus difficilement) trois. Lorsque les partities concernées nécessitent l’exécution de triolets relatifs à une même note (eg G2 G2 G2 ou C2 C2 C2), la situation est relativement gérable. Dans d’autres situations, les triolets comportent des notes différentes, et les intervalles entre notes peuvent être plus ou moins importants (eg G2 A2 G2, ou C2 B2 C2, ou G2 B2 D2), ce qui est donc plus délicat à exécuter ;

 

            (b) une alternative au type d’attaque précédent consiste alors à émettre des triolets formés de syllabes telles que (TU, KU, TU) alternées avec (KU, TU, KU), ce qui permet de former des suites telles que (TU KU TU) (KU TU KU), etc. Lors d’une exécution d’une suite de triolets, ce procédé évite d’accrocher entre les deux TU TU, et peut aussi bénéficier de la technique précédente (atténuation des syllabes dures et renforcement des syllabes faibles, cf 2.5.3.2.). Comme précédemment, selon le registre ou le type d’attaque, on peut exécuter des suites telles que  (TA KA TA) (KA TA KA), ou (TE KE TE) (KE TE KE), ou (TI KI TI) (KI TI KIU), ou aussi (DA GA DA) (GA DA GA), etc.

 

La façon de prononcer les diverses syllabes précédentes est à distinguer de l’action de « chanter dans la trompette » : le fait de chanter (au sens propre) dans l’instrument ajoute des fréquences sonores à celles résultant de la production sonore « normale » de la trompette.

 

Comme précédemment, lorsque le tempo augmente, on doit encore veiller à ne pas mouvoir la langue de façon excessive : des mouvements moins amples rendent possible davantage de vélocité, tout en autorisant les divers « rendus » usuels (piqures, staccatures, etc).

 

2.5.3.4. Quelques « curiosités »

 

            (a) des rythmes « spéciaux » tels que 5/4, ou 5/8, ou 7/4, etc, se rencontrent parfois. Ils peuvent être exécutés en s’inspirant de ce qui précède, compte tenu du tempo requis, qui peut être plus ou moins rapide : ainsi « Take five » (en 5/4), de Paul Desmond, joué rapidement peut nécessiter des syllabes différentes, tandis que le poème symphonique « L’île du mort » (en 5/8) de Serge Rachmaninoff, plus lent, peut se contenter d’une seule syllabe (eg GUA ou GUE) ;

 

            (b) changements de rythmes. Le tempo d’une armure initiale peut parfois être « rompu » (à plusieurs reprises) par des tempi intermédiaires : eg 4/4, puis 3/4, puis 4/4, ou encore 4/4, puis 6/8, etc. Ces occurences nécessitent aussi une préparation en vue d’obtenir une exécution correcte ;

 

            (c) enfin, l’exécution des syncopes complète cette liste des curiosités. Il existe d’innombrables façons de « syncoper » une ligne mélodique (et pas seulement en jazz : cf mesures 69, 73 ou 132 du premier mouvement du « Concerto en Eb pour trompette et cordes » en 2/4 de J.B.G. Neruda). Ainsi, certaines séquences de syncopes répétées peuvent aisément conduire à des erreurs rythmiques.

 

2.6. Etudes techniques, gammes et arpèges : doigts et doigté

 

Cette catégorie d’exercices vise, d’abord, à assurer une bonne utilisation des doigts. Le contrôle du doigté dans toutes les tonalités réclame de l’habileté : pour se familiariser avec, et améliorer, cette technique, on propose divers exercices sur le doigté (cf Annexe 07). On y insiste surtout sur les types de doigté les plus problématiques : parmi les 12 gammes possibles, ceux-ci concernent surtout les tonalités de D# (7 # à la clef), F# (6 # à la clef), voire encore E (4 # à la clef) (gammes respectivement anharmoniques des gammes Eb, Gb et Fb).

 

En effet, certaines « articulations digitales » impliquées par ces tonalités, sont parfois délicates à réaliser correctement (en fonction notamment du tempo) : eg (123, 23, 1) pour exécuter (C1#, D1#, F1), ou (2, 23, 1) pour exécuter (F2#, G2#, A2#). Il en va de même pour les gammes enharmoniques associées (Db, Gb, Fb).

 

L’exécution des gammes (de tous types) ou arpèges (directs ou renversés), ainsi que d’autres figures mélodiques, est donc bénéfique pour améliorer le contrôle des mouvements digitaux.

 

2.6.1. Technique des pistons

 

Ce sujet étant directement lié à celui du doigté, on le traite néanmoins dans ce chapitre, pourtant consacré à l’anatomie et à la physiologie. Les touches de pistons constituent en effet un « prolongement » naturel des doigts, et en suivent la réactivité.

 

Par sa conception-même, le mécanisme interne au « bloc des chemises et pistons » d’une trompette a pour but d’obtenir (par demi-tons) toutes les notes « intermédiaires » entre les notes « à vide ».

 

Ce problème est à rapprocher de l’ancien problème de la gamme tempérée, dont l’objectif était de « diviser » la gamme naturelle (degrés situés entre un C et le C+1 supérieur 8va), de façon cohérente, en tons et demi-tons : dans cette gamme, le rapport des hauteurs (fréquences) entre 2 sons distants de 1/2 ton est constant : 21/12 # 1,059 (cf Annexe 13, fausseté de la trompette). En effet, une propriété acoustique montre que le passage d’une note à son octave (supérieure) entraîne un doublement de la fréquence initiale, ie (symboliquement) C+1 = 2 . C. La cohérence en question implique de diviser cet intervalle d’une octave en 12 degrés Di (intervalles élémentaires) (i = 1 ,..., 12, avec D1 = C et D12 = C+1), en sorte que (toujours symboliquement) C+1 / C = 2 = (D2 / D1) . (D3 / D2) ... (D12 / D11) et que les rapports Di+1 / Di = di soient égaux à une constante (ie di = d0 quel que soit i). Par suite, 2 = d012 et le rapport d0 = 21/12 (QED).

 

Cet objectif visait notamment à éviter la décomposition du ton en 9 « commas » et le regroupement de ces derniers en (faux) « demi-tons », car d’amplitude inégale (5 commas + 4 commas). La répercution de ces modifications était triple :

 

            (a) au niveau de la facture instrumentale : divers instruments de l’époque, appelés depuis « instruments naturels », sonnaient faux (cf clavecin bien tempéré et réglage des cordes, trompette naturelle, flûtes, etc) ;

 

            (b) ensuite, la transposition des oeuvres est devenue plus aisée : dans l’ancienne gamme, cette transposition entrainait une déformation des perceptions mélodique et harmonique, puisque la répartition des intervalles intra-gammes n’était pas homogène inter-gammes (absence d’homogénéité sonore par glissements entre gammes) ;

 

            (c) enfin, au niveau de l’acculturation (éducation) : les différences de perception précédentes ont nécessité un réapprentissage par les musiciens et une nouvelle accoutumance musicale des artistes, aussi bien que de leurs audiences (cf in limine).

 

Ces phénomènes subsistent, notamment, avec la trompette moderne puisque, sans correction (à l’aide des lèvres ou des coulisses de pistons), elle ne respecte pas la constance des degrés entre notes chromatiques (cf Annexe 13, fausseté de la trompette) et qu’une même phrase jouée dans deux tonalités différentes peuvent créer des sensations différentes, tenant aux écarts entre notes (notamment les sensibles et les sous-dominantes) et, dans une bien moindre mesure, à la différence de tonalité elle-même. Des phénomènes de « ressentis » de ce type se retrouvent avec la flûte ou d’autres instruments à vent.

 

2.6.1.1. Les « notes à vide » sont les « notes de base » de la trompette : elles sont produites sans abaissement de piston. Pour une trompette standard en Ut (C), ces notes sont la fondamentale C1 et ses harmoniques : G2, C2, E2, G3, B3b, C3 (généralement appelée contre-Ut). Les harmoniques supérieurs (hors tessiture courante) sont aussi très difficiles à obtenir, et d’émission peu sûre : eg E3, G4, C4 (appelée bi-contre-Ut).

 

Or, on observe que, dans l’étendue standard de l’instrument :

 

            (a) le plus grand intervalle entre notes à vide est une quinte (C1-G2), située vers le bas du registre ;

 

            (b) les autres intervalles entre notes à vide sont moins étendus : quarte (G2-C2), tierce majeure (C2-E2), tierce mineure (E2-G3), quarte (G3-C3), tierce majeure (C3-E3), etc (en négligeant la note Bb obtenue à vide).

 

2.6.1.2. La logique d’un système avec pistons associé à un tuyau sonore devait tenir compte des données (contraintes) suivantes :

 

            (a) la hauteur du son d’une note à vide, produite par le tuyau, baisse en « continu » lorsque ce tuyau s’allonge en continu (cf trombone, trompette à coulisse). Autrement dit, toutes choses égales par ailleurs, la fréquence d’un tuyau sonore baisse « continûment » avec l’augmentation continue de sa longueur. Ainsi, les tons (ou corps) de rechange des anciennes trompettes naturelles avaient-elles pour but de changer la hauteur d’ensemble (tonalité instrumentale) de façon à changer de gamme exécutable (principalement dans le registre haut pour la trompette naturelle). De même, les harmoniques d’une trompette en Bb (resp en A, D et Eb) sont situés 1 ton plus bas (resp 1 ton 1/2 plus bas, 1 ton plus haut et 1 ton 1/2 plus haut) que ceux d’une trompette en C ;

 

            (b) le branchement d’une dérivation de longueur donnée (coulisse de piston et le tuyau-support situé à sa base) sur le tuyau en question, produit le même résultat d’abaissement des fréquences, mais on obtient une « baisse palière », autrement dit constante : la différence de hauteur dépend de la longueur (fixe) de la dérivation.

 

On peut, de la même façon, construire d’autres dérivations de ce type, chacune étant associée à un palier de baisse donné (attaché à chaque piston).

 

2.6.1.3. Faisant abstraction de la division de 1 ton en 9 commas, on a ainsi cherché à réaliser tous les intermédiaires chromatiques (ie par 1/2 tons) descendant d’une note à vide. Le spectre (cf spectre d’un processus, transformation de Fourier) d’un signal donné possède :

 

            (a) des pics équidistants et multiples (entiers) d’une fréquence donnée : cette dernière fréquence est appelée « fondamentale ». Les autres pics équidistants sont appelés « harmoniques » ;

 

            (b) les pics résiduels du spectre sont généralement appelés ses « partiels ».

 

On observe aussi que le spectre lui-même, dans son ensemble, est spécifique du (définit le) timbre de l’instrument (cf Annexe 16, numérotation des octaves, tessiture, in fine).

 

Autrement dit, la fréquence (hauteur du son) des notes suit une « règle de proportionnalité » : en particulier, la fréquence d’une harmonique est un multiple (entier) de la fréquence de la note fondamentale (fréquence de base).

 

Pour pouvoir parcourir chromatiquement toute l’étendue sonore de la trompette, le problème « technique » consiste à déterminer (1) un nombre de pistons, (2) des longueurs de coulisses de pistons associées, ainsi que (3) un actionnement des combinaisons des touches de pistons permettant de jouer tous les intermédiaires de la quinte C1-G2 précédente, donc en descendant de G2 vers C1.

 

Si cette difficulté est résolue, elle sera ipso facto résolue pour les autres intervalles entre vacuités indiqués ci-dessus.

 

La solution de ce problème a conduit, après divers tâtonnements (XVIIIème-XIXème siècles), à conclure que 3 pistons (seulement) pouvaient suffire : ce système, dû à Etienne François Périnet (1838), succède ainsi à celui de l’allemand Heinrich Stölzel (Henri Stoelzel) (1814).

 

D’autres cuivres (piccolo, certains bugles) possèdent un quatrième piston, associé à une coulisse permettant d’augmenter la tessiture en abaissant la tonalité d’ensemble (en général d’une quarte, ou 2 tons 1/2). Le fonctionnement s’apparente à celui de l’ancienne trompette à coulisse, ou du trombone, mais avec une seule position possible (baisse palière), au lieu de 7 pour le trombone.

 

En schématisant les raisonnements acoustiques, et en considérant un tube de longueur « standard », on a alors associé à chaque piston une dérivation à l’aide d’une coulisse dont la longueur a été déterminée par tâtonnement (avec itérations) ou par formulation physique (cf Annexe 13, fausseté de la trompette). Les 3 pistons autorisent alors 8 combinaisons possibles, dont 7 (soit 0, 2, 1, 12, 23, 13, 123, soit 0, 2, 1, 3, 23, 13, 123) sont suffisantes pour exécuter, en descente mais aussi en montée, toutes les notes chromatiques situées en-dessous de la note à vide donnée (G2), soit toutes les notes situées entre C1 et G2.

 

Le même principe est applicable aux autres notes à vide (C2, E2, G3, B3b, C3) : leur cas est d’ailleurs plus simple à traiter, car il nécessite moins de combinaisons de touches (intervalles moindres).

 

Enfin, on peut atteindre de la sorte (au mieux) la note F1# en descente de C2 (cf infra, doigtés alternatifs).

 

[Note. Les diverses versions possibles du doigté ne sont pas équivalentes : ainsi, pour jouer E1, la combinaison 12 conduit à un son légèrement plus aigu que celui résultant de l’abaissement de 3 seul. Par suite, dans le cas d’un instrument « standard », le doigté « standard » généralement enseigné est aussi, en théorie, faux : il vaudrait mieux jouer la gamme G1, A1, B1, C1, D1, E1, F2, G2, A2, B2, C2, D2, E2, F3, G3, A3, B3, C3 avec les combinaisons de touches 13, 3, 2, 0, 13, 3, 1, 0, 3, 2, 0, 1, 0, 1, 0, 3, 2, 0, au lieu de la combinaison 13, 12, 2, 0, 13, 12, 1, 0, 12, 2, 0, 1, 0, 1, 0, 12, 2, 0 habituellement enseignée et indiquée ci-dessus (cf § 1.3.4. numérotation des gammes et doigtés). L’exécution des gammes relevant d’autres tonalités suit alors la même logique]

 

[Note. Dans la même logique, on peut rechercher un système de notation « léger » des notes de musiques en fonction du doigté retenu. Ainsi, la note G2 (de la clef) (a) exécutée avec le doigté standard 0, serait notée G20 , ou simplement G2, (b) exécutée avec le doigté 13 serait notée G213 , etc]

 

[Note. Si l’on souffle dans une trompette à travers son embouchure, mais sans faire vibrer les lèvres, d’abord sans piston 0, puis en abaissant successivement les pistons 2, 1, 12 (ou 3), 23, 13, 123, on peut entendre le flux d’air « produire » la séquence descendante des 7 notes G, Gb, F, E, Eb, D, Db. C’est la seule séquence possible. De même, la séquence de doigtés 123, ..., 0 produit la séquence ascendante des 7 notes C#, D, D#, E, F, F#, G, anharmoniques des précédentes]

 

Tous les exercices proposés peuvent être avantageusement exécutés en utilisant le doigté standard aussi bien que le doigté alternatif, qui est parfois plus juste. Il faudra acquérir les automatismes correspondant à cet autre doigté, ce qui contribue aussi à augmenter l’habileté relative à cette question.

 

2.6.1.4. On a observé (cf Annexe 13, fausseté de la trompette) que cette fausseté acoustique de la trompette affecte, par construction (ie à cause du principe même du système des coulisses), toute l’étendue de sa tessiture.

 

La trompette est donc, en toute rigueur, « fausse » dans tous ses registres, mais plus « fréquemment » dans les zones de sa tessiture qui nécessitent l’actionnement d’au moins 2 pistons, donc notamment dans son registre grave (eg en-dessous de E1). L’oreille humaine possède, en effet, la capacité de percevoir et de distinguer les sons selon ses deux dimensions : (1) en hauteur (fréquences) et (2) au cours du temps (instants, durées, rémanences physiologiques) :

 

            (a) la hauteur F d’un son perçu dépend plus ou moins de l’acculturation musicale de l’individu et de sa rigueur mentale (oreille « musicale », oreille « absolue », etc). L’un pourra accepter l’exécution d’une oeuvre, tandis qu’un autre la trouvera médiocre, voire fausse.

 

Il en va de même, non plus de la hauteur, mais des écarts entre sons (fréquences) F et F + DF. En effet, il existe une limite à la perception humaine de ces écarts. Par définition du « cent », 1 ton = 200 cents (cf Annexe 09, usage de la trompette piccolo). Il est généralement admis que la physiologie de l’oreille humaine ne permet guère de détecter des écarts de fréquences inférieurs à 10 cents (soit 1 / 20ème de ton, ou 1 / 10ème de demi-ton). Dans ce contexte, l’ancien découpage du ton en 9 commas (1 ton = 9 commas) impliquait l’équivalence 1 comma # 22,22 cents, donc une perceptibilité nette entre écarts. Le fait de passer de la gamme « naturelle » (1 ton = 5 + 4 commas) au tempérament (1 ton = 4,5 + 4,5 commas) a donc modifié la perception sonore ressentie par un auditoire, puisque 0,5 comma # 11,11 cents (écart phoniquement perceptible) ;

 

            (b) le délai pendant lequel l’oreille perçoit le son est plus ou moins important (persistance acoustique) (ceci est comparable à la persistance rétinienne en ophtalmologie). Partant de l’oreille, le son parvient au cerveau qui l’enregistre et l’interprète ensuite. Lorsqu’une note longue est émise, sa « qualité sonore » peut aisément être appréciée, tandis que, pendant une suite de notes rapide, le sens de l’audition ne dispose pas nécessairement d’un temps d’analyse suffisant pour apprécier ces enchaînements (faible hystérésis). Par suite, certains défauts (notamment la justesse) sont généralement davantage perceptibles pendant l’exécution de figures de notes longues (rondes, blanches pointées, etc) ou pendant un tempo lent, que pendant l’exécution de figures de notes courtes (croches, doubles croches, etc) ou pendant un tempo rapide.

 

Compte tenu de ce qui précède, ainsi que d’arguments acoustiques complémentaires (cf Annexe 13, fausseté de la trompette), on peut mettre en évidence (sans l’aide de la seule oreille) les notes fautives d’une trompette standard, utilisée avec le doigté standard (cf § 2.6.2.) et sans correction à l’aide des lèvres ou des coulisses. Ainsi, les principales notes fautives sont :

 

            (a) moins de 10  cents d’écart (écart « toléré ») : A1 (+8 cents), C1# (+7 cents), G2 (+9 cents), A2 (+8 cents), C2 (+7 cents), G2 (+9 cents), A3 (+8 cents), C3 (+7 cents) ;

 

            (b) 10  cents d’écart et davantage (donc perceptibles par l’oreille humaine et à corriger) : E1 (+11 cents), D1 (-14 cents), D1# (-10 cents), D2 (-14 cents).

 

Les notes du premier registre (graves échelonnées entre F1# et E1b) sont ainsi notablement plus « fausses » (hauteurs, intervalles) que celles des registres supérieurs.

 

Un entraînement minimal doit permettre de réussir à jouer « juste ». En effet, la correction des défauts précédents est possible à l’aide de 2 procédés :

 

            (a) le jeu des lèvres permet, dans une certaine mesure, de baisser d’environ 1/2 ton une note trop haute : par définition, ce relâchement des lèvres, accompagné d’un moindre souffle, permet ainsi la réalisation de divers « partiels » (cf Annexe 05, exercices de base). Un partiel signifie, dans ce cas, note dérivée, ou note « courbée », ou encore note « infléchie » (en hauteur) par rapport à la note « normale » (elle-même centrée en hauteur). Pour réaliser un partiel, l’instrumentiste peut donc utiliser sa gorge (relaxation et ouverture), son souffle (pression interne à la CB) et ses lèvres (flexibilité).

 

L’inverse n’est pas vrai : les lèvres ne permettent guère de rehausser (quelques cents à peine) une note trop basse. En effet, il existe un « effet de cliquet » à la hausse, qui fait rapidement passer (à doigté inchangé) d’une note à son harmonique supérieure immédiate : cette dissymétrie constitue d’ailleurs l’une des propriétés acoustiques des tuyaux sonores ;

 

            (b) l’allongement des coulisses de piston : on allonge, le plus souvent, la coulisse 3 (ou « trigger » selon le type ou modèle d’instrument : bugle, etc), et parfois (selon le modèle de trompette) la coulisse 1.

 

On peut aussi, le cas échéant, combiner les coulisses 3 et 1 : les notes concernées sont, dans ce cas, obtenues avec un allongement moindre de chacune d’elles (cf Annexe 15, doigté et réglage des coulisses).

