Réflexions sociologiques et économiques générales

(20 / 05 / 2015)

 

version provisoire

 

Mots-clefs : domaine de connaissance, phénomène, observation, modélisation, système statistique, production statistique, Statistique

 

1. Une description de la situation planétaire en début de troisième millénaire

 

1.1. Problèmes démographiques

 

On peut estimer que la population mondiale (# 7 Gh) est excessive par rapport aux ressources disponibles : son « explosion » est très visible depuis l’après seconde Guerre mondiale.

 

Cette population est très inégalement répartie sur le tiers de la surface du globe recouvert par les terres. De même, les diverses ressources exploitables sont inégalement réparties (y compris sous-marines). Cet état des choses comporte, en lui-même, (et a d’ailleurs entraîné ces dernières années) une compétition internationale exacerbée (risques de belligérances ?).

 

1.2. Problèmes biologiques et sanitaires

 

Ces problèmes sont à la fois récurrents et permanents. Ainsi, on peut observer :

 

(a) une certaine difficulté d’éradication de maladies endémiques ou à épidémiologie forte : virus ebola, HIV, etc ;

 

(b) l’émergence de pathologies « nouvelles », soit par évolutions / mutations génétiques (dont celles dûes à l’homme : enrichissement des sols, traitements contre diverses maladies végétales ou animales, nourritures animales et ESB, OGM, clônages génomiques, etc), soit par changement des conditions de vie générales (urbanisation, comportements de nutrition et maladies métaboliques, etc) ;

 

(c) une moindre efficacité de certains traitements biologiques à but thérapeutique : antibiorésistances, transformations virales, etc.

 

1.3. Aspects écologiques

 

(a) il existe d’abord des difficultés d’observation, donc de modélisation, de nombreuses populations animales (non domestiquées). L’appréciation de leur situation générale (démographie et migrations, adaptation aux milieux) en est donc rendue plus difficile ;

 

(b) on peut observer une surexploitation de nombreuses composantes de la flore (déforestations), mais aussi de la faune (eg animaux marins : requins, etc).

 

1.4. Sociologie (économie, géopolitique)

 

De façon résumée, donc sommaire, on constate l’existence de structures « anormales » ainsi que de dysfonctionnements généralisés et permanents.

 

(a) dans les pays « pauvres », le secteur primaire est généralement très important, le secondaire est relativement faible (ressources naturelles « rares » ou moins rares) et le tertiaire est faible ou, dans le meilleur des cas, d’importance moyenne (tourisme). Chroniquement, nombre de ces pays sont tributaires des achats en produits du secondaire effectués par les pays tiers : or, on sait que les cours mondiaux (matières premières) sont traditionnellement très fluctuants et perturbent le développement ;

 

(b) dans les pays « riches », le secteur primaire est faible, le secondaire s’amenuise (externalisation / délocalisation) et le tertiaire est pléthorique. D’où une fragilité chronique dûe à cette pyramide inversée qui, de plus, est très plate. Autrement dit, les emplois tertiaires sont des emplois à risque.

 

            (c) de nombreux besoins paraissent inessentiels, superflus ou illusoires. On assiste même, dans certaines zones défavorisées (banlieues, régions ou pays) à un renversment des valeurs entre biens « primaires » (logement, alimentation, santé), qui ont plutôt un contenu matériel, et biens « tertiaires » (électronique portable : téléphonie, GPS, tablettes, micro-ordinateurs ; activités culturelles hyper-développées), biens sur lesquels s’accrochent de nombreux services (notamment assurantiels ou encore commerciaux).

 

La société de consommation est omni-présente, et aveuglément présente, et le consommateur est considéré comme le décideur « ultime », maître de sa consommation comme de la structure de celle-ci. Sa demande crée (ou plutôt exacerbe) l’offre de divers services qui peuvent paraître « futiles ». Il est vrai, aussi, que, du côté de l’offre, l’extrême diversification des produits (eg modèles automobiles, variétés de mobiles ou portables, d’habillements, etc) contribue en outre à des pertes d’échelle. On peut même se demander si l’ampleur de cette diversification réussit malgré tout à « satisfaire » ce même consommateur (cf les « quasi-produits » des économistes).