 

[Note. Si le piston d’une coulisse est levé, un instrument bien construit opposera une résistance à l’allongement de la coulisse associée, en raison de la dépression impliquée par son étanchéité. Il est, en effet, plus facile d’allonger la coulisse lorsque le piston en question est en position basse (car l’air peut circuler plus librement) : or, c’est l’allongement de la coulisse qui doit, logiquement, précéder le mouvement du piston. La solution est donc ... la simultanéité des deux opérations ... C’est cette situation qui fonde l’argument incitant à abaisser ou relever rapidement les pistons, mais sans « nervosité »]

 

Lorsque l’oeuvre à exécuter est mémorisée, on peut en tenir compte pour éviter de manipuler trop souvent les coulisses : il suffit, dans la mesure du possible, de les positionner juste avant les phrases concernées par la fausseté de l’instrument, puis de les maintenir pendant l’exécution de ces passages, et enfin de ramener les coulisses à leur position courte pour exécuter les autres phrases. En effet, ne pas ramener ces coulisses (enfoncement) risque de conduire à la production de notes inadéquates avec d’autres doigtés (changements d’armure, autre mouvement, autre oeuvre, etc).

 

Par suite, on peut observer que :

 

            (a) ce qui précède est surtout important lors de phrases lentes, où les notes sont davantage « tenues » et les défauts davantage perceptibles : en effet, on a vu que l’oreille possède une plus grande perception de ce type de défauts pendant une exécution lente (effet d’hystérésis « strobo-acoustique »). Mais la manoeuvre d’allongement des coulisses est relativement praticable ;

 

            (b) pendant une phrase rapide, cette maneuvre d’allongement est risquée (et même impossible), car il faut, à la fois, (1) appuyer sur les pistons concernés et (2) allonger la (les) coulisses correspondante(s), toutes actions tendant à déstabiliser le masque. Cependant, étant donné la rapidité du tempo ou des figures de notes, cette fausseté peut passer plus ou moins inaperçue ...

 

Dans tous les cas, un décentrement (provoqué) de la hauteur du son nuit à sa qualité : un son peut être musical sans être à la bonne hauteur (note fausse), de même qu’il peut être juste sans être musical (note inadéquate) (cf infra).

 

En pratique, la qualité des fabrications instrumentales varie non seulement d’un fabricant à un autre, mais aussi d’un modèle d’instrument à un autre, ou encore au cours du temps, chez un même fabricant et pour un « même » modèle. Il paraît plus simple de s’assurer, avant de jouer, du « calibrage » d’une cornaline en procédant à des essais :

 

            (a) repérer les allongements de coulisse permettant une exécution des notes aussi juste que possible, sans l’aide des lèvres (de préférence) ;

 

            (b) ensuite mémoriser ces allongements une fois pour toutes (ils peuvent dépendre de l’instrument utilisé). De même que l’on peut annoter une partition avec des virgules de respiration (lorsqu’il n’en est indiquée aucune), on peut aussi l’annoter des allongements de coulisses les plus cruciaux.

 

En combinant le jeu des lèvres et les coulisses de pistons (1 ou 3 selon le modèle de cornaline), il est possible (cf infra) d’atteindre la note F1 (ie le Fa situé juste au bas de la tessiture de l’instrument). Cette note n’est pas très aisée à atteindre, et le résultat sonore obtenu peut, de plus, être médiocre : jouer (trop) souvent dans le registre aigü augmente la difficulté d’atteinte.

 

2.6.1.5. Compte tenu de ce qui précède, il est fortement conseillé, lors de l’acquisition d’une trompette, d’en tester la justesse. Quelques procédés sont les suivants (maintenir toutes les coulisses, d’accord et de pistons, enfoncées : « position neutre ») :

 

            (a) chauffer l’instrument quelques instants (car sa tonalité monte lorsqu’il s’échauffe). Puis vérifier la justesse du niveau (fréquence) de certaines notes-clefs. Ce contrôle peut se faire par écoute comparative avec un diapason ordinaire (pour le La = A2 = 440 Hz ou 442 Hz), un échantillon de notes (à charger sur micro-ordinateur) ou un diapason électronique. Le choix des notes-clefs est parfois délicat (cf 1.3.3., gamme de prédilection) et dépend aussi de la qualité de fabrication de l’instrument : eg fondamentale et ses harmoniques, A2 du diapason, etc. Si certaines notes sont trop basses, la coulisse d’accord ne permettra pas de rectifier la fausseté (puisqu’elle était enfoncée, donc la plus courte possible). Si ces notes sont trop hautes, on devra allonger cette coulisse (mais les coulisses de pistons devront aussi être articulées pour mise en conformité acoustique) ;

 

            (b) monter une gamme (en pratique celle de C) : eg lier les notes C1, D1, E1, F1 et G2 (justesse des secondes graves, majeures et mineures). Avec certains instruments (eg la SML Paris TP600), le Sol (G2) est parfois trop bas (on peut observer ce défaut en jouant la quinte C1-G2) : une correction est possible grâce au doigté alternatif 13 (qui corrige la hauteur) (cf § 2.6.4.). De même, le E2 peut être amélioré avec le doigté 12 (au lieu de 0) ;

 

            (c) descendre une gamme (en pratique celle de C) : eg lier les notes C1, B1, A1, G1 (justesse des secondes très graves, majeures et mineures) ;

 

            (d) monter et descendre chromatiquement une gamme (en pratique celle de C) : eg lier les notes parcourant C1 à G2 (justesse des secondes mineures). Généralement, C1#, D1 ou D1# sonnent immédiatement faux ;

 

            (e) monter et descendre chromatiquement une gamme (en pratique celle de C) : eg lier les notes situées entre C1 et F1# = G1b (justesse des secondes mineures) ;

 

            (f) jouer une note quelconque en alternant (rapidement) son doigté standard et son doigté de substitution éventuel, indiqué ci-dessous : eg jouer lentement E2 alternativement à vide (0) et avec 12 ou 3 (comme pour exécuter un trémolo) ; de même pour C2 à vide (0) et avec 23 ;

 

            (g) jouer une note quelconque et son octave (haute ou basse) : l’intervalle doit « sonner » juste. Essayer aussi avec les notes pédales, ou encore entre notes normales et notes pédales.

 

Dans le cas d’un instrument fautif, certaines notes seront notablement hors « schéma de gamme » ou hors « schéma d’arpège », ou encore il peut s’avérer impossible de corriger leur hauteur de façon rigoureuse (que ce soit à l’aide des lèvres ou des coulisses de pistons). Certains des procédés précédents sont ainsi basés sur les tranches de registre où l’instrument est a priori le plus faux : si celles-ci sont très fausses, elles risquent de ne pouvoir être « corrigées », ni par coulisses, ni par lèvres.

 

De plus, comme on l’a indiqué, il vaut mieux choisir, en fonction du budget disponible, un instrument produisant des notes légèrement au-dessus de la bonne hauteur, plutôt que le contraire : en effet, il est toujours possible de baisser les notes soit, de façon générale, avec la coulisse d’accord, soit, de façon localisée, avec les coulisses de piston. Ainsi, une trompette en C qui sonne :

 

            (a) trop haut (eg en C#, à la suite de l’échauffement de l’instrument) peut être corrigée avec la coulisse d’accord. Cependant, les proportionnalités nécessaires des coulisses de pistons risquent, dans ce cas, d’être modifiées et de fausser davantage les notes fautives : l’allongement de ces coulisses peut, le cas échéant, corriger encore le problème ;

 

            (b) trop bas risque d’être toujours trop basse, même après correction, et nécessiterait plutôt, le cas échéant, (1) soit une transposition des parties à exécuter (1/2 ton ou 1 ton au-dessus) (avec abaissement éventuel de la coulisse d’accord), (2) soit même un raccourcissement du tube lui-même (par un facteur d’instruments à vent), à condition que celà soit possible sans trop fausser les proportions coulisses-tube.

 

[Note. Comme on vient de le suggérer, l’accordage de l’instrument par rapport à un « référentiel » - diapason à 440 Hz, A2 du premier violon, etc - nécessite l’usage de la coulisse d’accord. Mais il implique aussi, en théorie, de manipuler les coulisses de pistons de façon conforme - ie par allongement -, car sinon la règle de proportionnalité n’est pas respectée. Ainsi, certains instruments vendus avec deux tonalités possibles - eg Bb et A - comportent souvent deux jeux de coulisses, voire aussi un « ton » de rechange à insérer dans le boisseau de la perce]

 

En pratique, des instruments (notamment ceux d’étude) de prix modeste ont souvent une qualité assez satisfaisante, et peuvent être utilisés sans grande difficulté. Ils nécessitent aussi d’apprendre à pratiquer les efforts de correction indiqués, ce qui a sa propre utilité.

 

C’est alors sur la qualité de fabrication qu’il faut se concentrer :

 

            (a) solidité et géométrie du tuyau, du pavillon, des cylindres et pistons, des coulisses, des clefs d’eau, des pas de vis ;

 

            (b) emboîtements des tubes : on peut essayer de vérifier si les divers tuyaux composant l’instrument s’emboîtent non seulement correctement (contact superficiel le plus important possible), mais aussi jusqu’au fond du tuyau récepteur, ie au niveau de son « décrochement » : en effet, si l’embouchure ou un tuyau « mâle » ne forme pas une liaison continue à l’intérieur du tube (réceptacle « femelle »), ce « défaut » introduit des perturbations supplémentaires du flux d’air (cf schéma 14 ci-dessous).

 

Figure 14. Déboitement des tubes et continuité du flux d’air

 

Ce problème peut notamment survenir entre la queue d’une embouchure et le boisseau de la perce (conicité, longueurs). Il ne semble cependant pas très gênant.

 

Enfin, bien que cette remarque ne se relie pas à la justesse, il convient, lors d’un achat ou d’une location, de s’assurer que l’instrument possède une protection de surface externe de qualité : en effet, certains vernis peuvent s’altérer (faible couche, mauvaise qualité), l’argenture peut finir par disparaître (faible couche, surface de fixation mal préparée, oxydations répétées). Pour une marque et un modèle d’instrument donnés, on ne peut que tirer profit de l’avis de son professeur ou de l’expérience des autres (forums, etc), si les contrôles de qualité des fabrications peuvent être supposés suffisamment homogènes (aussi bien dans l’espace qu’au cours du temps).

 

2.6.2. Doigté normal

 

Le doigté « normal » ou doigté « standard », ainsi que la tessiture « normale » de la trompette, déjà indiqués, sont rappelés dans le schéma ci-dessous, avec la numérotation des notes retenue ici : la tessiture « normale » ou usuelle de la trompette s’étend du Fa dièze (noté ici F1#) en-dessous de la portée jusqu’au Do aigu (ici noté C3), ou contre-Ut, situé au-dessus de la portée. Cette tessiture permet de réaliser les sons les plus musicaux, ie les plus « plaisants » à l’oreille, avec une trompette ordinaire (C ou Bb).

 

2.6.2.1. On rappelle que la numérotation retenue ici pour les gammes est de mémorisation aisée, car fondée sur la tessiture de l’instrument. Elle diffère cependant (cf Annexe 16, numérotation des octaves, tessiture) :

 

            (a) de la notation basée sur le piano à 88 touches standard (soit 7 octaves 1/4) : le C1 retenu ici pour la trompette correspond au C4 du piano (première ligne au-dessous de la portée en clef de Sol) ;

 

            (b) de la notation « universelle » (eg utilisée en acoustique), basée sur des fréquences sonores (eg A2 = 440 Hz) ;

 

            (c) des notations américaine ou allemande.

 

2.6.2.2. En effet, au lieu d’attribuer un numéro à chaque séquence composée de 7 notes et débutant par un Ut, soit (Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si) = (C, D, E, F, G, A, B), on se base sur la note la plus basse de la tessiture (Fa ou F situé sur la troisième ligne au-dessous de la portée en clef de Sol) : cette note est alors notée F1. En réalité, il s’agit d’une note accessible de façon « extrême », en forçant les choses (à l’aide des lèvres et des coulisses) : en pratique, la note réaliste est F1#. Par suite, on attribue un numéro à chaque séquence composée de 7 notes et commençant par un Fa, soit (Fa, Sol, La, Si, Do, Ré, Mi) = (F, G, A, B, C, D, E) (cf figure 15 ci-après).


 

Figure 15. Notation et doigté de base

 

Pour parvenir à exécuter un doigté « naturel », sans hésitation, il faut, ici encore, prendre le temps de passer d’une étape de conscience à une étape d’automatisme : comme pour de nombreuses activités, l’apprentissage doit commencer avec des mouvements lents, puis continuer avec des mouvements de plus en plus rapides (passage réflexion - réflexes) (acquisition de la vélocité).

 

Un métronome (physique) est très utile, mais l’on pourra s’en passer en développant aussi un métronome mental, ou métronome « intérieur » : sens des durées ainsi que des rythmes.

 

2.6.3. Doigts et touches de pistons

 

Les doigts ne doivent pas être (trop) élevés au-dessus des pistons : ceci retarde d’ailleurs la réactivité du doigté. A tout instant du jeu, surtout s’il est rapide, il est donc préférable de maintenir le contact entre le bout des doigts (pulpe de la dernière phalange), ou la dernière articulation, et le dessus des pistons (touches de pistons), ce qui est parfois difficile.

 

En outre :

 

            (a) on doit rechercher un mouvement précis des doigts, quel que soit le tempo (rapide ou lent). L’exécution du doigté doit être « détendue », sans déplacement excessif des doigts (certains professeurs préconisent des mouvements rapides des pistons entre deux notes, même si le mouvement / tempo est lent). Il faut, en même temps, être physiquement décontracté : une tension du bras, de la main ou des doigts ajoute, à la longue, de la fatigue. Il va sans dire que, pour faciliter au maximum ces manoeuvres, les contraintes « mécaniques » doivent être allégées : géométrie impeccable des cylindres et pistons, lubrification suffisante des pistons, ressorts en bon état ;

 

            (b) les pistons doivent être soit levés, soit abaissés, sans « trainer » dans des positions intermédiaires. Pour éviter divers échecs (notes mal attaquées, cliquetis entre notes, notes mal centrées) dûs à des retards d’actionnement, il convient d’abaisser rapidement les pistons avant l’exécution de chaque note « languée ». Hormis les doigts eux-mêmes, la remontée des pistons est commandée par l’élasticité de leur ressort, par la qualité de fabrication de l’instrument (adéquation du cylindre et des pistons, taquets en plastique bien positionnés et en bon état), ainsi que par le soin apporté à la lubrification. Le choix du lubrifiant et, surtout, de sa viscosité, jouent aussi un rôle.

 

Il arrive, parfois, que les pistons soient abaissés très légèrement, ou de 1/4, ou encore de 1/2 longueur, pendant un instant généralement assez court, pour produire divers effets :

 

            (a) en classique, pour réaliser un glissando : le son produit monte de façon continue (au lieu d’avoir à exécuter une montée ou une descente, soit chromatique, soit naturelle, en mode ultra-prestissimo). Pour passer d’une note Na (doigté abc) à une note suivante Nb (doigté xyz), on « lie » ces notes en pratiquant, pendant un court instant, un doigté « intermédiaire » ijk dans lequel l’un des pistons i, j ou k est positionné entre ses positions extrêmes (eg à mi-hauteur). L’important, dans cette situation de jeu, consiste à respecter le tempo, donc à « mordre » légèrement sur la première note, Na , ou sur la seconde Nb , voire sur les deux ;

 

            (b) en jazz,  pour produire des effets spéciaux : étouffement du son, « couinement », attaques par-dessous, etc. Dans cette situation encore, on place (très temporairement) certains pistons à une hauteur intermédiaire (donc en position ni abaissée, ni élevée).

 

Il faut, en général, souffler plus fort pour bien réaliser ces effets.

 

Le placement de la main droite par rapport à l’instrument peut prêter à discussion :

 

            (a) de nombreux instrumentistes positionnent le cinquième doigt (auriculaire) de la main droite dans le crochet ou l’anneau de retenue de l’instrument, le premier doigt étant « calé » au niveau de la première entretoise (celle située après l’embouchure). C’est d’ailleurs l’usage consacré à ces accessoires ;

 

[Remarque : l’objet principal d’une entretoise est de renforcer la solidité de la « structure tubulaire enroulée » de la trompette]

 

            (b) d’autres préfèrent (en permanence, ou temporairement, selon la difficulté) conserver la liberté de mouvement de la main droite, l’auriculaire étant positionné au-dessus du crochet et le pouce sur le côté du premier cylindre.

 

L’argument relié au second choix tient au risque d’utiliser le crochet pour rapprocher, instinctivement et excessivement, l’embouchure vers la bouche, donc pour écraser le masque d’une façon préjudiciable aux lèvres. Cependant, cet inconvénient paraît concerner les débutants, dont le masque n’est pas encore bien formé (musculature). Les artistes confirmés possèdent, en principe, par « construction », un masque suffisamment puissant (« dureté » ou « épaisseur » musculaires) pour contrebalancer la pression exercée par l’embouchure sur les lèvres, pression qui doit toujours demeurer minimale.


 

2.6.4. Doigté « atypique », ou doigté « alternatif »

 

Comme déjà indiqué, certaine notes peuvent être jouées avec un doigté alternatif (cf infra) : eg utilisation de la combinaison des pistons 13 pour les G, ou du seul piston 3 pour les E et A (cf schéma ci-après). Cette pratique est d’ailleurs utile pour exécuter certains types d’exercices : notamment, flexibilité des lèvres sans mouvements tubulaires.

 

2.6.4.1. En effet, la description de la technique des pistons (cf § 2.6.1.3.) et la connaissance du doigté standard (cf § 2.6.2.) ont montré que certaines combinaisons de touches (doigté non standard) « chevauchent » les combinaisons « normales » (doigté standard) (cf schéma ci-après). Certaines notes possèdent d’ailleurs plusieurs doigtés : ainsi, B3b en possède 3 (le doigté normal 1, le faux harmonique 0 et la descente 123 de E3).

 

[Remarque. Parler d’une « même » note associée à des doigtés différents constitue, en toute rigueur, un abus de language : en effet, si, par exemple, B3b est considéré comme juste avec eg le doigté 1, les doigtés alternatifs 0 et 123 ne peuvent que produire une note différente, donc « fausse », même si cette différence est  faible. Une façon de distinguer ces 3 notes serait de les noter respectivement B3b1 , B3b0 et B3b123 . On peut cependant admettre des « assimilations » de ce type entre notes, dans la mesure où « précision acoustique » et « qualité artistique » constituent des objectifs différents : une pièce jouée au sens premier (eg musique électrique ou électronique), donc acoustiquement « exacte », peut sembler moins agréable à l’oreille que lorsqu’elle est jouée au sens second (instruments réels), donc acoustiquement « fausse »]

 

On a indiqué que la note F1 peut aussi être atteinte en « trichant » un peu : (a) utilisation du doigté 123, (b) fort relâchement des lèvres et (3) allongement suffisant des coulisses de pistons (soit 1, soit 3, soit 13). Cet exercice est cependant assez délicat car la sonorité peut s’en trouver altérée : son « creux » ou « mat », note difficile à atteindre (sauf à travailler le registre grave ou les sons pédales).


 

Figure 16. Doigtés alternatifs

 

[Remarque. Le doigté 12 possède l’alternative 3 qui est généralement plus juste, pour des raisons acoustiques déjà mentionnées (cf Annexe 13, fausseté de la trompette). C’est pourquoi cette alternative 3 est souvent utilisée : exercices ou traits de concert rapides, flexibilité « pure » des lèvres sans mouvements tubulaires]

 

On enseigne traditionnellement que le doigté alternatif ne doit pas, en principe, être utilisé de façon habituelle (doigté « non standard »).

 

Cependant, il peut s’avérer très utile dans certaines situations, eg :

 

            (a) pour corriger des hauteurs de notes fautives (instrument ancien, qualité de fabrication médiocre) : ainsi, un G2 trop bas peut parfois (cas de la SML Paris TP 600) être avantageusement exécuté avec 13 (au lieu de 0) ;

 

            (b) pour réaliser des traits mélodiques rapides que le doigté normal ne permet pas de réaliser (sans risque) ;

 

            (c) pour exécuter des trémolos. Un trémolo est une succession (tremblement proche d’une vibration) (très) rapide alternant un doigté standard et un doigté alternatif produisant la « même » note : ainsi en est-il d’une suite de E2 alternant 0 et 3 (E20 et E23). Il peut aussi être obtenu avec un coup de langue extrêmement rapide et un même doigté, par exemple 0.

 

En effet, il est toujours préférable que l’exécution d’une ligne mélodique soit à la fois juste et réalisée avec un doigté le plus « léger » possible : ceci est le cas lorsque aucun, ou un seul, piston est actionné. Ainsi (cf typologie des doigtés in Annexe 07, exercices sur le doigté, avec une note précisant la notion de lourdeur de doigté) :

 

            (a) l’exécution d’un mouvement rapide comportant, ou d’un trille alternant, 1 et 23 (« bascule ») pour exécuter F1 et E1b ne peut permettre un doigté léger (absence de doigté de substitution). Un trille impliquant une « fourche » (alternances de 13 et 2 pour exécuter des suites de D1 et F1#) est a priori exclu, car irréalisable (et d’ailleurs jamais utilisé dans les oeuvres pour trompette) ;

 

            (b) par contre, un trille impliquant l’alternance de 12 et 23 (bascule) pour les notes A2 et G2# peut être avantageusement exécuté avec 3 et 23 (seule la touche 2 est à actionner, après avoir cependant exécuté les deux premières notes du trille avec 12 et 23). De plus, la trompette est moins « fausse » dans ce registre que dans le registre inférieur ; étant donné la vélocité du trait et les limites physiologiques des capacités acoustiques de l’oreille (discernement à partir de 10 cents) (cf infra), un auditeur « moyen » ne devrait pas percevoir de différence (cf § 2.6.5.).

 

On peut donc distinguer 3 types de situations (cf Annexe 07, doigtés, lourdeur) : doigté léger (un seul piston, ou aucun, abaissé), doigté semi-léger (ou semi-lourd) (2 pistons abaissés simultanément) et doigté lourd (trois pistons abaissés). Cette distinction dépend, cependant, des longueurs de notes (figures de notes) et du tempo de la pièce à exécuter, aussi bien que de l’enchaînement de l’articulation des pistons : ainsi, 123 (C1#) alterné avec 23 (D1#) est un enchaînement d’un lourd et d’un semi-lourd, mais cette séquence est facile à réaliser (un seul piston à actionner), même en mode « presto » ; à l’inverse, un trille rapide constitué de simples 1 et 2 (eg B2b alterné avec B2) n’est pas d’une réalisation aisée.

 

2.6.4.2. Le risque évoqué est celui de mouvements trop brusques de l’instrument dû à l’effort demandé pour exécuter certains doigtés : bascules ou « fourche » précédentes. Le maintien de l’instrument à l’aide de la main gauche peut, en effet, être insuffisant si l’on veut qu’elle conserve aussi de la souplesse pour éviter une crispation douloureuse, surtout dans des jeux longs. Par suite, les mouvements peuvent entraîner deux inconvénients majeurs :

 

            (a) défauts d’étanchéité des commissures labiales (pendant l’exhalation, donc pendant la production sonore) ;

 

            (b) déplacement trop brusque et rapide de l’embouchure relativement aux lèvres (effet de tanguage), d’où la production de « notes inattendues », ou « fausses notes » (cette notion est à distinguer de celle de « note erronée » résultant d’une lecture fautive de la partition). C’est l’une des situations typiques où l’on peut qualifier l’instrument de « capricieux » (cf in limine).


 

Enfin :

 

            a) d’une part, une exécution liant des notes contribue (en conjonction avec le souffle) à augmenter la flexibilité des lèvres. Cependant, elle n’est pas toujours aisée, car certaines successions peuvent ne pas « passer » aisément (souffler un peu plus sur la deuxième note) : eg G2 - A2b ou G3 - A3b avec 0 et 23, ou même C2 - D2 avec 0 et 1 ;

 

            b) d’autre part, une attaque non liée (piqué, staccato, etc) nécessite une grande attention pour réaliser une coordination parfaite du flux d’air (souffle), du coup de langue, de l’OB et des doigts. Les exercices correspondants devront donc être commencés très lentement (prise de conscience du mécanisme et concentration), puis exécutés de plus en plus vite, en sorte de toujours contrôler cette coordination.

 

[Remarque. On distingue ici entre la notion de « note inattendue », ou « fausse note » et celle de « note erronée ». Leurs causes sont multiples. Une note fausse résulte d’une erreur « technique » : mauvaise attaque, retard d’émission, grésillements ou sonorité « creuse », doigté en avance ou en retard par rapport à l’attaque, etc. Elle peut correspondre à une pédagogie peu suivie, ou à un entrainement insuffisant, mais aussi aux limites des capacités individuelles. Une note erronée résulte simplement d’une lecture fautive de la partition : bécarre, doubles-dièzes ou doubles-bémols non pris en compte (surtout avec une armure « chargée »), erreur de ligne dans les lignes supplémentaires, appogiature mal comprise, etc). Elle correspond généralement à un manque de vigilance de lecture, ou à des connaissances insuffisantes en solfège : elle peut aisément être corrigée, d’autant qu’elle est souvent remarquable et ... remarquée]

 

2.7. Bouche et embouchure

 

Ce point est crucial et commande le choix de l’embouchure la plus appropriée (cf Annexe 01, embouchures).

 

Une conséquence de l’échauffement ou de l’entraînement réside dans une meilleure adéquation entre la bouche et l’embouchure : la forme des lèvres doit finir par « épouser », dans une certaine mesure, celle de l’embouchure. Autrement dit, la morphologie de la bouche devrait devenir, à terme, la « géométrie inverse » (ou le « négatif ») de l’embouchure. Cette conséquence est avantageuse, car ainsi l’air exhalé ne fuit pas entre le masque externe et l’extérieur (étanchéité des commissures), ce qui aide notamment à éviter un gaspillage de l’air, à augmenter la concentration du flux d’air dans l’embouchure (qu’elle soit de type sphérique ou de type conique), et aussi à améliorer la flexibilité des lèvres.

 

Le fait de rapprocher l’embouchure de la bouche, ou « embouchement de la trompette », est un moment très important de la relation artiste - instrument : c’est de ce contact que résultera la qualité technique et artistique. Ce contact doit être :

 

(a) « confortable », c’est-à-dire non désagréable, et encore moins douloureux. Ceci dépend de la pression supportée par les lèvres, entre l’embouchure et les dents ;

 

(b) et en parfaite adéquation avec cette partie du masque afin de permettre un jeu efficace. En particulier, on doit généralement pouvoir trouver un positionnement de l’embouchure sur les lèvres et une détermination de son angle (cône frontal dont le sommet est l’OB et l’angle celui de son axe) qui soient optimaux.

 

2.7.1. Positionnement de l’embouchure en hauteur (cf schéma)

 

Il n’existe pas de règle définitive sur ce positionnement :

 

Figure 17. Positionnement de l’embouchure, en hauteur par rapport aux lèvres

 

            (a) J.B. Arban ou M. Franquin préconisaient une position 1/3-2/3 : une embouchure en position « basse » facilite l’envoi du flux d’air vers le haut dans la cuvette de cette embouchure (« position Arban »). Elle favorise l’émission d’un flux d’air « rétréci » à un niveau situé entre la lèvre inférieure et le haut de la cuvette, et semble s’associer à des instrumentistes dont la lèvre inférieure est plus charnue que la supérieure (vibration obtenue « par le bas »). Ainsi, Alexandre Baty (trompette solo de l’Orchestre Philharmonique de Radio France) pose son embouchure dans cette position, voire même plus bas, comme semblait aussi le faire Derek Watkins.

 

F.G.A. Dauverné recommandait simplement un recouvrement supérieur légèrement plus important que l’inférieur ;

 

            (b) J. Forestier préférait, à l’inverse, une position 2/3-1/3 : une embouchure en position « haute » favorise l’émission d’un flux d’air vers le bas de la cuvette. Ce flux est « rétréci » à un niveau situé entre la lèvre supérieure et le bas de la cuvette (cf eg Romain Leleu). Les cornistes orientent aussi leur instrument vers le bas avec cette position. Celle-ci semble adaptée à des instrumentistes dont la lèvre supérieure est en « avancée » par rapport à la lèvre inférieure (vibration obtenue « par le haut ») (cf la référence au « bec » des trompettistes) (cf infra).

 

Les deux positions « extrêmes » précédentes facilitent, en outre, des vibrations avec fréquences élevées, donc un accès vers le registre aigu. En effet, elles conduisent à positionner la lèvre inférieure ( respectivementsupérieure) très près du haut (respectivement du bas) de la cuvette, l’autre lèvre jouant un rôle de « support » (en tout état de cause très léger), ce qui induit un flux d’air rétréci et tendu. Ces positions orientent, de façon  indirecte, le flux d’air vers le grain d’embouchure, après être passé tangentiellement par la zone supérieure (respectivement inférieure) interne de la cuvette ;

 

            (c) la position moyenne (ou centrale) en hauteur 1/2-1/2 peut cependant être préférée, au moins à titre de position initiale, avant d’expérimenter une recherche d’amélioration de cette position. Cette position oriente le flux d’air directement vers le fond de la cuvette (grain d’embouchure).

 

En effet, (1) c’est le contrôle de la pression interne à la cage thoracique, ainsi que de la « poussée » de l’abdomen, qui permet de contrôler la compression de l’air expiré, et (2) c’est la puissance musculaire du masque qui permet le contrôle des lèvres (ouverture et fermeture de l’OB : la fameuse « pince » labiale). Par suite, c’est le contrôle du couple « compression, masque » qui implique un contrôle de la vibration, donc des fréquences émises, donc de la hauteur du son. Le positionnement de la langue et l’ouverture du pharynx contribuent enfin à faciliter et à renforcer le balayage de la tessiture de l’instrument.

 

Dans cette position intermédiaire, l’accès au registre élevé peut être favorisé en avançant les lèvres (masque interne) à l’intérieur de la cuvette (sans en toucher le fond, pour éviter le risque de casser la vibration) : ceci dépend donc aussi de la profondeur de l’embouchure.

 

Pour trouver une position optimale, on peut commencer par une position 1/2-1/2, puis, après essais (procédure par tâtonnements), faire varier, légèrement et progressivement, cette position en sorte d’obtenir, à la fois, des résultats satisfaisants (justesse, sonorité, étanchéité, flexibilité, tessiture) et un confort de ressenti de l’embouchure sur les lèvres. En effet, il ne faut pas négliger le rôle que joue la morphologie individuelle dans le choix de cette position :

 

            (a) régularité du mur dentaire dans ses 3 dimensions (hauteur, largeur et profondeur) : écartement des dents, port d’une appareil, etc ;

 

            (b) forme des lèvres : plus ou moins fines, plus ou moins incurvées, épaisseur plus ou moins répartie en largeur, etc ;

 

            (c) masse musculaire labiale inférieure ou supérieure : la lèvre « inférieure » est souvent plus épaisse que la « supérieure », ce qui peut expliquer la préférence pour une position 1/3-2/3.

 

Figure 18. Position du grain de l’embouchure selon la hauteur

 

La position adoptée en hauteur correspond souvent à un choix de la zone de support de l’embouchure et de la pression sur chaque lèvre (cf aussi 2.7.3. infra) :

 

            (a) support bas : certains artistes calent (aussi confortablement que possible) l’embouchure plutôt sur la lèvre inférieure (qui vibre alors moins) et se servent de la lèvre supérieure pour vibrer davantage, en l’enfonçant plus ou moins dans la cuvette pour jouer sur la hauteur des notes. Ainsi, la pression (relative) de l’embouchure sur la lèvre inférieure peut varier autour de 60 %, le reste (# 40 %) étant supporté par l’autre lèvre ;

 

            (b) support haut : d’autres artistes calent (aussi confortablement que possible) l’embouchure plutôt sur la lèvre supérieure (qui vibre alors moins) et se servent de la lèvre inférieure pour vibrer davantage, en l’enfonçant plus ou moins dans la cuvette. Ainsi, la pression (relative) de l’embouchure sur la lèvre supérieure peut varier autour de 60 %, l’autre lèvre complétant ce support.

 

[Remarque. S’il était légitime d’extrapoler les observations précédentes, on pourrait établir une relation « empirique » p entre le positionnement de l’embouchure {e % , (1 - e)%} en hauteur, la répartition {c % , (1 - c)%} de la compression des lèvres d’avant en arrière, voire aussi la répartition verticale {a % , (1 - a)%} de l’angle antérieur de l’embouchure vers le haut ou vers le bas par rapport à l’horizontale. Plus l’embouchure est portée haute, plus la compression se porterait sur la lèvre inférieure et plus l’angle antérieur serait déporté vers le bas ; il en irait en sens inverse si l’embouchure était portée basse ». D’où une relation de la forme e = p (c+ , a-). Tous ces positionnements ont pour objectif « ultime » l’obtention de la meilleure qualité de vibration du centre labial]

 

Il est généralement conseillé de ne pas modifier le positionnement adopté en cours de jeu (exécution), eg dans la même phrase, notamment pour jouer des traits rapides ou pour accéder rapidement aux registres grave ou aigu. En effet, les modifications de formes ou de positions ne tiennent généralement qu’à quelques fractions de mm. On peut généralement, outre la technique usuelle, « compenser » cette contrainte en levant ou baissant (très) légèrement la tête (donc l’OB) ou en envoyant l’air vers le haut ou vers le bas de l’embouchure (technique du pivot), ce qui contribue à mouvoir l’instrument de haut en bas (autre forme du tangage évoqué supra). Ainsi, on peut observer chez de nombreux artistes :

 

            (a) une baisse rapide du menton (donc aussi des lèvres et de la cuvette de l’embouchure) pour s’aider à jouer (rapidement) une note plus grave que les notes « entourantes », ce qui suppose un rapide relâchement de la lèvre inférieure (cf quatrième variation du « Carnaval de Venise » écrite par J.B. Arban) ;

 

            (b) corrélativement, une hausse rapide du menton pour jouer une note plus aigue que les notes immédiatement voisines, ce qui suppose une pénétration accentuée de la lèvre supérieure dans la cuvette.

 

Par contre, cette modification de position est possible (sans grand risque) entre deux « phrasés » séparés par une pause (silence, etc), parfois assez courte ; elle peut même être préférable si l’un des phrasés est grave et le suivant aigu (ou inversement) (récupération de la flexibilité labiale).

 

[Note. Le terme de « phrasé » peut posséder deux sens : (a) le sens de « phrase » ou « ligne » (mélodique), c’est-à-dire d’enchaînement de notes, donc de « doigtés », d’un point de vue technique ; (b) le sens d’interprétation, ou manière, d’exécuter une phrase musicale, du point de vue de la stylistique (cf l’« Art du phrasé » de J.B. Arban]

 

Enfin, le positionnement de l’embouchure n’est pas indépendant des modes d’ « attaque » des notes (émissions « à froid »), donc de la recherche du maximum de sûreté de l’attaque.


 

2.7.2. Positionnement de l’embouchure en largeur (cf schéma)

 

Il est recommandé de mettre l’embouchure au milieu des lèvres. Ceci est « naturel » en raison de la symétrie approximative des lèvres par rapport au plan sagittal (plan vertical antéro-postérieur).

 

Figure 19. Positionnement horizontal de l’embouchure et du grain

par rapport au centre des lèvres

 

Il arrive cependant que certains joueurs (eg Melissa Venema) placent leur instrument de façon plus ou moins latérale. Ceci peut résulter d’une conformation labiale, maxillaire ou dentaire « défectueuse », souvent provisoire (très jeunes personnes, appareils dentaires). Dans cette situation, le travail du masque devrait évoluer davantage avec l’âge, au fur et à mesure de la correction de cette conformation.

 

Dans le même ordre d’idées, un positionnement plus ou moins légèrement oblique (à droite ou à gauche) de l’instrument par rapport à l’horizontale (plan sagittal) peut permettre une amélioration des résultats en augmentant l’adéquation de la géométrie de la bouche (masque moyen) avec celle de l’embouchure (bord, cuvette). Cette recherche d’un positionnement optimal est orientée par la recherche de la meilleure qualité de la vibration produite : il est en général possible de trouver une position (inclinaison en largeur ou en hauteur) qui permette la meilleure vibration possible, même si cette dernière ne possède toujours pas une qualité excellente (le timbre alors produit par l’instrument n’est pas vraiment « plein »).

 

Figure 19 bis. Positionnement de l’embouchure en oblique

 

2.7.3. Positionnement de l’embouchure en profondeur

 

Il est important de « mettre en conformité » la « surface » de la bouche (masque interne et moyen) avec la « surface » de l’embouchure (bord et haut de cuvette), sans cependant que les lèvres ne touchent le fond de la cuvette (risque d’arrêt de la vibration).

 

Figure 20. Positionnement de l’embouchure en profondeur (relativement au masque)

 

Cet objectif doit être combiné avec deux autres, quelque peu contradictoires :

 

            (a) une pression minimale de l’embouchure sur cette partie du masque (masque moyen) ;

 

            (b) une absence de déperdition (fuites) d’air à l’extérieur (commissures du masque externe), c’est-à-dire une étanchéité correcte, ce qui permet de bien concentrer le flux d’air vers le grain de l’embouchure.

 

Le seul guide général est d’obtenir (1) la plus grande facilité dans l’émission du son et (2) un maximum de « confort » (donc une compression minimale) dans la relation (contact très ténu de quelques mm2) entre les lèvres et l’embouchure.

 

En définitive, l’embouchure doit être « posée » sur les lèvres en sorte que la « sensation » paraisse confortable. Ainsi, il peut arriver qu’une trompette soit « bien placée » (ou bien « embouchée »), en termes d’efficacité (émission la plus aisée possible, production sonore satisfaisante), alors même qu’elle se trouve en « oblique » (vers la droite ou vers la gauche) par rapport au plan sagittal. Expérimenter ...

 

2.8. L’émission du son

 

Autant que la gestion de l’air et l’activité de la langue, l’émission sonore, c’est-à-dire l’excitation de l’air dans le tuyau de l’instrument, représente une technique importante. On peut émettre plusieurs sortes de sons : soit sans embouchure (ie avec les seules lèvres), soit avec embouchure (et sans coulisse ou avec coulisses).

 

2.8.1. La vibration (« buzz » ou « buzzing » = bourdonnement)

 

Les lèvres constituent un muscle (complexe) qui a aussi l’aptitude de pouvoir vibrer (cf § 2.3.2.).

 

On peut produire une vibration (ou « buzz ») de plusieurs façons, en faisant vibrer l’air à 3 niveaux :

 

            (a) vibration « interne » ou « profonde » : obtenue en prononçant GRRR avec le fond de la gorge. Ce procédé produit une vibration amortie, puisqu’elle doit traverser toute la CB avant d’arriver jusqu’aux lèvres ;

 

            (b) vibration « moyenne » : obtenue en prononçant BRRR avec le milieu de la CB. Ce cas permet une vibration moins amortie ;

 

            (c) vibration « externe » : obtenue en prononçant PRRR au niveau externe des lèvres. C’est généralement ce 3ème type de vibration qui est pratiqué, car il fournit davantage d’impulsions aux lèvres (impact), donc davantage de puissance et de sûreté au son émis.

 

En effet, dans tous les cas, les lèvres doivent pouvoir vibrer avec le moins de contraintes possibles. Pour mettre en vibration des lèvres, on peut procéder graduellement, comme suit :

 

            (a) sans embouchure : rapprocher les lèvres supérieure et inférieure jusqu’à les mettre fermement en contact entre elles (compression verticale), puis souffler suffisamment pour expulser l’air qui est sous pression dans la bouche (cf § 2.3.2.1. et figure 06) : une vibration doit se produire. En compressant alors plus ou moins une lèvre contre l’autre, on peut faire varier la hauteur du son (eg jouer des thèmes musicaux : comptines, folk, etc) ;

 

            (b) avec l’embouchure « faiblement » tenue : on utilise le pouce et l’index de la main gauche (sans trop pousser la main vers les lèvres) pour favoriser une « poigne » légère. On procède ensuite comme en (a) en soufflant dans l’embouchure (seule) ;

 

            (c) avec l’instrument partiel : on insère l’embouchure dans le boisseau de la perce, et l’on fait varier la longueur de tuyau :

 

(1) la plus courte est obtenue par retrait de la coulisse d’accord, suivie d’une vibration dans l’embouchure et sa branche ;

 

(2) la plus longue résulte de l’abaissement du (seul) piston 3 après extraction de sa coulisse ;

 

(3) les longueurs intermédiaires s’obtiennent par abaissement du seul piston 2 et enlèvement de sa coulisse, ou encore par abaissement du seul piston 1 et enlèvement de sa coulisse ;

 

            (d) avec l’instrument complet : on procède comme en (c), les coulisses demeurant à leur place normale (ie enfoncées). On observe que la vibration change ici de nature et le résultat sonore et musical est radicalement modifié : aussi, cette action n’est-elle pas considérée comme du « buzz ». Cette phase permet d’obtenir la note fondamentale de l’instrument (quelle que soit sa tonalité : C, Bb, A, D ou Eb) et ses harmoniques : si la fondamentale (tonalité de l’instrument) est C, on obtient ainsi C, G, C+1 , E, G+1 , Bb+1 , C+2 , etc ; si la fondamentale (tonalité de l’instrument) est Bb, on obtient ainsi Bb1 , F2 , Bb+1 , D+2 , F+3 , Ab+2 , Bb+2 . Etc.