 

            (d) partout, des ressources « non gagées » sur des « besoins » réels, donc sur des biens ou services réels, sont créées artificiellement. Parmi ces moyens, les instruments monétaires et financiers devraient jouer un rôle utile. Or, on constate que leur fonctionnement entraîne souvent des dysfonctionnement importants ou même, sans remonter au black friday, des crises sérieuses (cf réflexions sur la crise financière de 2007).

 

Cette situation favorise un accroissement de la compétition (lutte ?) relative à divers approvisionnements « stratégiques » : notamment, les énergies fossiles (pétrole, gaz), divers éléments naturels radioactifs, ou encore des métaux rares (or, platine) à usage industriel (dont l’électronique).

 

2. Pronostics et degré de vraisemblance

 

2.1. L’évolution des ressources

 

De nombreuses incertitudes affectent l’appréciation de la situation, lesquelles concernent aussi bien :

 

(a) les ressources non renouvelables, notamment les produits rares ou se raréfiant ;

 

(b) les ressources renouvelables, notamment celles qui sont excessivement exploitées.

 

Pour ces dernières, l’équation de capital par période s’écrit :

 

K = K-1 + R - E,

 

K = capital ressources renouvelables en fin de période, R = renouvellement durant une période, E = exploitation durant une période, avec E >> R. Par suite, la durée de vie attendue de K (en nombre de périodes) vaut, dans le cas d’une évolution stationnaire :

 

d = K / (E - R).

 

Ainsi :

 

* si K représente les réserves mondiales prouvées de pétrole, on estime que d Î [30 ans, 50 ans], compte tenu de nombreuses incertitudes d’évaluation (notamment pour des raisons techniques ou de confidentialité politique) ainsi que du rythme d’exploitation lié aux activités économiques mondiales ;

 

* si K représente le stock (mesuré à l’aide d’unités admises : nombre d’arbres, surface occupée) de l’écosphère forestière en Amazonie, on estime que 1/5 de la surface a été exploitée (ie transformée en terres agricoles) en 40 ans (entre 1970 et 2010). Ceci impliquerait une durée de vie résiduelle d’environ d = 160 ans, selon une extrapolation rapide fondée sur l’exploitation « moyenne » passée. Compte tenu de l’accélération des évolutions économiques, on peut penser que ce type d’évaluation est largement optimiste.

 

2.2. L’entreprise : une entité fondamentale, cependant étouffée

 

C’est naturellement l’entreprise qui est au coeur de la création de richesses. Elle est d’ailleurs à la croisée des marchés les plus cruciaux pour une nation : débouchés (offre de produits, ie de biens et services), achats de produits auprès des fournisseurs (demande), marché du travail (demande d’emploi salarié), marché des biens d’équipement (demande en investissement), marché des capitaux (besoins financiers couverts par des titres divers), marché monétaire (situation vis-à-vis du système bancaire), etc.

 

Or, de plus en plus, y compris dans les pays « riches », l’entreprise est asphyxiée par diverses actions.

 

(a) d’abord la fiscalité. En France l’entreprise collecte la TVA pour le compte de l’Etat (puisque le consommateur subit l’incidence fiscale). La TVA est évidemment la première des ressources de l’Etat (fiscales ou non fiscales). L’entreprise verse aussi l’IS en fonction des résultats réalisés pendant chaque exercice (on négligera ici les autres impôts, ainsi que les impôts spéciaux comme la TIPP).

 

(b) ensuite, le système général de réglementation lui-même. Cette réglementation est aujourd’hui d’une complexité telle que les professionnels du droit peinent eux-mêmes à gérer le maquis juridique généré par elle : l’éventail est à la fois dans la diversité des domaines dans lesquels le droit intervient, dans la diversité des règles de droit mises en jeu (internes : lois et décrets, voire ordonnances, arrêtés émis aux différents niveaux géographiques ; et externes : directives et règlements européens, conventions internationales, etc), donc dans la diversité (hiérarchique, géographique) des juridictions concernées.

 

Un exemple de contrainte typique est celui des normes techniques, imposées aussi bien au niveau des conceptions qu’au stade des fabrications. Leur nombre a explosé depuis la fin des Trente glorieuses.

 

Un autre exemple est celui de l’obligation d’informer : celle-ci est omniprésente et de plus en plus présente. Une notice de médicament contient, aujourd’hui, tellement d’informations plus ou moins compréhensibles, voire même, pour certaines, inquiétantes, qui conduisent certains patients à renoncer à appliquer la prescription (ce qui entraîne évidemment des coûts individuels et collectifs accrus).