 

[Remarque : le principe de base de la trompette naturelle, dont la longueur est quasiment le double de celle des trompettes actuelles, est la possibilité d’exécuter des notes rapprochées entre elles quasiment comme une gamme (avec quelques lacunes cependant, lesquelles peuvent être corrigées à l’aide de « cors » de rechange). Pour ce faire, comme la tonalité de cet instrument est grave, on doit jouer dans son registre « aigu » pour obtenir les notes voulues à une hauteur moyenne. S’agissant de tuyaux sonores, ce même principe s’applique aux différentes variations de longueur indiquées ci-dessus pour la trompette moderne : depuis la seule embouchure jusqu’à l’instrument en entier. Mais il faudrait fournir de gros efforts pour obtenir ces quasi-gammes avec l’instrument incomplet : expérimenter avec l’embouchure seule ...]

 

Dans l’expérience (a) (buzz labial), les lèvres sont relativement compressées entre elles pour provoquer une vibration. Ceci n’est plus le cas dans l’expérience (d), dans laquelle l’ouverture labiale (OB) est plus importante.

 

Dans les expériences {(a),(b),(c),(d)} précédentes, où seule la longueur du tube change, la longueur utile du tube permet toujours, en principe, d’émettre une note fondamentale et ses harmoniques. Dans les situations (a) et (b), ces notes de base sont difficiles à obtenir (il faudrait pouvoir souffler pour jouer très aigu) : aussi n’obtient-on que des sons associés à ces (très) courtes longueurs (cf aussi infra, à l’autre extrémité de la tessiture, les « sons pédales »). Dans les trois situations (c), on obtient de plus en plus facilement les notes de base associées aux différentes longueurs, puisque ces dernières augmentent et que la hauteur de la tonalité baisse.

 

Pour produire une hauteur de note (fréquence) donnée, on observe que, en allongeant la « zone » située en aval des lèvres, depuis la plus courte (lèvres seule) jusqu’à la plus longue (lèvre + instrument complet), la « résistance » à vaincre est de moins en moins forte : elle est relativement élevée avec le seul OB, mais beaucoup plus faible avec tout l’instrument. D’où l’intérêt de pratiquer les diverses formes de vibration, car l’activité musculaire et morphologique du masque se renforce au fur et à mesure que le résonateur est plus court. L’ensemble constitué des lèvres seules, ou de l’embouchure seule, ou encore de l’instrument plus ou moins complet, constitue en effet un « obstacle » variable au passage de l’air (impédance acoustique).

 

[Note. En jouant avec une tompette usuelle, on a observé que les intervalles à vide, obtenus sans pistons, sont de plus en plus rapprochés au fur et à mesure que l’on monte dans le registre aigu. C’est aussi le cas pour un clairon. A partir de la note B3b, l’on peut quasiment monter une gamme entière jusqu’au bi-contre-Ut : mais il faut encore pouvoir y parvenir. La relativement « faible » longueur du tube rend difficile cet accès à l’hyper-aigü : 1,36 cm, y compris l’embouchure, pour une trompette en Bb]

 

[Note. C’est le constat précédent qui a conduit à concevoir la trompette naturelle afin de jouer de façon suffisamment commode. On a indiqué que cet instrument est deux fois plus long que la trompette standard, donc deux fois plus grave. Ses notes « aïgues » (registre élevé de l’instrument) sont pour la plupart, comme cette dernière, suffisamment proches entre elles (tons ou demi-tons) pour permettre d’exécuter, quasiment en entier, une gamme ordinaire (registre moyen ou aigu de la trompette standard), donc l’exécution de diverses partitions (notamment dans le style baroque). Des « trous » pratiqués dans le tube complètent cette structure : ils permettent l’exécution des quelques notes manquantes]

 

[Remarque. S’il était possible de remplacer l’embouchure d’une trompette ordinaire par un autre excitateur, tel qu’un biseau de flûte ou un bec à anche de roseau, on obtiendrait un instrument « mixte », combinant cet autre excitateur avec la forme géométrique de la trompette. On passerait notamment d’une structure à clefs ou trous vers une structure à pistons. Une difficulté consisterait cependant à corriger les différences de diamètre entre tubes concernés]

 

Dans les diverses situations décrites, il faut impulser (concentrer) un maximum d’air dans l’embouchure, sans fuite par les commissures et sans obturation de l’OB, afin de produire un son assuré (émission précise, à l’instant requis), centré (niveau juste) ou « plein » (mettant en valeur le timbre propre de l’instrument, sans déformation).

 

Figure 21. Production de la vibration à partir de l’orifice buccal (OB)

 

 

Selon la position retenue en hauteur, le flux d’air est envoyé dans la cuvette d’embouchure (1) soit vers le bas, (2) soit vers le centre (grain), (3) soit vers le haut. Ce point est important, car le choix retenu gouverne l’ensemble des « habitudes de jeu » : chercher ultérieurement à changer cette position, en vue d’un meilleur rendu, risque de demander un nouvel apprentissage.

 

On peut surveiller l’OB et les commissures à l’aide d’un miroir : ces zones doivent être fermes et compressées (observer les artistes pendant leur jeu).

 

Pour développer le muscle labial sans l’instrument, on peut s’entraîner à :

 

            (a) « enrouler » les lèvres (vers l’intérieur), de plus en plus vite, de plus en plus fortement ;

 

            (b) « dérouler » les lèvres (vers l’extérieur, en forme de baiser), de plus en plus vite, de plus en plus fortement ;

 

            (c) « pincer » les lèvres, plus ou moins fortement l’une contre l’autre (cf l’expression de « pince » du trompettiste).

 

Ces « échauffements » légers préparent aussi divers exercices de flexibilité.

 

[Remarque. Outre le développement musculaire nécessaire du masque, ce genre d’exercices, ainsi que d’autres indiqués dans cette méthode, sont librement réalisables dans l’espace et dans le temps : en effet, on peut les exécuter partout et à tout instant]

 

Lorsque se présente une impossibilité temporaire de jouer (un jour, voire davantage), on peut souvent observer que le retour vers l’instrument s’avère davantage performant. On a pu dire que « un jour sans jouer permet ensuite de se rendre compte soi-même d’un progrès ; deux jours sans jouer permettent ensuite aux autres de se rendre compte du progrès ; trois jours sans jouer permettent ensuite à tout le monde de se rendre compte de ce progrès ». Autrement dit, une relaxation assez « longue » du masque (délai de « récupération ») redonne à ce dernier sa mobilité et son efficacité. Cette faculté de récupération peut cependant varier selon les circonstances : durée de l’arrêt, intensité ou force du jeu, maltraitance des lèvres, forme physique, état de santé, âge, etc.

 

La production de vibrations (buzz) ne produit pas la sonorité normale de la trompette : ce n’est qu’un exercice destiné à faire vibrer les lèvres et à développer le masque interne. Celui-ci vise à contrôler et à amplifier les capacités vibratoires des lèvres, donc à former et à renforcer cette partie du masque, y compris musculairement. En outre, des vibrations de basses fréquences (exécutées en « flip - flop ») ont l’intérêt de relaxer les lèvres et de favoriser leur oxygénation, donc leur récupération (souplesse, capacités de contraction, etc).

 

Il est ainsi très utile de travailler la compression (verticale et horizontale) des commissures : en effet, une compression adéquate des commissures donne une bonne force au masque. Les coins de la bouche ainsi que l’OB doivent être « conscients ». En faisant varier la compression au niveau de l’OB, l’air peut passer avec une vitesse suffisante, ce qui empêche tout affaiblissement, ou même toute occlusion, de l’OB. Si l’OB se ferme, l’air ne peut passer, d’où un arrêt du son (erreur courante lors de l’exécution dans le haut du registre).

 

On recommande parfois d’exécuter un buzz labial (donc sans embouchure) pendant une durée quotidienne de quelques minutes. Cependant, il ne faut pas, non plus, attribuer à cette technique plus d’importance qu’elle ne mérite : on peut obtenir une sonorité très valable sans pratiquer aucunement ce genre d’exercices (c’était le cas avant les années 1950).

 

Un test très simple permet de vérifier la souplesse labiale et l’efficacité du maintien de la vibration. Il consiste à retirer brusquement l’embouchure en continuant de souffler / jouer : les lèvres continuent alors à vibrer pendant un instant. On peut aussi, après une période de relaxation suffisante, exécuter des intervalles harmoniques liés de plus en plus importants et de plus en plus rapidement (à pistons fixes) : si le résultat paraît satisfaisant, c’est que le maintien de la vibration est suffisant.

 

2.8.2. Les outils de l’émission sonore

 

L’exécution musicale normale (celle avec l’instrument complet) n’utilise pas le « buzz » : celui-ci produit, en effet, un son (timbre) peu agréable. Le jeu normal de la trompette implique un OB relativement ouvert, moins « fermé » que pour produire une vibration, la résistance étant alors plus importante. En effet :

 

            (a) une mise en vibration « libre » des lèvres (c’est-à-dire sans embouchure ni instrument complet) nécessite un « rapprochement » suffisant de celles-ci (OB très fermé) car l’air ambiant n’offre guère de résistance ;

 

            (b) une mise en vibration « contrainte » des lèvres (par l’embouchure ou par l’instrument complet) nécessite que le flux d’air intérieur « passe » davantage par l’OB, puisque l’air contenu dans l’embouchure ou dans l’instrument oppose davantage de résistance au flux.

 

Pour monter dans les registres (eg du médium vers l’aigu), on peut actionner 3 variables biologiques (on fait abstraction des paramètres physiques : caractéristiques de l’embouchure, impédance de l’instrument) :

 

            (a) le flux d’air en amont. La compression des muscles abdominaux et intercostaux détermine la pression, donc la vitesse, de l’air expulsé des poumons dans la CB, puis par l’OB. Ces variables sont les premières à intervenir dans la montée vers le registre haut : plus la compression interne est forte, plus l’aisance à monter le son est grande. Il ne faut donc pas hésiter à « souffler », donc à compresser la ceinture abdominale ;

 

            (b) la position de la langue dans la bouche. La courbure de la langue, ainsi que la forme et le volume palatal-lingual, interviennent pour aider à monter davantage dans la tessiture (§ 2.5.). Plus la langue monte et se rapproche du palais (diminution du volume de la CB), plus le flux d’air est tendu (à compression constante), du fait de l’étroitesse de ce passage, et plus la montée en tessiture est facilitée. L’abaissement de la pointe de la langue contre l’arrière des incisives inférieures (concavité accrue vers le bas) favorise cette montée. On doit, en même temps, ressentir un rétrécissement de la gorge ;

 

            (c) les variations (forme, dimensions et tension) de l’OB complètent la panoplie des outils facilitant la montée dans le registre : l’ouverture de la bouche doit ainsi être réduite pour favorise un jeu dans les aigus ;

 

(d) enfin, on a déjà indiqué que l’orientation vers le haut (ou vers le bas) du flux d’air dans l’embouchure (par rapport à son grain), rend encore plus aisée cette manoeuvre (cf §§ 2.7.1 et 2.8.1.). En effet, à compression abdominale donnée (donc à pression donnée de la colonne d’air interne comprise entre les poumons et la CB), le rétrécissement du flux augmente, la pression de l’air situé entre l’OB et le grain.

 

Ces 4 variables physiologiques doivent être mises en oeuvre de façon bien contrôlée. Cette prise de conscience des mécanismes relatifs aux muscles du visage, ainsi que la vigilance qui doit l’accompagner, sont à maintenir en permanence, pendant les échauffements ou l’entraînement (exercices, études), aussi bien que pendant une performance musicale.

 

Si l’on note F la hauteur (fréquence) du son, P la pression interne de l’air dans les poumons (résultant des tensions musculaires de l’abdomen A et des inter-costaux C), G l’ouverture de la gorge - pharynx, H la hauteur moyenne sous palais de la langue et O l’OB (eg sa « surface » fictive), on peut spécifier un modèle simplifié des aspects physiologiques de la production du son en hauteur selon :

 

F = f (P+ , G+ , H+ , O-),

 

où le signe + indique qu’une variation positive d’une variable de droite X entraîne une variation positive de F (dérivée positive), et le signe − qu’une variation positive de X entraîne une variation négative de F (dérivée négative), compte tenu de l’équation P = p (A+ , C+), qui s’interprète de façon analogue (la pression « interne » dépend de la contraction des muscles, ceteris paribus).

 

Les fonctions f et p dépendent de l’instrumentiste, et caractérisent son « équation personnelle » : capacités à compresser les poumons, à ouvrir la glotte, à activer la hauteur de la langue, à fermer l’OB, etc. Elles reflètent donc son degré d’entraînement, voire de talent.

 

On peut écrire des équations de mêmes types :

 

I = i (P+ , G+ , H+ , O-),           et         P = p (A+ , C+)

 

pour définir un modèle des aspects physiologiques de la production du son en intensité (ou force) : la fréquence F est alors remplacée par l’intensité I, aussi appelée volume sonore, ou dynamique sonore.

 

Cet aspect acoustique possède des équivalents musicaux : symboles p ,.., ppp, f ,..., fff, crescendo, decrescendo, etc.

 

Enfin, les compressions (verticale et latérale) des commissures conditionnent de l’efficacité du masque (externe). La pression exercée par le bras gauche, l’instrument et l’embouchure sur la zone relativement petite située sur les lèvres et autour d’elles, incite à développer méthodiquement ces zones et les muscles correspondants : ceci afin de pouvoir supporter des situations d’entraînement ou d’exécution nécessitant une exposition prolongée à de telles difficultés.

 

Sauf dans le cas de la respiration circulaire (cf § 3.2.5. ci-après), il n’est pas recommandé de gonfler les joues pendant le jeu (cf cependant Dizzy Gillespie) : ce « défaut » contribue à déformer le masque de façon inhabituelle et implique un « relâchement » de certains muscles du masque externe, ce qui tend (ceteris paribus) à écarter les commissures entre elles, d’où des risques de fuite d’air et un moindre contrôle de sa pression, donc de l’émission sonore.

 

2.8.3. Exercices labiaux

 

Pour faire travailler les lèvres, on peut pratiquer (n’importe où et à tout moment) des exercices très simples (échauffement) :

 

            (a) maintien d’un crayon. Tenir celui-ci dans l’OB (comme une flûte à bec) avec seulement les lèvres, puis le compresser avec les lèvres (compression verticale) en sorte qu’il soit en position horizontale ; enfin mouvoir les lèvres en sorte que l’extrémité antérieure du crayon monte et descende. On peut, si besoin, remplacer progressivement le crayon par un objet plus allongé ou plus lourd ;

 

            (b) pincement-contraction. Pincer les lèvres l’une contre l’autre (l’inférieure monte, la supérieure descend) : cet appui réciproque (compression verticale de la lèvre supérieure vers le bas, et de la lèvre inférieure vers le haut) produit une occlusion de l’OB. Puis contracter les commissures l’une de l’autre : rapprochement horizontal de la commissure droite vers la gauche, et de la commissure gauche vers la droite. Répéter plusieurs fois cet exercice et en accélérer le tempo ;

 

            (c) contraction-pincement. Procéder de façon inverse à la précédente : contraction des commissures (rapprochement entre elles, comme pour embrasser), puis pincement des lèvres. Répéter plusieurs fois cet exercice et en accélérer le tempo ;

 

            (d) enroulement- déroulement (cf § 2.3.2. supra).

 

En général, la forme de la bouche obtenue in fine avec les exercices (b) et (c) sera différente : la première conduit plutôt à un résultat avec une bouche « fine », le second avec une bouche plus « épaisse ».

 

2.9. Synthèse : la formation du son

 

2.9.1. L’air inspiré résulte d’une action du diaphragme (déplacement vers le bas) : le contrôle de la respiration implique le choix de la manière et du moment de la respiration. Le son produit par la trompette provient ensuite d’un déplacement de l’air, inspiré préalablement, vers l’extérieur du corps.

 

L’inspiration s’effectue en faisant passer l’air par les commissures des lèvres : le masque externe fonctionne donc à ces moments-là (écartement des commissures), mais il doit se remettre dans sa position antérieure dès le début de l’expiration. En principe, il faut veiller à ne pas déplacer l’embouchure par rapport aux masques moyen et interne (cf cependant infra).

 

Souvent, en pratique, l’inspiration s’effectue entre deux « phrasés ». Elle peut devoir être très rapide : selon le tempo, le moment où elle s’effectue, le besoin de reconstituer le stock d’air, etc. Dans certains cas, il est possible de respirer assez souvent (parties avec pauses ou silences fréquents, traits d’orchestre courts) : il n’est alors pas nécessaire d’absorber beaucoup d’air, ce qui permet une compression plus forte ou mieux contrôlée. Dans d’autres cas, le phrasé étant assez long, il faut absorber davantage d’air sans étirer la cage thoracique ni l’abdomen excessivement.

 

2.9.2. L’air expiré se déplace selon un cheminement que l’on peut décomposer en quatre étapes. Chacune d’elles est liée à une zone particulière (3 zones anatomiques et 1 zone physique) :

 

            (a) la zone du tronc, qui contient (1) les poumons et (2) les muscles abdominaux et intercostaux. Ces muscles permettent de comprimer les poumons et de contrôler la pression (donc la vitesse d’émission) de l’air jusqu’à la bouche ;

 

            (b) la zone buccale (CB), qui contient (1) le volume d’air intérieur à la bouche (entre la langue et le palais) et (2) la langue ;

 

            (c) la frontière bio-physique, qui comporte (1) la dentition et (2) les lèvres (dont l’OB). Cette zone est essentielle à la production du son : en effet, c’est la vibration de l’air au niveau des lèvres et de l’OB (masque intérieur) qui est à l’origine du son (excitateur) ;

 

            (d) la zone extérieure au corps, c’est-à-dire l’instrument lui-même (le maintien du corps et la tenue de la trompette n’interviennent que pour favoriser l’émission du son). Cette zone (qui est une portion de colonne d’air) est double :

 

(1) air situé dans la cuvette de l’embouchure (entre l’OB et le grain) : en passant par le réceptacle constitué par l’embouchure (bord, cuvette, grain et queue), l’air peut être plus ou moins compressé, surtout avant le grain. Le contrôle de la pression interne à cette zone est crucial ;

 

(2) air situé après le grain et la queue de l’embouchure (donc dans l’instrument proprement dit) : le son produit au niveau de l’OB va être amplifié et orienté dans le corps de la trompette, qui joue donc simplement un rôle de tuyau sonore (résonateur).

 

Le schéma important suivant se limite aux 3 zones anatomiques {(a),(b),(c)} précédentes. On y distingue la structure (organes) et le fonctionnement (intéractions) des éléments précédents. On précise aussi :

 

            (a) l’origine de l’énergie musculaire qui actionne l’air à différents stades ;

 

            (b) la direction du flux d’air (inhalation, exhalation, déformation) ;

 

            (c) les modifications qui en résultent (compression et impulsion, modulation, vibration).

 

Figure 22. Schéma synthétique de l’ « usine à sons »

 

L’analyse précédente aboutit à l’étude du fonctionnement et de l’évolution du système considéré. En effet, les éléments de cette analyse fonctionnent dans des contextes variés : échauffement, routines, exercices, études, exécution d’oeuvres.


 

֍

֍        ֍

 

Chapître 3. La respiration : un préalable fondamental

 

S’agissant d’un instrument à vent, l’air constitue l’élément fondamental pour son fonctionnement. Lors de l’expiration forcée exigée par l’émission d’air, les muscles abdominaux et les muscles intercostaux se contractent plus ou moins brusquement, et plus ou moins rapidement (bien distinguer ces deux notions) : par ces actions, il est possible de contrôler la quantité d’air émise, c’est-à-dire sa vitesse (au sens de volume / unité de temps, cm3 . s-1) et sa pression (force / volume, Hp . cm-3). Ce contrôle est très important : de lui dépend le contrôle des notes (attaques, hauteurs, vélocité).

 

3.1. Respiration et pré-échauffement

 

Cette phase de préparation vise à atteindre :

 

            (a) le contrôle physique des niveaux d’inspiration et d’expiration qui seront nécessaire à l’exécution ;

 

            (b) le maintien de la fonction homéostatique d’ensemble (corps et instrument), ie de la capacité pour le système, constitué de l’artiste et de son instrument, à conserver son équilibre de fonctionnement malgré l’existence de contraintes extérieures (contenu de la partition à exécuter, voisinages de toutes sortes) ;

 

            (c) une certaine harmonie entre le flux d’air à fournir et les activités (physiologique et psychologique) associées à l’instrumentation.

 

Le but du pré-échauffement est de travailler sur le flux d’air avant de travailler avec l’instrument lui-même. Il doit précéder immédiatement l’échauffement. En cas de décalage important entre échauffement et pratique ou exécution, il vaut mieux recommencer les exercices « apport d’air + concentration », même de façon légère ou succincte.

 

D’un point de vue psychologique, ces exercices de respiration préparatoires ont aussi l’avantage de générer une sensation de calme et de favoriser la concentration. Ceci place l’instrumentiste dans un état d’esprit propice au travail (entrainement ou exécution). Il faut seulement éviter l’anoxie générale, qui peut parfois entraîner des sensations d’endormissement ou de vertige.

 

3.2. Exercices de respiration

 

Ces exercices précèdent normalement un échauffement (pratique du buzz ou premiers contacts périodiques avec l’instrument). On peut imaginer divers types d’exercices selon la convenance de chacun. La plupart doivent contribuer à entraîner des muscles utiles : (1)  diaphragmatique pour l’inspiration, (2) intercostaux et abdominaux pour l’expiration.

 

Ils peuvent être réalisés en suivant les rythmes d’une exécution musicale (ie ceux d’une partition). Par commodité, on appellera « battement », ou « durée », une unité de temps donnée, de l’ordre de la seconde (cette durée peut varier ad libitum).

 

Ce type d’exercices est analogue à celui pratiqué par des choristes ou par d’autres instrumentistes à vent (cuivres, bois). Il est important de garder le pharynx ouvert.

 

On se limite, dans l’exemple ci-dessous, à une partition en 4 temps (4/4 ou C). Les durées, fréquences, etc, peuvent aussi être modulées à volonté.

 

3.2.1. Concentration et mise en condition (détente) : battements lents (eg 2 s)

 

            (a) inspiration durant 4 battements, puis expiration pendant 4 battements (à répéter) ;

 

            (b) inspiration durant 4 battements, puis expiration pendant 8 battements (à répéter) ;

 

            (c) inspiration durant 8 battements, puis expiration pendant 4 battements (à répéter).

 

3.2.2. Contrôle de la capacité respiratoire : optimisation des mouvements, battements plus rapides (eg 1 s)

 

            (a) inspiration pendant 4 battements, retenue d’air pendant 4 battements, puis expiration pendant 4 battements (à répéter) ;

 

            (b) inspiration pendant 4 battements, retenue d’air pendant 4 battements, puis expiration pendant 8 battements (à répéter) ;

 

            (c) inspiration pendant 4 battements, retenue d’air pendant 8 battements, puis expiration pendant 8 battements (à répéter) ;

 

            (d) inspiration pendant 8 battements, retenue d’air pendant 8 battements, puis expiration pendant 8 battements (à répéter).

 

3.2.3. Contrôle des flux et de la sérénité

 

            (a) inspiration pendant 4 battements, puis expiration pendant 8 battements (à répéter) ;

 

            (b) inspiration pendant 2 battements, puis expiration pendant 8 battements (à répéter) ;

 

            (c) inspiration pendant 1 battement, puis expiration pendant 8 battements (à répéter).

 

Reprendre {(a),(b),(c)} avec une expiration durant 16 battements (à répéter).

 

D’autres rythmes sont possibles : 3 temps, 5 temps, 7 temps, etc. Le fait de prendre ici ces rythmes en considération permet aussi de se familiariser davantage avec eux (les 5/4 et 7/4 sont des rythmes « insolites »).

 

3.2.4. Gestion de la respiration pendant l’exécution

 

Lorsque l’instrument est utilisé, la respiration, aussi bien que le doigté, ne doivent pas gêner le bon déroulement de l’exécution : absence d’hésitation, de souffle court, etc. Dans ces deux cas, il peut être utile de définir des « repères » sur la partition (lorsque ceux-ci ne sont pas indiqués, ou que la partie à jouer n’est pas connue par coeur) : ces repères indiquent l’instant où l’on doit reprendre son souffle.

 

On peut, de la même manière, annoter les instants où l’on doit :

 

(a) utiliser un doigté donné ;

 

(b) allonger certaines coulisses ;

 

(c) développer un certain mode d’expression supplétif (ie non indiqué dans la partie), etc. Certaines annotations se relient directement au style et aux phrasés de l’oeuvre, donc aussi à la respiration.

 

On a indiqué qu’un « instant de respiration » est généralement indiqué à l’aide d’un symbole dédié : il s’agit généralement d’une virgule située au-dessus de la portée (virgule de respiration), à l’endroit où l’on peut, ou doit, reprendre son souffle. Parfois, le symbole est en forme de lamba majuscule (L) (ou de V majuscule inversé).

 

En l’absence d’indications, on peut procéder comme suit (et en annoter la partition) :

 

            (a) lorsque la partie à jouer comporte des silences (pauses, demi-pauses, soupirs, etc), il suffit de « caler » son jeu (donc l’inhalation) sur ces temps de « repos ». La quantité d’air inspirée dépend de la durée du repos ainsi que de la longueur du phrasé qui suit (anticipation) ;

 

            (b) lorsque la partie à jouer est plus « dense » (eg croches ou doubles croches sur un tempo de noire q à 120), il n’existe que trois possibilités :

 

(1) ou bien, grâce aux exercices précédents, on peut « tenir la distance » : ceci dépend de la longueur du passage à exécuter (un joueur un peu entraîné doit pouvoir tenir pendant 15 à 30 s sans avoir à reprendre sa respiration) ;

 

(2) ou bien, on peut essayer de « raccourcir » légèrement (ie de façon la moins perceptible possible) les notes situées juste avant le temps fort (ou semi-fort) d’une mesure et d’inspirer rapidement pendant ce raccourci. Ainsi, en 4/4 ou C, le premier temps est fort (on raccourcit la note qui précède), le troisième est semi-fort (on raccourcit la 2ème note) : en effet, les deuxième et quatrième temps sont faibles et peuvent être très légèrement raccourcis pour reprendre de l’air ;

 

(3) de la même façon, on peut aussi mettre à profit l’existence d’éventuels symboles de type crescendo (inspiration « avant ») ou decrescendo (inspiration « après »), ou encore pizzicato ou marcato (inspiration « entre », si le tempo le permet), pour agir de même.

 

Dans d’autres situations, beaucoup plus « exigeantes », il est possible d’apprendre à respirer de façon circulaire (cf § 3.2.5. ci-après).

 

S’agissant d’un instrument à vent, dont la production sonore est liée à l’air et à la respiration, les compositeurs tiennent souvent compte de cette contrainte biologique : le genre ou le style même de leurs compositions se marient alors avec la « respiration humaine » par le moyen de phrasés adaptés. Les oeuvres pour virtuoses tendent, au contraire, à s’éloigner de cette même contrainte : phrases longues, ou encore phrases courtes mais « consommant » beaucoup d’énergie (vitesse, grands intervalles).

 

3.2.5. La respiration « circulaire »

 

La façon de respirer « standard » précédente ne permet pas de jouer sans interruption. C’est cependant celle qui conduit aux meilleurs résultats en termes d’assurance de jeu (risques) et de production sonore (qualité, ou « musi-qualité »).

 

Il existe cependant une autre façon de « respirer », appelée respiration circulaire (cf annexe 06) : le but de cette « technique étendue » est de ne pas avoir à reprendre son souffle par les commissures (l’inhalation s’effectuant par le nez), tout en assurant une exhalation de l’air par l’OB (grâce à un stockage de cet air dans la CB). Elle exige beaucoup de concentration et s’avère difficile, même pour des instrumentistes avancés.

 


 

֍

֍        ֍

 

Chapître 4. L’échauffement

 

Comme en matière de sport, l’échauffement consiste à faire travailler divers muscles dédiés au jeu spécifique des instruments à embouchure : muscle diaphragmatique, muscles abdominaux, muscles inter-costaux, pharynx, langue et masque (notamment, les lèvres).

 

L’importance d’un échauffement régulier doit être soulignée. Cet échauffement précède un entrainement quotidien aussi bien qu’une interprétation en grandeur réelle. Il vise à conduire l’exécutant vers un niveau de réalisation satisfaisant (ie sans défauts décelables) et à atteindre une plénitude de jeu (« standard » d’exécution souhaitable). Il doit être adapté à chaque instrumentiste (âge, expérience, « forme » ou état de santé).

 

4.1. Les objectifs

 

L’« échauffement » comporte d’abord un travail physiologique des divers muscles du masque.

 

De façon moins apparente, il a aussi pour effet d’adapter les lèvres (masques interne et médian) à l’embouchure (formation du « bec » du trompettiste) : ce sont les lèvres qui vont vers l’embouchure, et non le contraire. On a indiqué que ce contact (ou « coussin ») entre lèvres et embouchure est fondamental : d’une part, il correspond à une partie « molle » située entre les dents et l’embouchures (qui sont des parties dures) ; d’autre part, sa surface est très petite et son contenu (peau, nerfs, muscles, vaisseaux capillaires) fragile.

 

En conséquence, il ne faut jamais écraser l’embouchure sur les lèvres. On a indiqué que cette erreur empêche l’oxygénation des muscles labiaux et des nerfs correspondants, donc altèrent rapidement les performances : perte de flexibilité, perte d’endurance. Elle risque même de conduire à des lésions biologiques sérieuses au niveau des lèvres (déchirure, éclatement) et à une perte de tout ou partie de leurs fonctions physiologiques.

 

On peut observer, par l’expérience, qu’il est possible d’exécuter des notes aigües (eg au-dessus de G3) sans pression sur les lèvres (méthode sans pression, cf supra), par simple application de l’embouchure sur un coussin bien adapté et bien positionné par rapport à elle. Cette application peut devenir une pression (en tout état de cause limitée) seulement si celà permet d’éviter des déperditions d’air entre le masque médian et les commissures : cette nécessité doit disparaître au fur et à mesure de l’entraînement et de la musculation du masque (notamment celle des muscles péri-labiaux proches des commissures).

 

Ce que l’on appelle couramment la « courbature » des lèvres du trompettiste consiste soit en un syndrome de courbature courant (accumulation d’acide lactique dans le muscle), soit en une lésion dont la conséquence est de déformer les lèvres de cette manière. Par suite, les pertes de flux d’air (donc de puissance et de concentration dans la cuvette) conduisent à limiter drastiquement le jeu (fuites d’air, souplesse). Elle est parfois irréversible, selon la gravité des lésions subies.

 

En effet, on peut rappeler les quelques outils qui permettent de monter en tessiture :

 

            (a) le débit d’air, ou flux d’air (origine : poumons, muscles intercostaux et abdominaux), qui doit créer une compression interne nécessaire et suffisante ;

 

            (b) la CB (pharynx plus ou moins ouvert, langue plus ou moins voisine du palais), dont la forme élargie ou rétrécie favorise ou restreint le passage de l’air. En notant D le débit (volume d’air déplacé par unité de temps) (exprimé en cm3 / s) et S la surface de passage (exprimée en cm2), la pression s’écrit simplement P = D / S. A débit D donné, plus le passage S est étroit et plus le flux d’air est tendu, soit P. De même, à pression P donnée, plus le passage S est étroit et plus la vitesse D est élevée ;

 

            (c) l’OB (intérieur du coussin formé par les lèvres derrière l’embouchure) : c’est la partie vibratoire du muscle labial

 

            (d) l’orientation du flux dans la cuvette de l’embouchure.

 

Au vu de ces outils, on peut en conclure qu’il est inutile (et préjudiciable) de martyriser les lèvres par une pression excessive de l’embouchure pour tenter de monter dans le registre aigü. Il existe justement (et heureusement) un « contrepoids » important limitant ce risque : c’est la fortification du masque extérieur, c’est-à-dire le renforcement de la puissance de ses muscles sous-jacents. Par suite, la partie centrale des lèvres (masque moyen) remplit principalement un rôle vibratoire (et peu musculaire). Les muscles du masque externe (ou même ceux du masque médian) permettent alors de mieux résister à toute accentuation éventuelle de la pression sur le masque moyen. A l’inverse de l’OB, les commissures jouent principalement un rôle musculaire.

 

Cependant, en atténuation des remarques qui précèdent, il est possible, dans certains cas (si celà est vraiment nécessaire à une exécution), d’exercer une pression assez forte si, et seulement si, cette pression :

 

            (a) n’est pas excessive ;

 

            (b) n’est pas prolongée, et si elle est immédiatement suivie d’une dépression (par exemple, arrêt du phrasé - pause, silence, etc -, ou encore passage suivi d’un passage pp ou ppp), ce qui autorise une récupération nerveuse et musculaire.

 

Ce conseil est parfois donné par certains enseignants.

 

Comme déjà indiqué, il faut saisir toutes les opportunités pour relâcher, voire annuler, la pression de l’embouchure sur les lèvres, de façon à leur permettre une récupération la plus rapide possible.

 

4.2. L’échauffement : ses raisons et ses effets

 

Le premier but de l’échauffement est de préparer les muscles utilisés pendant l’exécution afin d’atteindre un maximum de contrôle. De même qu’un sportif teste sa respiration et fait fonctionner ses muscles avant un entraînement ou une compétition, de même un instrumentiste doit faire fonctionner les muscles de l’abdomen, de la gorge, de la langue et du masque. Ces muscles montent alors en température et peuvent accéder à un niveau de fonctionnement adéquat, ie permettre un niveau d’exécution convenable.

 

[Note. Dans le même ordre d’idées, il apparaît utile de réchauffer l’embouchure avant son utilisation, afin d’éviter de plaquer sur des lèvres chaudes un bord froid, ce qui est désagréable ou même paralysant. On peut la passer sous de l’eau tiède, ou encore envelopper la cuvette dans la paume d’une main pendant quelques instants préalables]

 

A l’inverse, le rendement général (notamment « mécanique ») des organes permettant un jeu satisfaisant sera faible, et même diminuera, si l’on tente d’esquiver cette phase d’échauffement : il suffit d’essayer de jouer une pièce un peu soutenue, d’emblée et sans échauffement, pour observer que l’on ne tient guère la distance (en sens contraire, cf David Guerrier).

 

Il est, de plus, utile de commencer un échauffement (aussi bien qu’un entraînement) avec un état d’esprit adéquat : la détente favorise la concentration et, inversement, la concentration conduit à se détendre (notamment au plan émotionnel). D’où l’importance (indiquée au début) des lieu et temps de disponibilité. Les exercices de contrôle respiratoire sont donc des préalables très appropriés (cf §§ 3.1. et 3.2.).

 

4.2.1. Dès le début, il faut bien assimiler les techniques et la physiologie liées à un échauffement. Les raisons et les techniques d’un échauffement concernent donc les muscles à actionner et les modes d’exécution des exercices.

 

L’échauffement a aussi pour objectif d’aider l’exécutant. Ainsi, s’agissant d’une préparation, la confiance en soi peut résulter :

 

            (a) en partie, de la prise de conscience de l’intérêt d’un échauffement : atteindre un niveau valable (standard de jeu) ;

 

            (b) en partie, de la prise de conscience que l’échauffement réalisé a été méthodique et permettra un jeu efficace, ce qui est rassurant.

 

4.2.2. Dans toutes les situations (échauffements, mais aussi exercices ou exécution en grandeur réelle), la musicalité doit être recherchée.

 

Ainsi, tout exercice, même élémentaire, doit être exécuté avec un maximum de sens musical complet : énergie (volume sonore), vitesse, rythme, expression (sensibilité, poésie ou, au contraire, caractère martial, animé, etc).

 

Des indications de nuances sont souvent mentionnées sur la partition par le compositeur, et doivent donc être suivies :

 

            (a) tempo initial ou en cours de partie (métronome) : veiller à la régularité, sauf lorsqu’un accelerando ou rallentendo est mentionné ;

 

            (b) volume ou dynamique (souffle) : respecter l’intensité indiquée (entre ppp et fff), sauf en cas de decrescendo ou de crescendo ;

 

            (c) attaque des notes (langue) : plus ou moins « incisive », depuis la forme liée (forme la plus douce) ou la forme tenue (note jouée pour toute sa durée), puis la forme lourée (notes tenues ou piquées et liées) jusqu’aux formes piquées (pizzicato) ou marquées (staccato ou marcato) (formes les plus percutantes). Le choix des syllabes à utiliser intervient à ce niveau (cf § 2.5.3.) ;

 

            (d) retenues : points d’orgue, silences, respiration ;

 

            (e) exécution de « phrasés » : veiller au « rendu » d’une mélodie (mise en valeur de la phrase et de l’instrument), etc.

 

4.2.3. Fréquence des échauffements. Le fait de jouer plusieurs fois par jour implique, a priori, d’effectuer, à chaque fois, des exercices de respiration préalables à ces échauffements. Cependant, si les intervalles séparant ces exécutions sont suffisamment courts, il est possible de simplifier ce protocole.

 

On peut ainsi pratiquer un échauffement normal avant un premier travail quotidien (exercice ou oeuvre), puis des échauffements plus légers avant chacune des autres reprises d’activité. Cette possibilité dépend de linstrumentiste (aguerrissement), du nombre de reprises, de la durée des temps de repos, de la durée ou difficulté des échauffements. Il importe que l’exécution qui suit chaque échauffement (exercice ou oeuvre) possède une qualité technique et un rendu musical suffisants (faire appel à un avis extérieur : professeur, musicien, ami).

 

La pratique des exercices d’échauffement implique le respect des contraintes suivantes :

 

            (a) éviter le surmenage des muscles pendant l’échauffement : il faut commencer très doucement. Il ne faut pas tendre ou faire travailler les muscles (y compris la langue) de façon excessive, en termes de tessiture, de durée ou de  force : la fatigue sera au rendez-vous. Une tension excessive des muscles faciaux tend à entraver toute exécution musicale consécutive à un échauffement. A l’inverse, des temps de relaxation suffisants restituent largement (voire augmentent) des capacités amoindries pendant l’effort ;

 

            (b) prendre conscience des aspects physiologiques pendant l’exécution : dynamiques (fonctionnement des poumons, de la langue, du masque - sans « crispation » faciale - des doigts) mais aussi statiques (posture, position des mains ou des bras, etc) ;

 

            (c) bien utiliser les muscles, et les utiliser régulièrement : ceci conduit, en principe, à des résultats positifs. Inversement, toute maltraitance est néfaste et ralentit, ou compromet même, le progrès.

 

[Remarque. Un échauffement trop important, trop soutenu ou trop long peut tendre à limiter la performance lors de l’exécution d’une oeuvre ...]

 


 

֍

֍        ֍

 

Chapître 5. L’« entraînement » et le perfectionnement technique

 

Le pré-échauffement (respiration) (§ 3.) et l’échauffement (activité musculaire) (§ 4.) sont ordinairement suivis par l’entraînement proprement dit. Celui-ci requiert beaucoup de patience et ne sera utile que s’il est régulier, méthodique et rigoureux.

 

Cette étape de préparation joue aussi un rôle primordial : la négliger risque de conduire à une situation d’échec. Bien jouer de la trompette implique, non seulement de développer des connaissances techniques, mais aussi de s’entraîner assidument : travail des muscles et du vibreur (anche lippale), résolution des difficultés spécifiques (gestion de l’air, musculation des masques, travail du doigté, travail des coups de langue, coordination d’ensemble).

 

5.0. Deux aspects méthodologiques importants

 

5.0.1. Une première attitude efficace consiste, de façon générale, à pratiquer des actions « extrêmes », encadrant des situations « courantes » (cf « qui peut le plus peut le moins »). Ainsi, la situation peut concerner :

 

            (a) la force de l’attaque linguale (cf infra) : depuis une attaque « très douce » jusqu’à une attaque « très sèche ». Ceci doit d’ailleurs être distingué de la dynamique (ou volume) sonore : on peut attaquer de façon « douce » une note fff (par exemple, avec la syllabe GUE au lieu de la syllabe TE), de même que l’on peut attaquer de façon sèche une note ppp ;

 

            (b) la pratique des notes pédales, couplée avec celle des notes suraigues (au-delà de C3), tend à permettre de mieux contrôler les 3 registres intermédiaires usuels. Comme pour le « buzz », il ne faut pas surestimer l’importance de cette pratique ;

 

            (c) l’exécution hyper-véloce des phrases musicales qui doivent normalement s’exécuter moins rapidement contribue à un meilleur contrôle du travail des doigts (articulations digitales) et de leur coordination avec les coups de langue (articulations ou « attaques » linguales) ;

 

            (d) la réalisation d’un jeu régulier (tempo, intensité, etc) tend à rendre plus facile la réalisation d’un rallentendo ou d’un accelerando, d’un crescendo ou d’un decrescendo, etc.

 

5.0.2. Une autre approche efficace consiste, de façon générale, à expérimenter diverses actions ou options possibles avec l’instrument.