 

Certes, ces évolutions, aussi bien que ces exemples, procèdent d’un réel progrès, notamment pour le consommateur. Mais leur invasion semble rendre certaines entreprises de plus en plus frileuses ou craintives : on assiste ainsi au « gel », ipso facto, des initiatives, du dynamisme et de la compétitivité (notamment extérieure).

 

L’Etat semble parfois prendre conscience de cet accroissement de complexité, qui étouffe l’activité économique (donc aussi sociale) dans son ensemble. Mais les intentions d’allègements se sont traduites, dans les faits, par des actions demeurées bien timides. De même qu’une pieuvre lache son encre, de même le foisonnement dans tous les sens

 

En clair, on continue à développer un esprit de système, et l’on manque de la pertinence nécessaire pour simplifier à bon escient : absence de principes généraux, directeurs et simples, et (mais) profusion d’exceptions de toutes sortes dans tous les domaines (cf eg le CGI, etc). On est loin des coutumes codifiées par Justinien (« institutes ») puis au Moyen âge, ou des codes napoléoniens, etc.

 

Mieux vaut pourtant une technocratie compétente qu’une bureaucratie accablante et tatillonne, secrétant des règles de fonctionnement parfois irréalistes.

 

Au vu des remarques qui précèdent, il n’est guère étonnant que l’on observe de nombreuses mésinterprétations et erreurs, des manques de transparence et de traçabilité ...

 

2.3. Progrès technique et scientifique

 

On distinguera le progrès technique du progrès scientifique, ces deux formes étant souvent confondues (à tort).

 

Le progrès technique peut permettre à la science d’avancer : il ne constitue donc pas un « butoir » pour cette dernière. D’autant que les avancées technologiques ont connu une forte accélération depuis plusieurs décennies : sondes spatiales sophistiquées, réseaus satellites météorologiques, observations séismologiques, imagerie et autres modes d’investigation médicales (RMN, etc), matériels électroniques divers, etc.

 

Cependant, celà ne signifie pas que la science, au sens de compréhension des phénomènes étudiés, ait, elle-même, progressé. Comprend-on vraiment mieux aujourd’hui l’essence de la matière, l’origine de l’univers (connu), la genèse des cancers, celle des maladies « négligées » (maladies qualifiées d’orphelines), certaines mutations biologiques, etc ?

 

D’autre part, il semble qu’une dualité conduise à « séparer » la qualité du travail technique entre compétence et amateurisme. Il n’est pas rare d’observer des erreurs de conceptions manifestes dans de nombreux domaines : urbanisme, voies routières, équipements divers (professionnels ou ménagers), etc. Ainsi, certains modèles de véhicules routiers (ou d’appareils électro-ménagers, etc) possèdent des défauts que n’avaient pas ... leurs propres prédécesseurs chez le même constructeur.

 

3. L’enjeu, le temps et les mesures nécessaires

 

Les quelques décennies à venir posent donc un redoutable défi : celui consistant à résoudre « rapidement » les problèmes majeurs décrits ci-dessus.

 

On ne mettra pas l’accent sur le type de mesures généralement prises actuellement par les sphères politiques nationales ou internationales : eg mesures visant à changer divers comportements jugés néfastes (écotaxes, écosubventions, limitation des naissances, etc). Leur vitesse semble aujourd’hui trop lente par rapport aux évolutions, tant constatées qu’anticipables, retracées dans ce qui précède.

 

On n’entrevoit, à ce stade de la réflexion, qu’une seule possibilité : le progrès scientifique. Seul ce progrès semble être en mesure de résoudre ces problèmes de fond : on ne peut que passer par lui, si l’on ne veut pas (a) d’une part, calfeutrer la société mondiale en couvrant les murs de protection d’emplâtres vulnérables, à la « façon » politique classique, et (b) d’autre part, résoudre ces problèmes, surtout de façon rapide et aussi définitive que possible.

 

Or, un préalable au progrès scientifique est celui des formations de base :

 

(a) d’un côté, la formation portant sur les différents domaines de connaissance concernés ;

 

(b) de l’autre, la formation à la Statistique et à ses méthodes.

 

Ces apprentissages demandent du temps, et peut-être est-il déjà trop tard ...