 

Ceci permet à l’exécutant de se « situer plus intimement » par rapport à son outils : modes de respiration, coups de langue, doigtés, etc. Un exemple concerne la façon d’approcher l’ « embouchage » de l’instrument (adéquation biologique) :

 

            (a) certains professeurs / artistes proposent de faire glisser l’embouchure de haut en bas sur les lèvres, jusqu’à trouver une position optimale ;

 

            (b) d’autres préfèrent poser légèrement l’embouchure directement sur les lèvres et chercher (ou retrouver), par tâtonnement, cette position optimale.

 

L’optimalité dont il s’agit combine plusieurs objectifs (sensations) à la fois : positionnement « confortable », absence de gêne ou de douleurs, bon calage de la cuvette par rapport au bec, absence de déperditions latérale en soufflant dans la cuvette, facilité à mouvoir les lèvres, etc.

 

5.1. Pratique de l’entraînement

 

Après la phase d’échauffement, un artiste aborde généralement les questions suivantes :

 

            (a) exercices techniques : il est recommandé de traiter d’abord une difficulté à la fois (gammes, arpèges, doigtés délicats, types d’attaques sonores, flexibilité des lèvres, etc), puis combiner deux difficultés (flexibilité + grands écarts, vélocité + arpèges) et ensuite davantage (coordination souffle + CB + tessiture, coordination souffle + langue + doigté, etc) ;

 

            (b) interprétation d’oeuvres : soit seul (solos « a capella »), soit avec des outils d’accompagnement (outils numériques, « play alongs » disponibles sur internet), soit au sein d’une formation (orchestre classique ou de variétés, jazz band, fanfare). L’exécution de duos (soit deux trompettes, soit une trompette et un autre instrument) est aussi très formateur et motivant (agrément du « partage », complicité) ;

 

            (c) auto-critique : il faut parvenir à devenir son propre critique, et aussi son meilleur critique. Le fait d’enregistrer diverses séquences de son propre jeu, puis de les écouter avec un minimum de recul (le jour même ... ou plus tard), permet d’identifier et de qualifier (sans complaisance) les points qui posent des problèmes individuels délicats. Il faut ensuite corriger ces problèmes, et faire porter l’effort d’amélioration sur les difficultés les plus grandes (telles qu’appréciées d’un point de vue personnel). Ne pas hésiter à revenir sur des choses déjà (à tort) supposées acquises, ce qui suppose une prise de conscience aigüe ou un avis extérieur. Il est beaucoup plus efficace d’affronter les difficultés, au lieu de se complaire dans ce que l’on sait (ou croit savoir) faire ;

 

            (d) créativité : réalisation de phrases selon l’inspiration du moment, ou encore interprétation de compositions personnelles ;

 

            (e) improvisation : si les cadences « libres » du classique sont souvent pré-écrites par le compositeur ou par l’exécutant (absence d’anticipation autre que « technique »), les variations autour d’un thème sont souvent « inventées » en jazz (anticipations à la fois musicales et techniques).

 

Comme pour les autres phases de la formation d’instrumentiste, un entraînement comporte :

 

            (a) des objectifs précis : les objectifs élémentaires (eg jeu de langue, doigté, vélocité, flexibilité et grands intervalles) doivent ensuite se combiner pour former des objectifs plus élaborés (eg coordination du coup de langue et du doigté, ou encore vélocité, avec enchaînements rapides de doigtés, etc) ;

 

            (b) de la méthode et de la rigueur. Ceci implique notamment un ordonnancement des « tâches » (cf § 0.3) : ainsi, on ne travaille pas la vélocité avant d’avoir un coup de langue correct, un doigté précis et une bonne coordination entre eux. Le développement d’un « jeu horloger » (régularité et égalité des notes) est formateur en termes de discipline et de rigueur, donc en termes de technique « pure » ; l’exécution de mouvements ad libitum (rubato, etc) a certes son intérêt, mais elle est aussi formatrice en termes de musicalité et de stylistique, ce qui ajoute du charme à l’instrument. De plus, comme déjà mentionné, passer d’une exécution stricte à une exécution relâchée est davantage aisé que le contraire. Enfin, le développement d’une auto-critique sans complaisance aide à corriger divers défauts ;

 

            (c) une motivation suffisante : ainsi, l’entraînement devrait être agrémenté de morceaux plaisants à jouer, en fonction de ses propres goûts. La motivation qui en résulte suit généralement les progrès de technicité, et inversement. Or, ces progrès ne sont pas nécessairement rapides (surtout au début), ce qui risque, à l’inverse, de démotiver. Il y a donc grand avantage à alterner technique et agrément. Par ailleurs, la résolution d’une difficulté technique donnée entraîne généralement des avantages importants, par répercussion sur des difficultés d’un autre ordre : ainsi, jouer des gammes de façon de plus en plus « étendue » (accroissement d’amplitude fréquentielle ou sonore, en forme de vagues successives) non seulement augmente la flexibilité des lèvres, mais aide aussi à atteindre les notes extrêmes (notamment les aigus) ou à mieux réaliser les arpèges ou autres séquences d’intervalles.

 

[Remarque. Une oeuvre musicale donnée, quelle qu’elle soit, peut donner lieu à la création d’exercices. En effet, dès lors qu’elle comporte des difficultés (techniques), appréciées d’un point de vue personnel, ces difficultés peuvent être « isolées » et travaillées jusqu’à obtention d’un jeu correct. Inversement, des exercices ou études peuvent sonner lieu à la création de phrases musicales intéressantes, voire même artistiques]

 

L’entraînement devrait toujours aller de pair avec le contrôle des points techniques suivants :

 

            (a) concentration mentale : détachement du monde extérieur, abstraction dans son jeu la plus grande possible (s’écouter jouer) ;

 

            (b) contrôle de la respiration et conscience de sa physiologie : vitesses, fréquences, puissances, rythmes, reprises ;

 

            (c) contrôle de la sonorité : précision (attaques exactes, ie sans retards ni « bruits parasites »), justesse (notes « centrées » en hauteur), plénitude (notes traduisant fidèlement la sonorité ou le timbre de l’instrument, et le mettant le plus en valeur, selon son type), volume (absence d’étouffement, ni de son criard, « forcé » ou vulgaire, sauf volonté de réaliser un effet particulier) ;

 

            (d) contrôle des rythmes (études rythmiques) : avec usage d’un métronome (matériel) et développement d’un métronome mental. Ne pas différer la pratique de rythmes atypiques et des syncopes ;

 

            (e) extension en tessiture (3 registres + pédale, voire suraigu) : avec une approche par les faibles étendues, puis par extensions graduelles. Ne pas abuser des sons pédales ni des sons suraigus : leur pratique se justifie dans la mesure où cet ambitus, « forcé » aux extrémités, inclut la tessiture « normale » de la trompette (on l’a indiqué : «  qui peut le plus peut le moins ») ;

 

            (f) flexibilité du masque. En particulier, le travail (renforcement de la musculature) des masques moyen (support de l’embouchure) et interne (vibrations des lèvres) doit normalement être suivi d’une amélioration de la flexibilité des lèvres (exécution d’intervalles ou d’arpèges avec amplitude plus importante, avec tempo plus rapide, etc) ;

 

            (g) articulations de chaque type : le contrôle de la langue et le contrôle du doigté doivent faire l’objet d’un travail spécifique (cf Annexe 07, exercices sur le doigté) ;

 

            (h) coups de langue multiples : une fois le coup de langue simple maîtrisé, les attaques binaires, ternaires ou autres devront être abordées avec soin ;

 

            (i) fidélité à la partie écrite et musicalité : bien exécuter les articulations requises (legato, piccato, marcato, etc) ou les particularités instrumentales (vibratos, mordants, glissandi, appogiatures, etc), ajouter, en tant que de besoin, des annotations sur les partitions, bien suivre les expressions ou sentiments indiqués (il existe de très nombreuses nuances : amabile, ralentendo, maestoso, pesante, espressivo, etc). Développer un style personnel n’est pas interdit ... ;

 

            (j) synthèse 1 (coordination générale du savoir-faire) : habileté dans un jeu en solo, dans lequel « tout doit fonctionner » (maîtrise technique) ;

 

            (k) synthèse 2 (coordination générale du synchronisme de groupe) : habileté du jeu au sein d’un ensemble (duo, harmonie, band, orchestre), dans lequel non seulement les jeux individuels doivent être optimaux, mais aussi la coordination d’ensemble (maîtrises technique et artistique).

 

Ainsi, il est important de rester concentré pendant une répétition (eg à rythme hebdomadaire), aussi bien que pendant une prestation publique. Ceci justifie de séparer l’entraînement (ou pratique) de l’interprétation (ou exécution) : l’entraînement prépare techniquement l’instrumentiste à affronter un auditoire (minimisation du risque de défaillance technique). Néanmoins, les aspects psychologiques sont à prendre en compte dès le début de l’aprentissage (minimisation du risque de défaillance psychologique) (cf Annexe 10, réflexions sur les aspects psychologiques liés à l’interprétation).

 

C’est donc par une pratique régulière que l’on peut améliorer la concentration et l’endurance, aussi bien que développer des compétences techniques et musicales. Jouer de la trompette peut devenir une sorte de « seconde habitude », d’activité naturelle ou spontanée ... de même que respirer, parler, chanter, marcher ou manger.

 

5.2. Bases d’une bonne routine et de l’entraînement

 

5.2.1. L’idée principale d’une routine efficace est triple :

 

            (a) suivre un ordonnancement « naturel » des tâches (cf § 0.3.) : production du son (vibration, tenue des notes), balayage des registres et tessiture (basés sur les gammes), flexibilité (pratique d’écarts de plus en plus grands : arpèges, etc), endurance (résultante des précédentes tâches), articulations (digitale et linguale) et leur coordination, enfin la vélocité ;

 

            (b) utiliser au maximum les possibilités de l’instrument, et même « repousser la trompette dans ses retranchements » : donc faire varier le plus possible les types de difficultés ;

 

            (c) ne pas éviter, ni différer, les difficultés techniques les plus ardues, et ne pas se satisfaire de ce que l’on sait faire.

 

5.2.2. Pendant les exercices (cf § 7.), le jeu peut être exécuté en tenant compte des critères de base (ou « fondamentaux ») suivants :

 

            (a) volume (ou intensité, ou dynamique) sonore : jouer d’abord très doucement (ppp) puis de plus en plus fort (jusqu’à fff). Essayer de jouer fff avec peu de flux d’air et, inversement, ppp avec beaucoup de flux. Jouer en prolongeant des notes les plus douces possibles montre à quel point il est possible de s’ « économiser » (gestion optimale de l’air) pour maintenir néanmoins une note peu intense mais satisfaisante ; de même, jouer en éteignant les notes de façon la plus douce possible permet aussi de repérer le « point » (ou la « zone ») à partir duquel (de laquelle) la note s’éteint. Ces techniques sont souvent recommandées (et ont notamment été pratiquées par Maurice André) et améliorent la qualité sonore et musicale (poses de sons diverses) ;

 

            (b) technique 1 (gammes et coup de langue) : jouer des gammes liées (1 seul coup de langue initial) (ceci favorise la flexibilité et l’endurance), puis des gammes « languées » (le coup de langue étant d’abord doux, puis de plus en plus marqué, puis staccato et enfin marcato) ;

 

            (c) technique 2 (arpèges et coup de langue) : jouer des intervalles et des arpèges d’abord liés (1 seul coup de langue initial), puis langués (le coup de langue étant d’abord doux, puis de plus en plus marqué, puis staccato et enfin marcato). Ces deux techniques favorisent aussi la flexibilité et l’endurance ;

 

            (d) tessiture : jouer d’abord dans le registre médian, puis vers le grave, puis vers l’aigu. La tessiture « normale » ou « courante » de la trompette comporte 31 notes ou degrés, allant de F1# à C3, soit 30 intervalles (demi-tons).

 

Figure 23. Tessiture usuelle, degrés et intervalles de la trompette (instrument en C)

 

On suggère de commencer par une note « médiane » de cette tessiture, c’est-à-dire, en théorie, par la note G2# (degré central). En pratique, on amorcera plutôt avec G2, A2 ou encore F2. Cette habitude aide, accessoirement, à acquérir l’« oreille absolue », c’est-à-dire à reconnaître une note quelconque jouée par une tierce personne. De plus, elle favorise une meilleure sûreté de l’attaque des notes : anticiper leur hauteur assure davantage la réussite de leur exécution.

 

On peut modéliser de façon élémentaire la probabilité d’attaque correcte d’une note donnée d (degré à exécuter). On peut considérer que cette probabilité est une fonction j de l’écart entre la note objectif d et la note da « anticipée » par l’instrumentiste, ie P (A = 1) = j (da – d), où A est la variable indicatrice (aléatoire) valant 1 en cas de succès (évènement « da = d et d est réellement produite »), 0 sinon. Cette même fonction j dépend évidemment aussi des diverses particularités du joueur (organisation du travail O, entraînement E, concentration C, fatigue F, etc) ;

 

            (e) vélocité : jouer les routines et exercices d’abord très lentement (lentissimo), puis, la qualité du jeu étant acquise à cette vitesse, de plus en plus rapidement (jusqu’au prestissimo : eg noire q = 160). Le fait de jouer lentement (notes « tenues » ou « poses » de sons) a aussi l’intérêt de développer l’endurance (cas de notes « longues » : rondes w , blanches h). Toutes les variables d’action doivent être contrôlées et commander le jeu : flux d’air interne, gorge et langue, OB, lèvres, pistons et doigté ;

 

            (f) expression 1 (effets sonores standards) : jouer des phrases comportant de nombreuses syncopes (enchaînées) (sens rythmique) ; jouer des phrases sans vibrato, puis avec des vibratos, tremoli, trilles, mordants, appogiatures, en forme de glissandi,  etc ;

 

            (g) expression 2 (déformations diverses du son) : jeux avec grognement (GRRR avec la gorge) ou avec tremblement (TRRR avec la langue), jeux avec diverses sourdines (ou seulement avec la main couvrant le pavillon, en utilisant un éventuel tissu), « courbatures » des notes (attaques « par dessous » suivies de remontée à la bonne hauteur, voire « par dessus », suivies de descente à la bonne hauteur) (en essayant de réaliser des 1/4 de tons à la façon d’Ibrahim Maalouf, mais sans un quatrième piston), jeux avec un piston entre deux positions, jeux avec le pavillon effleurant une bassine d’eau, etc. Le fait de mettre la main gauche (en forme de cône à la façon des cornistes) dans le pavillon conduit à produire des notes situées environ 1/2 ton au-dessous des notes de l’instrument (tessiture décalée de - 1/2 ton) : pour corriger cet effet, on peut transposer 1/2 ton au-dessus ou, selon la difficulté de la gamme (armure de la clef), 1 ton au-dessus tout en allongeant la coulisse d’accord (et celles de pistons) de longueurs adéquates.


 

֍

֍        ֍

 

Chapître 6. Aides à l’apprentissage

 

Il est possible, notamment dans le cas d’un apprentissage autoditactique, de mettre en oeuvre diverses possibilités qui vont dans le sens d’une amélioration générale des résultats recherchés.

 

6.1. La pratique d’un sport (jogging ou natation notamment), ou encore celle du chant (choral ou individuel) ou d’un autre instrument (à vent), exige aussi un certain contrôle de la respiration et contribue à un progrès plus rapide.

 

6.2. Comme déjà mentionné, un miroir (avec positionnements divers) et un métronome (régularité, rythmes) sont utiles pour contrôler l’embouchement, la position de jeu, etc.

 

6.3. Chaque exercice, ou chaque morceau, peut faire l’objet d’un enregistrement pendant l’exécution.

 

En écoutant attentivement chacun de ces enregistrements, on peut s’auto-critiquer et juger de la qualité du son produit, de l’articulation entre notes, etc. Cette méthode permet de repérer les erreurs, qui apparaissent alors souvent comme évidentes. Il faut absolument s’efforcer de corriger ces erreurs d’exécution dès leur apparition. Ne pas hésiter à s’arrêter de jouer lorsqu’une défaillance apparaît, puis reprendre le phrasé fautif. Si une fatigue survient, ayant entraîné cette défaillance, suspendre quelques instants le travail.

 

6.4. Le matériel d’enregistrement / audition nécessaire est relativement simple à mettre en oeuvre et peu onéreux :

 

(a) magnétophones (disponibles en particulier sur des téléphones portables ou des tablettes) pour les enregistrements ;

 

(b) on peut aussi utiliser un microphone branché sur un micro-ordinateur et installer un logiciel d’enregistrement.

 

Ainsi, le système d’exploitation Microsoft Windows contient un utilitaire d’enregistrement (mais les fichiers sont sauvés dans le format « captif » wma qu’il faut, le cas échéant, convertir en d’autres formats standards). Il existe des logiciels de traitement du son (Audacity, etc) qui permet d’enregistrer et de sauver les fichiers selon des formats courants, non propriétaires (notamment le mp3 ou le ogg Vorbis) ;

 

(c) lecteurs de fichiers musicaux (disponibles sur la plupart des matériels précédents), pour l’audition des résultats. Il en existe de très nombreux : Audacity, lecteur Windows media player, Lan VLC, etc.

 


 

֍

֍        ֍

 

Chapître 7. Protocoles d’exécution

 

Tous les exercices proposés sont faciles à exécuter avec un tempo lent et une dynamique faible : on peut commencer à jouer dans le registre médian, avec un phrasé court, une faible vitesse et un jeu lié.

 

La méthode consiste à augmenter par la suite la difficulté en s’écartant de ce « milieu ».

 

En particulier, on doit (1) former (muscler) le masque d’ensemble, (2) gérer la respiration et la reprise du souffle et (1) s’habituer aux doigtés et gammes diverses.

 

7.1. Distinctions de base

 

7.1.1. L’un des procédés majeurs de cette méthode est le passage d’une « attitude réfléchie » vers une « attitude réflexe » :

 

            (a) dans la réflexion, on analyse le pourquoi et le comment de chacune des procédures techniques à suivre : ceci prend du temps (un temps souvent « incompressible »), mais ne peut être que bénéfique pour la suite (phase d’investissement) ;

 

            (b) dans un réflexe, on associe automatiquement une technique ou un exercice avec le résultat voulu : c’est le moment de l’action, qui requiert de l’efficacité et ne laisse plus guère le temps de réfléchir (phase de production).

 

7.1.2. Pour exécuter ces exercices de façon efficace, il convient aussi d’opérer une autre distinction de base entre :

 

            (a) les objectifs. Ces objectifs peuvent porter (cf § 0.3.) sur l’augmentation de tessiture (extension de l’exécution vers les notes extrêmes : graves et aigus), l’augmentation d’endurance (tenue de notes, ou « notes tenues »), l’augmentation de la vélocité, (coordination complète : respiration, langue, OB, doigts), l’augmentation de la flexibilité de l’émission (grands intervalles). Dans la pratique, ces objectifs seront combinés de façon plus ou moins complexe : eg vitesse dans le registre aigu, flexibilité entre les registres extrêmes, etc ;

 

            (b) les moyens ou les outils. En suivant l’ordre du flux d’air émis, on peut rappeler que ces outils sont : les contractions abdominale et costale, la respiration et le flux d’air, l’ouverture de la gorge (larynx), le positionnement et l’actionnement de la langue dans la CB, le degré d’ouverture de l’OB, la mobilité des masques, le positionnement et l’orientation de l’embouchure. S’ajoute à ces outils, le maniement des pistons et des coulisses de pistons ;

 

            (c) les contraintes ou les nécessités : parmi les nombreuses déjà évoquées, on doit rappeler l’existence d’antériorités nécessaires. On ne peut réaliser certaines « tâches » avant d’autres (prématuration) (cf § 0.3) ;

 

            (d) les délais ou échéances : ceux-ci seront évidemment fonction de la fréquence des entraînements, mais aussi de l’assiduité à les suivre (attention ou vigilance, concentration, volonté de progrès, voire optimisme, etc).

 

7.2. Les trois registres

 

7.2.1. Les exercices proposés (§ 8.) sont centrés sur un premier registre de travail : le registre médian de la trompette (eg octave du E1 jusqu’au E2). On devra ensuite jouer ces exercices dans le registre grave (du F#1 jusqu’au D1) et dans le registre aigü (du F2 jusqu’au C3), quitte à repasser par le registre médian pour assurer la transition.

 

7.2.2. Jouer souvent dans le registre grave peut entraîner une certaine difficulté à monter dans les aigus, et inversement. C’est pourquoi il est nécessaire de travailler dans tous les registres. On suggère, notamment lors des échauffements, de commencer par le registre médian, à partir duquel il est plus facile, par « continuité », de se déplacer vers les autres registres. Ici aussi, un masque bien formé (fortifié) doit permettre de surpasser les difficultés.

 

La pratique de tous les registres relève des méthodes et techniques précédentes. Elle ne sera effective qu’au bout de plusieurs années de pratique. Pour les registres extrêmes, la trompette peut  avantageusement céder sa place à d’autres instruments de cuivre.

 

7.2.3. Dans un quatrième registre, ou registre suraigu, l’exécution présente des risques (erreurs techniques, mais aussi lésions et autres traumas).

 

En fait, peu d’oeuvres nécessitent un jeu au-dessus du C3, et ceci dans tous les genres : classique (sauf peut-être le genre baroque), jazz, variétés, folk, etc. Ainsi, le D3b (E3b pour une trompette en Bb) du premier mouvement du concerto en Eb de Joseph Haydn est déjà une exception. En jazz, les suraigus (bi-contre C = C4, etc) ne sont, la plupart du temps, exécutés que pour briller ou produire des effets sonores : leur musicalité est parfois douteuse et les efforts réalisés pour les produire semblent disproportionnés par rapport aux gains (résultats) musicaux observés.

 

Le timbre d’une trompette usuelle (C ou Bb) étant moins esthétique dans son registre aigu, la trompette piccolo peut la remplacer (eg lorsque les parties à jouer dépassent C2) (cf Annexe 09, sur l’usage de la trompette piccolo). Cependant, cet instrument est moins facile à pratiquer que la trompette normale : il faut notamment en travailler l’attaque des notes (qui est cependant réputée fiable par rapport à la trompette) et la sonorité (car le centrage des notes à la bonne hauteur est défiant).

 

Par ailleurs, la tonalité de certaines trompettes (en D ou Eb), qui est plus aigue que celle des instruments en Bb ou C, permet diverses facilités (notamment de doigté). Ainsi, les concertos en Bb de F.J. Haydn (évoqué ci-dessus), de J.K.J. Neruda (c1707-c1780) ou de J.N. Hummel (1778-1837), souvent joués en F avec une trompette en Bb, peuvent aussi se jouer avec une trompette en Eb : le doigté pratiqué est alors « simplement » celui de la gamme de Do (armure inaltérée). Par suite, l’instrumentiste peut davantage concentrer ses efforts sur la respiration, puisque les questions de doigté sont relativement simples à résoudre, car la gamme de Do figure parmi les premières de l’apprentissage.

 

7.2.4. A l’autre extrêmité de l’étendue, on peut obtenir un rendu agréable (sonorités différentes, musicalité) dans le registre grave (eg en-dessous du C2) à l’aide d’instruments plus adaptés à ce registre, qui sont aussi des substituts de la trompette : bugle, euphonium, tuba, etc. La technique instrumentale est analogue à celle de la trompette ordinaire, moyennant quelques adaptations : dimensions et formes des embouchures, jeu des lèvres, gestion du souffle, etc.

 

7.2.5. Dans ces divers cas (§§ 7.2.3. et 7.2.4.), il faut généralement s’adapter aux « changements quasi-inéluctables » d’embouchures : les sphériques de la trompette peuvent devoir être remplacées par des coniques (cornet, bugle). Ce n’est qu’après avoir obtenu une force de masque suffisante que l’on peut utiliser des embouchures de type différent (contrainte d’antériorité). De plus, changer en peu de temps (quelques minutes ou quelques heures) d’embouchure impose un temps d’adaptation et quelques actions palliatives (échauffements, placement de l’embouchure, etc).

 

A titre d’exemples, l’embouchure 7C (notations de V. Bach) est souvent incluse dans l’acquisition d’une trompette. Elle convient généralement bien au débutant, notamment jeune. Les formats 1,5C ou 13A4 facilitent l’accès vers les aigus.

 

Il est donc important de bien maîtriser l’échelle standard F1#-C3 : ceci présente déjà de belles difficultés à surpasser ...

 

7.3. Points divers

 

            (a) lèvres humides vs lèvres sèches. De nombreux instrumentistes humectent leurs lèvres avant de jouer : le but est d’étanchéifier le flux d’air au niveau des commissures, et aussi de faciliter le mouvement des lèvres (eg fermeture / ouverture de l’OB) contre le bord de l’embouchure (diminution des forces de frottement) donc d’augmenter la flexibilité pendant le jeu. Le choix d’une embouchure à bord moins épais ou plus convexe, ou encore de plus grand diamètre, permet (dans une certaine mesure) d’éviter d’avoir à humidifier les lèvres. Mais la pratique des lèvres modérément humides ne constitue pas un réel inconvénient : elle est même souvent utile (par exemple, pour changer plus facilement de registre). Trop mouillées, la trompette a tendance à « flotter » sur les lèvres et peut conduire à des échecs ;

 

            (b) pivotage, ou pivotement, de la tête de bas en haut (ou inversement). Il est parfois utile d’exercer un mouvement de pivot plus ou moins brusque, ou plus ou moins rapide de la tête (donc de l’instrument), afin de faciliter certaines manoeuvres : notamment, exécution rapide de grands intervalles (quinte, sixte, septième ou octave, voire davantage), ou accès plus aisé à l’aigu. En règle générale (cas d’une embouchure posée 1/2-1/2) : on baisse la tête, donc l’embouchure qui en est solidaire, pour descendre en fréquences (registre grave), et on la remonte pour monter (registre aigu). Mais ce pivotement (ou tanguage) doit demeurer très limité, car il contribue à exercer une contrainte supplémentaire sur les lèvres et risque, malgré tout, aussi, de conduire à des erreurs d’exécution ;

 

            (c) déplacement de l’embouchure. De même que le pivotage, le déplacement de l’embouchure pendant une exécution (eg passer verticalement de 1/3-2/3 à 1/2-1/2) ne peut que perturber cette dernière, surtout dans un passage animé : le masque moyen risque de n’avoir pas eu le temps de « récupérer » en forme, souplesse et flexibilité. L’instrumentiste aguerri, dont le masque est puissant (muscles devenus plus fermes ou même grossis avec l’entraînement), peut, au contraire, modifier cet emplacement (au moins entre deux phrases musicales séparées par un repos suffisant : temps de récupération) ;

 

            (d) contrôle de la sûreté de l’attaque. Divers exercices permettent d’augmenter la précision de l’attaque, notamment ceux relatifs aux « coups de langue » et aux grands intervalles. Un test pratique peut servir à contrôler cette sûreté : (1) attaquer une note quelconque avec l’instrument, (2) écarter l’instrument de la bouche, (3) repositionner l’embouchure puis (4) réattaquer la même note (ou même une note différente donnée). Les notes obtenues doivent être justes et précises avec, d’emblée : une bonne hauteur (notes bien « centrées »), une absence de décalages (retards d’exécution) et une absence de défauts ou d’interférences sonores (grésillements, son creux, etc).

 

On propose en Annexe 08, une synthèse de la production du son et du jeu à réaliser avec l’instrument.

 

7.3. « Routines »

 

7.3.1. Le schéma de travail proposé ci-après est généralement appelé « routine » en raison de son caractère répétitif. Il est préférable de réaliser chaque exercice en entier et de ne pas s’arrêter en cours de route, sauf en cas de fatigue. En pratique, chacun doit pouvoir se créer son propre schéma de travail, aussi approprié que possible à son « équation personnelle » (exigences, contraintes). On propose, en Annexe 12, une liste commentée de protocoles et routines de travail standards.

 

La démarche générale est la suivante.

 

On commence par un recensement visant à construire une liste de procédés aussi variée que possible (comparer avec le § 0.3.) :

 

            (a) attaque / assurance : jouer avec une attaque de plus en plus « sèche » des notes. Commencer par des notes liées (sauf la première d’une phrase), puis pratiquer des attaques avec des HU, HA ou HI (expulsions brutales de l’air), puis avec des GU, GA ou GUI, des KU, KA ou KI, des BU, BA ou BI, des DU, DA ou DI, des PU, PA ou PI et des TU, TA ou TI. La syllabe PU possède l’avantage de faciliter quelque peu l’« embouchement » de la trompette (bouche en forme de « cul de poule ») ;

 

            (b) dynamique sonore (volume) : jouer d’abord pianissimo, puis de plus en plus fort. Cette difficulté diffère du procédé d’attaque (a). On peut d’ailleurs aussi essayer d’attaquer sèchement des notes ppp, ou avec douceur des notes fff ;

 

            (c) flexibilité des lèvres : la flexibilité des lèvres se réfère à l’exécution de notes liées, laquelle force les muscles labiaux à se compresser ou à se détendre verticalement (ie d’une lèvre vers l’autre). Ces notes sont généralement basées sur un schéma harmonique (synchronisme) mais s’exécutent selon un schéma mélodique, ie de façon échelonnée (diachronisme). Un exemple-type est celui des arpèges (ou accords « déployés »). Plus la hauteur des intervalles entre notes  est grande (seconde, tierce, quarte, quinte, etc), plus la difficulté augmente et plus la musculation doit se développer.

 

Pour bien « isoler » le traitement de cette difficulté par rapport à d’autres (doigté, attaque des notes, etc), on exécute ces intervalles de façon liée (pas de « coup » de langue, sauf l’initial). De plus, on maintient abaissée une même combinaison de pistons. On joue « à vide » (ie sans baisser aucun piston), et de façon liée, les « notes naturelles » (C1, G2, C2, E2, G3, C3) ou (C1, G2, C2, E2, G3, B3b, C3) ; puis, en actionnant le piston 2, on joue les notes décalées d’un demi-ton plus bas (B1, F2#, B2, F3#, B3) ou  (B1, F2#, B2, F3#, A3, B3) ; etc. Lorsqu’on descend encore, on met à profit le doigté de substitution (cf § 2.6.3.) : ainsi, on joue les notes (G1, D1, G2, B2, D2, G3) avec la seule combinaison 13 (descentes « en crabe ») ;

 

            (d) changement de registre : comme indiqué, les ébauches d’exercices sont écrites, sauf nécessité technique, dans le registre médian de la trompette (C1 à E2). Il sera utile de passer, dès que possible, aux autres registres (grave, aigü) et d’y répéter les mêmes types d’exercices. L’étendue des registres grave et aigü est moindre que celle du niveau médian, mais l’adaptation des exercices ne pose pas de problème majeur ;

 

            (e) vélocité / endurance : commencer par exécuter chaque ligne mélodique présentée selon un tempo donné (fixe). La figure de note est systématiquement une note ronde. Jouer ensuite, avec le même tempo, la même ligne comme si elle était écrite avec des blanches h (1 ronde w = 2 blanches h), puis avec des triolets de noires (1 ronde = 2 triolets de noires), puis des noires q, croches e, triolets de croches, doubles croches x, triolets de doubles croches. Ceci revient (à durée de blanche w donnée) à une variation du rythme ou à une augmentation du tempo. Ici encore, le travail doit passer d’une étape de réflexion à une étape de réflexe ;

 

            (f) transposition : les exercices proposés (§ 8.) peuvent être exécutés dans différentes gammes. Il suffit de transposer (par écrit ou mentalement) chacun d’eux dans ces gammes, ce qui ne présente pas de difficulté. Un avantage collatéral de ce procédé est le suivant. L’exercice est d’abord mémorisé dans la gamme où il est écrit ici ; puis il est de nouveau « exécuté de mémoire » 1/2 ton au-dessus (ou au-dessous), puis 1 ton au-dessus (ou au-dessous), etc. L’apprentissage (non traité ici) de la transposition « à vue » ne peut que bénéficier du procédé. Ces procédés s’appliquent aussi bien aux gammes qu’aux arpèges ou à d’autres lignes mélodiques « standards » ;

 

7.3.2. Un autre facteur de progrès consiste ensuite à combiner ad libitum les divers procédés indiqués. On travaillera notamment, parmi les combinaisons possibles, celles qui semblent les plus « obstaculaires ». En effet, on a déjà insisté sur le fait qu’il ne faut pas se contenter de jouer des exercices en fonction de ses propres facilités et en cédant à celles-ci. Au contraire, il est plus efficace, pour progresser, d’exécuter les exercices qui paraîssent difficiles, ou moins intéressants, à exécuter : ils seront de plus en plus faciles à réaliser le lendemain ... ou plus tard. De plus, comme on l’a indiqué, l’avancée dans la résolution d’un obstacle donné aide à avancer dans la résolution d’autres obstacles : il existe, en effet, des liens entre les divers types de difficultés techniques (cf § 0.3).

 

Chaque instrumentiste peut ainsi se créer un programme « à la carte », à condition de puiser le plus largement possible dans ces procédés, afin de traiter toutes les catégories de difficultés : politique « tous azimuts ».

 

Du point de vue de l’efficacité de la formation, le cheminement vers une manière de jouer optimale (standard de jeu) consiste en divers choix successifs. On a déjà dressé la liste des questions principales à résoudre : respiration, gestion de la cavité buccale, entrainement du masque, gestion de l’activité linguale, développement de l’endurance et de la flexibilité, maitrise du doigté et de la coordination (souffle - langue - doigté).

 

Le schéma ci-après considère la situation d’un étudiant situé en bas d’une colline (débutant, par exemple), et dont le sommet constitue l’objectif à atteindre (meilleure maîtrise de l’art possible) (lecture de bas en haut). A chaque étape conduisant vers le sommet, l’apprenti doit choisir une question à résoudre (de préférence, celle qui lui pose le plus de problèmes du moment) ; la flèche associée à cette question indique la direction à suivre. Par suite, la trajectoire optimale (celle à déterminer ...) est représentable à l’aide d’une courbe, ici représentée avec une couleur rouge (« géodésique technico-musicale ») : c’est cette courbe qui décrit un progrès de cheminement le plus rapide possible, compte tenu des diverses contraintes évoquées. Il va de soi que l’ordre « naturel et nécessaire » décrit au § 0.3. doit être pris en compte au cours de ces développements.

 

Figure 24a. Cheminement optimal vers un objectif donné

(lecture ascendante)

 

On peut encore représenter ce problème sous forme d’arborescence (lecture de bas en haut), dans laquelle, à chaque étape de l’apprentissage, on doit choisir le point technique sur lequel progresser. Dans l’exemple ci-après, l’apprenti choisit d’abord de développer le travail de la langue, puis celui du masque, puis celui de la flexibilité, etc (choix entourés de rouge). Il devrait alors exister (au moins) un cheminement sur l’arbre de décision qui permette de progresser le mieux possible.


 

Figure 24b. Cheminement optimal vers un objectif donné

(lecture ascendante)

 

Cependant, on a déjà noté que se trouver à l’optimum ne signifie pas nécessairement que l’on joue bien ... L’apprenti peut se trouver à l’optimum au bout de quelques temps (années de formation) sans toutefois avoir obtenu des résultats très probants. Les capacités individuelles, ainsi que la pédagogie, ou la façon d’organiser le travail d’ensemble, peuvent révéler l’existence d’un talent, mais aussi celle d’une médiocrité ...

 

7.3.3. Les « gammes » usuelles ne figurent pas dans ces exercices : majeures, mineures (3 modes), par tons entiers, ou encore dans les modes du jazz : ainsi, en tonalité de C (Do), on peut définir les modes ionien (C, D, E, F, G, A, B), dorien (D, E, F, G, A, B, C), phrygien (E, F, G, A, B, C, D), lydien (F, G, A, B, C, D, E), mixolydien (G, A, B, C, D, E, F), aéolien (A, B, C, D, E, F, G), locrien (B, C, D, E, F, G, A).

 

L’apprentissage et la bonne exécution de ces gammes sont évidemment très importants. Mais, compte tenu des prérequis tenant au solfège, l’exécutant peut lui-même aisément concevoir et pratiquer ce type d’exercices sans qu’il soit besoin d’écrire ici, comme on l’a indiqué au début, des longueurs de pages. La « mentalisation » des partitions concernant des exercices dans différentes gammes constitue, en elle-même, un exercice profitable (cf récitation). La principale difficulté concerne la pratique d’un doigté correct pour les exécuter sans fausseté.

 

7.3.4. Pour les mêmes raisons, les arpèges usuels ne font pas l’objet d’une analyse détaillée : arpèges « harmoniques », arpèges diminués, augmentés ou par tons entiers (ie pentatoniques, ou sans demi-tons). L’exécution des arpèges naturels, par tierces successives (C1, E1, G2, B2, D2, F2, A3, C3) ou par quartes successives (G1, C1, F2, B2b, E2b, A3b), permet une meilleure « prise en main » ou « maturation » du doigté car elle conduit à des automatismes différents de ceux attachés à l’exécution des gammes usuelles : ainsi, les premiers conduisent à actionner de façon systématique les combinaisons 0, 12, 0, 2, 1, 1, 12, 0, les seconds les combinaisons 0, 1, 2, 0, 12.

 

7.3.5. Les « sons pédales » sont, comme déjà indiqué, des sons situées au-dessous de l’ambitus normal de l’instrument, donc en-dessous du F1# (voire du F1). Ils doivent être traités à part, mais sont relativement aisés à obtenir.

 

N’étant pas des sons « musicaux », on parle à leur sujet de « sons pédales » et non pas de « notes pédales » : en effet, le timbre obtenu (cf Annexe 16, numérotation des octaves, tessiture) est trop éloigné de celui de la trompette, ie est en « rupture » par rapport au timbre des notes situées au-dessus du F1#.

 

Pour favoriser l’émission de ces sons, il faut parvenir à associer :

 

            (a) une grande ouverture du pharynx (gorge) ;

 

            (b) un souffle lent et régulier (maîtrise de l’expiration) ;

 

            (c) un relâchement des lèvres (lèvres « molles ») (maîtrise du masque dans l’une de ses fonctions extrêmes).

 

Le doigté à utiliser est arbitraire : on peut obtenir tous ces sons à vide (doigté 0) aussi bien qu’avec une combinaison telle que 12, 23, 13, 123, etc, des pistons. Le plus simple consiste à jouer à vide (pistons relevés). L’abaissement de certains pistons peut aider à atteindre certains sons pédales : lorsqu’un son pédale donné ne peut aisément être obtenu (ce qui dépend de sa hauteur, de l’instrument et ... de l’exécutant), on peut essayer à taton un doigté (différent de 0) susceptible de permettre l’accès à ce son.

 

Pendant ce travail, il faut maitriser la hauteur des sons pédales obtenus (centrage) : un procédé consiste à se guider en jouant une note du registre grave standard (entre F1# et C1) puis le son pédale situé à l’intervalle voulu (octave, tierce ou quarte, etc) au-dessous.

 

L’intérêt des exercices relatifs à ces sons hors tessiture réside dans (1) la relaxation (relative) des muscles labiaux, (2) le contrôle d’une exhalation lente, (3) le contrôle de la hauteur des sons. Dans ce travail, les lèvres ont surtout une activité vibratoire, et beaucoup moins musculaire. Il y a aussi des avantages à alterner l’émission de pédales avec celle de notes standards (flexibilité).

 

Il ne faut cependant pas exagérer l’importance ni l’intérêt de ce type d’activité.

 

7.3.6. Routines ou non ?

 

7.3.6.1. Certains artistes considèrent que l’« entraînement » en suivant des « routines » n’est pas une nécessité : au lieu de jouer des exercices, ceux-ci préfèrent, après un échauffement minimum, jouer directement des oeuvres pour cuivre ou adaptées.

 

En effet :

 

            (a) ces oeuvres combinent généralement des difficultés variées et constituent, par là-même, un excellent exercice d’apprentissage et d’entraînement, sans compter une motivation accrue ;

 

            (b) apprendre une oeuvre nécessite, non seulement de maîtriser ces difficultés (cumuls), mais aussi met le musicien dans une situation plus proche de l’exécution (concert, brass band, etc). En outre, la motivation en est accrue.

 

7.3.6.2. Cependant, quelle que soit l’oeuvre exécutée (fut-ce un simple exercice ou une étude), il subsiste toujours des difficultés à vaincre, qui doivent être « approchées » de façon progressive et réfléchie. En effet, même après échauffement, certains obstacles techniques ne peuvent que très difficilement être exécutés directement, ce qui justifie la nécessité d’un entraînement minimal.

 

Ainsi, comme déjà indiqué :

 

            (a) l’exécution d’intervalles de plus en plus grands implique d’augmenter cette amplitude en commençant par des intervalles moindres (secondes mineures et majeures, puis tierces mineures et majeures, puis quartes mineures et majeures, etc) ;

 

            (b) le jeu dans l’aigu peu être atteint en montant progressivement les notes d’une gamme, comme les vagues d’une marée montante (grandes avancées, petits reculs) ;

 

            (c) la vélocité (coordination rapide entre souffle, langue et doigté) implique une approche graduée et lente au début, etc.

 

Par suite, la combinaison de ces difficultés ne peut être maîtrisée que par un entraînement à base de routines : ainsi, réaliser des quintes successives rapides dans l’aigu est très défiant et implique, au minimum, un bon échauffement préalable ainsi qu’un entraînement de plusieurs heures, voire plusieurs jours.

 

7.3.6.3. Néanmoins, un musicien qui ne fait que s’entraîner n’a pas de répertoire à offrir. Or, il est plus satisfaisant de pouvoir présenter, dès le début de l’apprentissage, quelques oeuvres (même très simples), à un auditoire de proches : cette possibilité est motivante, et l’auditoire peut jouer un rôle de critique non négligeable.

 

C’est pourquoi il est très généralement préconisé d’alterner, après les échauffements préalables, la pratique d’exercices ou d’études et l’exécution d’oeuvres musicales diverses.

 

La question importante est plutôt celle de la détermination d’un « dosage optimal » (temps et efforts à consacrer) entre ces diverses activités.

 

[Note. On a indiqué qu’une pièce de musique peut, en elle-même, permettre de construire des exercices ou des études. Ainsi, une phrase ou portion de phrase de cette pièce, difficile à jouer, peut être « isolée » de la partition totale, et « manipulée » de diverses façons : transpositions, inversions mélodiques, réécriture dans un mode différent (mineur si le mode de la pièce est majeur, phrygien s’il est aéolien), etc]

 

7.4. Indications diverses

 

7.4.1. Pendant l’échauffement, il est souhaitable d’avancer aussi loin que possible dans chaque exercice, mais l’exécution doit demeurer « confortable » : proscrire toute tension ou toute fatigue musculaire excessives. Il arrive parfois que des courbatures soient ressenties (notamment dans les joues et les muscles articulant les maxillaires) : ceci est généralement considéré comme normal puisqu’il s’agit d’un travail musculaire peu habituel, surtout pour le débutant.

 

7.4.2. Sauf mention particulière, jouer ces exercices :

 

            (a) avec régularité : durée des notes, périodes égales entre notes ;

 

            (b) avec égalité : sonorité égale entre notes ;

 

            (c) avec musicalité : avec un « rendu » agréable, sans donner l’impression d’une exécution appliquée, de type « scolaire ».

 

On a indiqué qu’un fonctionnement analogue à celui d’une « horloge » (rythme, sonorité et timbre, volume) est un gage de qualité.

 

Comme celui qui peut le plus peut le moins :

 

            (a) il peut toujours remplacer un rythme strict par un rythme plus relâché : ce type de rythme existe dans tous les genres de musique : rallentendi ou accelerandi, rubati ;

 

            (b) par contre, l’inverse est plus difficile sans entraînement, ce qui implique de la rigueur. Ainsi, lorsqu’on exécute un phrasé donné, on peut avoir tendance à ralentir le tempo au moment où une difficulté se présente. Ceci peut être légitime pendant l’apprentissage. Cependant, lorsqu’on doit présenter ce phrasé à un auditoire, il faut bien que le tempo de la partition soit respecté ... (sauf indications ralentendo ou accelerando).

 

7.4.3. On peut rappeler qu’il est utile d’employer, aussi souvent que possible :

 

            (a) un miroir, pour vérifier notamment le positionnement de l’embouchure sur les lèvres, l’égalité de pincement (horizontal) des commissures ainsi que l’étirement-élargissement des lèvres (lequel amincit et peut affaiblir cette portion du masque) ;

 

            (b) un métronome (instrument matériel), pour contrôler la régularité de l’exécution. Ce métronome doit devenir « métronome mental » en essayant de se créer une « horloge interne ». Un test simple consiste (1) à sélectionner une mélodie au tempo bien cadencé, de préférence lent (eg le « Boléro » de Maurice Ravel), (2) à la jouer ensuite en même temps que sa source (radio, disque, ordinateur personnel), (3) puis à continuer de jouer pendant que la mélodie est interrompue (demander à un tiers de baisser complètement le son), (4) enfin à rétablir le son. Aucun décalage ne doit être perceptible ... ;

 

            (c) un enregistreur (instrument matériel), pour s’écouter et se critiquer ;

 

            (d) un logiciel de traitement (édition) de partitions (ou de fichiers MIDI), pour adapter diverses oeuvres (transpositions, création d’accompagnements, etc) (cf § 10.) ;

 

            (e) un logiciel de traitement (édition) du son, pour convertir les fichiers MIDI et les rendre lisibles sur divers supports numériques (ordinateur, téléphone ou tablette, clef USB, multimédia automobile, etc) (cf § 10.).

 


 

֍

֍        ֍

 

Chapître 8. Les exercices de base

 

Les feuilles de partitions proposées contiennent divers exercices de base. En cliquant sur chacune d’elles, on suit un lien vers un fichier MIDI (selon le système d’exploitation et son paramétrage, ce fichier est soit entendu directement, soit téléchargé automatiquement) : ceci permet, à la fois, de lire la partie et d’écouter le son correspondant.

 

L’Annexe 05 (exercices de base) détaille le contenu de ces partitions, ainsi que des suggestions pour leur exécution dans les meilleures conditions : finalité de l’exercice, techniques, conseils, etc.

 


 

֍

֍        ֍

 

Chapître 9. Défauts d’éxécution : identification et recherche des causes

 

Quelle que soit l’habileté « intrinsèque » d’un exécutant, des défauts d’exécution apparaissent souvent, même chez les plus aguerris. Il faut donc (1) repérer ces défauts (en aval) et (2) identifier leurs causes (en amont). On n’éliminera jamais ces défauts complètement, surtout si l’exécutant cherche (trop vite) à dépasser (trop vite ou trop fortement) ses limites : il ne faut pas brûler les étapes.

 

On suppose que l’instrumentiste est en parfaite condition physique et mentale, et que l’instrument est en bon état de fonctionnement : géométrie intègre, propreté de l’embouchure, de la perce et des coulisses, lubrification des cylindres, graissage des coulisses, etc.

 

9.1. Les défauts

 

Du point de vue du professeur (pédagogie de la construction du son) aussi bien que de l’« auditoire » (réception du produit fini), les défauts constatés concernent généralement des questions déjà maintes fois évoquées (cf § 0.3.) :

 

            (a) l’attaque des notes (sans ou avec coup de langue) : hauteur (fréquence) douteuse, dérapages, retards de production (décalages) ou bruits parasites (grésillements) ;

 

            (b) la sonorité : son « creux » (son étouffé, dénué de plénitude) ou dont la hauteur (centrage) est discutable ;

 

            (c) les notes non désirées (« fausses notes »), particulièrement dans les registres extrêmes (graves, aigus) ou lors d’une l’exécution soutenue de grands intervalles (les « erreurs » de lecture d’une partition ne sont pas à prendre en compte ici) ;

 

            (d) l’erreur d’exécution d’une partition (« notes fautives »), dûe généralement à une mauvaise lecture de la partition (oubli de l’armure, d’un changement d’armure, d’une altération, altérations neutralisées, etc) ;

 

            (e) le souffle (trop court ou insuffisant), notamment la « reprise du souffle » à la suite d’une phrase mélodique assez longue ;

 

            (f) le doigté : difficultés spéciales (la « fourche » entre 13 et 2 ; les « balances » entre 1 et 23 et entre 12 et 23), enchaînement (plus ou moins long) des notes (phrasé « complexe ») et anticipation des mouvements des doigts ;

 

            (g) la coordination entre coup de langue et doigté, ie entre articulation linguale et articulation digitale ;

 

            (h) la vélocité : mouvements malhabiles des doigts, manque de coordination entre les 2 articulations (linguale et digitale), d’où l’apparition d’avances ou de retards de notes, de bruits divers dont ceux de type clip-clap, d’appogiatures involontaires.

 

Ces éléments doivent être contrôlés en permanence.

 

9.2. Les causes

 

Elles dépendent aussi d’un nombre limité de facteurs, déjà souvent évoqués, que l’on peut classer en trois catégories :

 

            (a) facteurs « techniques » : gorge insuffisamment ouverte, mauvaise respiration (reprise de souffle mal gérée, eg mal anticipée), mauvais travail lingual (positionnement, actionnement de la langue), ouverture insuffisante (voire occlusion) de l’OB, compression excessive de l’embouchure sur la bouche. On peut ajouter la fatigue musculaire : lèvres (muscle rond) et autres muscles du masque, langue (coups de langue répétés de façon intensive) ;

 

            (b) facteurs biologiques : lésion de la langue, lésion de la zone buccale (dents, lèvres), fatigue respiratoire (muscles intercostaux), apport d’air insuffisant (manque de « souffle »), digestion lourde, etc. Une affection buccale (aphtes, bouton ou herpès), ORL (fut-ce un simple « mal de gorge », ou une « gorge qui pique », ou encore une allergie ou un éternuement) ou pneumologique (grippe, bronchite) peuvent limiter drastiquement le jeu, voire l’interdire ;

 

            (c) facteurs psychologiques : stress ou anxiété, avant, pendant, ou même après l’exécution (eg en compétition). On a tenté d’analyser sommairement ces inconvénients en proposant quelques réflexions sur les aspects psychologiques liés à l’interprétation (cf Annexe 10)

 

9.3. Les parades

 

On peut reprendre les mêmes catégories que pour les causes.

 

9.3.1. Technique

 

Il n’y a pas de miracle. Ce type de défauts, assez courant chez les débutants, ne sera réduit qu’avec de l’entraînement et en suivant les conseils des enseignants. Le but d’une méthode d’apprentissage est de limiter les défauts techniques en explicitant au maximum les démarches à suivre (méthode de travail), mais elle ne peut se substituer à un « encadrement » pédagogique qui guide régulièrement l’apprenti : corrections à apporter, insistances sur certains points, orientations de travail, choix d’exercices ou d’études, etc.

 

De façon générale, le progrès succède :

 

            (a) aux erreurs, à condition de s’appliquer à les corriger ;

 

            (b) aux efforts visant à résoudre les difficultés et non pas à les éluder (toujours aller vers les difficultés, et non pas chercher à les éviter ...) ;

 

            (c) à la persévérance, à condition de trouver, en même temps, une bonne motivation ;

 

            (d) à la confiance dans l’enseignement reçu. Certains artistes ou pédagogues ont vécu des étapes pédagogiques difficiles, assorties de syndromes traumatisants. En effet, comme on l’a déjà indiqué in limine, on peut souvent constater des divergences entre conseils relevant de méthodes différentes et portant sur la même question, organisationnelle, technique ou artistique : ces divergences peuvent perturber l’étudiant (perte de confiance en l’enseignant, en lui-même ?).

 

Les palliatifs des défauts techniques sont donc :

 

            (a) la maîtrise de la respiration : intensité (ou amplitude), rythmes (cf infra : respiration et pré-échauffement, échauffement, entraînement). Il ne faut pas hésiter à respirer (dans les deux sens), ni à compresser - décompresser rapidement (aspect fréquentiel) ou fortement (aspect énergétique ou dynamique) ;

 

            (b) la pratique d’exercices d’échauffement, qui portent sur l’afflux d’air, la langue, le masque (interne, moyen et externe) et notamment l’OB, le « contact » avec l’embouchure (positionnement, pression, adéquation morphologique), le doigté, etc.

 

Tous les exercices pratiqués doivent contribuer à limiter ces inconvénients, notamment : poses de son (ou notes tenues, pour l’endurance), variations croissantes de « faibles » à « fortes » des intervalles entre notes (gammes) et grands intervalles (arpèges) (pour la flexibilité), coups de langue (pour l’attaque des sons).

 

9.3.2. Etat de santé

 

Un bon souffle résulte généralement d’une hygiène de vie (alimentaire, sportive) satisfaisante. En particulier, veiller à l’hygiène bucco-dentaire et surveiller l’état « physique » et « physiologique » de la bouche et des lèvres (aphtes, boutons « de fièvre », etc).

 

Une alimentation « agressive » (acides, alcools, épices) peut avoir une influence sur le comportement des lèvres (souplesse, résistance) et en limiter les performances. Diverses substances (tabac, ingestion de corps gras) limitent le souffle et les possibilités (hoquet, etc), ou peuvent même arrêter un travail en cours (toux). Une digestion lourde, un état nauséeux, peuvent annihiler les efforts destinés à jouer correctement (respiration). De même, les boissons brûlantes peuvent agresser le centre des lèvres (OB) ou la pointe de la langue.

 

L’hiver peut apporter divers inconvénients des types précédents : rhume (éternuements), bronchite (toux), sècheresse des lèvres (utiliser un stick).

 

Le printemps comporte aussi divers maux : allergies (éternuements, larmoiement, maux de gorge).

 

9.3.3. Anxiété

 

Celle-ci dépend beaucoup de l’émotivité personnelle, mais elle peut souvent se réduire à une simple appréhension. Cependant, pour certains profils psychologiques (personnalités), cette appréhension ne disparaîtra jamais entièrement. On peut d’ailleurs tirer parti de ce constat, d’abord par la prise de conscience de son existence (ce qui est moins stressant que son ignorance par défaut d’analyse), ensuite par une concentration, mentale et forte, sur l’exécution elle-même (ce qui détourne, ou « évacue », une partie de l’émotion).

 

Ainsi :

 

            (a) des techniques appropriées permettent, dans une certaine mesure, de la réduire. Une préparation suffisante (respiration, échauffement, exercices techniques), ainsi que des « tests » d’exécution en grandeur réelle, contribuent fortement à atténuer cette anxiété (meilleure confiance en soi) : le galop d’essai d’un concerto réalisé sans faute est a priori de bon augure (même s’il ne garantit pas, en lui-même, une réitération à l’identique). Certains pédagogues préconisent de pratiquer des exercices de yoga.

 

Dans tous les cas de figure, l’entraînement est à la base de la qualité d’une prestation : une préparation insuffisante, une exécution prématurée, sont généralement génératrices d’anxiété. Or ces facteurs « techniques » sont gérables à l’aide d’une préparation suffisante ;

 

            (b) parfois même, l’anxiété peut se relier à un contexte : problème personnel étranger à l’activité musicale proprement dite (santé temporairement altérée : digestion, maladies saisonnières, etc) ou enjeux liés à la prestation (jouer seul implique moins de tensions que de jouer devant des amis, ce qui est à son tour moins stressant que de jouer devant un auditoire, notamment un jury de concours, une compétition instrumentale ou un test de recrutement) ;

 

            (c) l’anxiété peut encore survenir après un problème ponctuel ou accidentel, ou être accentuée par celui-ci : éternuement, toux, crampe, anoxie (respiration insuffisante), chûte de l’instrument, de la sourdine ou du pupitre, etc ;

 

            (d) l’appréhension de la survenue d’un « risque majeur » pendant l’exécution est évidemment le point culminant (paroxysme) de l’angoisse. Quel peut être ce risque ?

 

L’unanimité des avis semble concerner les fameuses « fausses notes ». Quel est l’enjeu ? Selon le contexte (jeu isolé, type de publics, niveau de difficulté, etc), les « juges » (soi-même, public, jury) seront plus ou moins enclins à pardonner une défaillance, même si cette dernière est enregistrée dans le rapport d’évaluation. La fausse note peut être très manifeste aussi bien que très légère, et parfois passer inaperçue (attaque du son moins franche, sonorité moins claire, son un peu étouffé ou plus creux, légère altération de qualité, léger affaiblissement de son volume). Il ne faut donc pas se « démonter » lorsqu’elle survient, et continuer d’exécuter en maintenant son niveau de concentration et sa régularité de jeu (homéostasie) : un bon et habile « rattrapage » entraîne souvent l’indulgence, voire l’ignorance du fait (rapporté à la qualité d’ensemble du jeuou à celui des concurrents). Un jeu comportant une ou deux « faiblesses » (mais impeccable le reste du temps) est préférable à un jeu sans autres faiblesses particulière (mais de qualité approximative pendant sa durée) ...

 

La maîtrise de la concentration, aussi bien qu’une préparation mentale à l’exécution, peuvent aider à surmonter ce stress (penser au soulagement « post-opératoire »). Ceci nécessite, au moins dans un premier temps, d’être seul : cet isolement est facilité si l’on peut disposer d’une salle de répétition. Un bon travail technique préalable aura enfin un effet positif (contribution à la réduction du stress et à l’optimisme).


 

֍

֍        ֍

 

Chapître 10. Création musicale et exécution instrumentale

 

10.1. Les techniques (numériques) modernes

 

Ces techniques permettent :

 

            (a) un entraînement sérieux et rigoureux : en procédant à divers enregistrements de son propre jeu (magnétophone, etc), on peut tester sa qualité (exécution) ;

 

            (b) de simuler un contexte de jeu comparable à celui en grandeur réelle : ce contexte permet, en outre, de ressentir moins de stress et de mieux se concentrer sur la technique.

 

10.2. De nombreux outils sont proposés gratuitement sur la toile : logiciels d’édition musicale, partitions (en formats « image » ou « PDF »), ou encore fichiers en format MIDI (les « puristes » pourront ignorer ce qui suit).

 

10.2.1. La norme MIDI (musical instrument digital interface) permet le transfert et la portabilité de contenus musicaux sous forme numérique (séquenceur MIDI).

 

Un fichier MIDI est généralement très léger. Il représente, sous forme numérique, l’ « image d’une partition musicale » plus ou moins complexe (simple ligne mélodique, traits d’orchestre). Le nombre de voix pouvant être géré est de 16 voix ou davantage. Cette norme permet donc, dans une certaine mesure, de « représenter » une partition d’orchestre comportant au moins 16 « instruments ». Une ligne instrumentale (ou « voix ») se réduit ainsi à 3 variables principales (cf Annexe 16, numérotation des octaves, tessiture) :

 

            (a) le timbre (de l’instrument), qui est sa spécificité acoustique et justifie sa spécificité artistique (rôle au sein d’un ensemble) ;

 

            (b) la hauteur (fréquence) du son (numérique) ;

 

            (c) la durée de ce dernier.

 

Les limites de cette norme tiennent à la qualité du son : le timbre obtenu pour chaque instrument est numérique, donc assez pauvre (des perfectionnement sont attendus sur ce point : échantillonnage d’instruments réels ou de voix réelles). De plus, il n’est pas toujours possible ni aisé de réaliser, avec certains logiciels disponibles, diverses nuances : dynamique sonore (piano ou forte, crescendo ou decrescendo), effets spéciaux (vibratos, certains types de glissandi, etc).

 

Cependant, cette norme suffit largement pour un entraînement.

 

10.2.2. Il existe divers logiciels d’édition de partitions qui gèrent aussi la norme MIDI. Certains sont gratuits (ou commerciaux, avec une version gratuite mais limitée) : NotePad de Finale Music, MuseScore, NoteWorthy Composer, Cakewalk express (ancien), LilyPond (descripteur de partition par language de programmation, donc non wysiwyg), Linux multimedia studio, Magix music maker, etc. D’autres logiciels sont commerciaux : Pizzicato, Sibelius, etc.

 

Ces logiciels, permettent non seulement de créer des partitions à plusieurs voix (instruments usuels d’un orchestre, voix d’une chorale), mais aussi d’importer et d’exporter des fichiers MIDI :

 

            (a) l’importation permet de transcrire les informations MIDI en partition éditable, que l’on peut modifier selon les besoins. Ainsi, on peut séparer la partie de trompette (ou une mélodie d’intérêt : autre instrument, chant, etc) et la partie d’accompagnement (qui n’est autre que l’ensemble des autres « voix » de la partition d’ensemble). La partie de trompette peut, le cas échéant, être transposée (eg trompette en Eb ou D) avant d’être imprimée sous forme de partition habituelle ;

 

            (b) l’exportation permet de créer des fichiers MIDI : la partie d’accompagnement, extraite de la partition d’ensemble, peut être « exportée » en un fichier MIDI « allégé », qu’il est possible de transformer en fichier son usuel (eg natif WAV ou échantillonné en MP3, OGG-VORBIS, etc). Cette possibilité est particulièrement intéressante pour jouer en simulant un accompagnement avec d’autres instruments (ou même avec un orchestre standard), même si cet accompagnement n’est que « numérique » ; elle contribue aussi à améliorer la discipline personnelle (rythme, coordination, etc).

 

En particulier, Finale NotePad (privilégié ici) contient (dans sa version portable 2011 ou sa version 2012) de nombreuses voix (donc timbres, donc instruments). Ce logiciel est de prise en main aisée, et permet de progresser dans de bonnes conditions. C’est avec ce logiciel que les exercices ont été écrits et mis en format MIDI. Cependant, ses fonctions sont limitées ou peu explicitées (ie mal ou non documentées) : changements d’armure, écritures diverses (glissandi, etc).

 

Enfin, tous les logiciels précédents permettent d’écouter des parties écrites, donc de faciliter le décryptage de partitions complexes (rythmes, imbrication).