INTRODUCTION

(14 / 05 / 2010)

 

L’objet de ce site est, d'une part, de recenser les lieux, situés en France ou dans le monde, dont le nom (toponyme) est Montfort, Monfort, ou une forme équivalente. D'autre part, ce nom se trouve être aussi porté par des personnes (antroponyme), et l'on peut vouloir en étudier la répartition géographique. On est ainsi logiquement conduit à comparer les deux cartes qui résultent de ces comptages.

 

Ce nom est d'abord un nom de terre (fief, tenure, abergement, manse, etc), ou nom d’origine, dont la valeur est descriptive : il indique une élévation - simple motte féodale, colline ou même montagne - qui, à une certaine époque, a été fortifiée. Ce nom est donc de construction latine : les textes anciens contiennent les formes mons fortis, montis fortis, de monte forti, apud montem fortem, etc. L'antroponyme correspondant a été attribué à partir de ce toponyme. Ces deux dénominations apparaissent surtout à partir de la seconde moitié du XIème, principalement dans les écrits (chroniques, chartes). La plupart des toponymes se fixent entre cette époque et le XIIIème, soit pendant environ deux siècles et demi.

 

D'autres noms évoquent aussi une situation en hauteur : Môle ou Molard (Mollard) en Savoie ; Puy, Pog, Pech, Puech, ou Puig dans le Midi ; Roc, Roche ou Roque en divers lieux. Ont ainsi été dérivés les noms suivants, qui décrivent une élévation à valeur militaire : Rochefort (Morbihan, Rhône, Savoie, Yvelines, etc) ou Roquefort (Bouches du Rhône, Gers, Landes, etc).

 

Ce faisant, on rejoint aussi l'histoire des familles, car nombre d'entre elles ont reçu leur nom à partir des lieux répertoriés, ou, à l'inverse, ont pu avoir donné leur propre nom à ces lieux. On peut donc aussi juger intéressant, voire insolite, de recueillir des informations sur les « objets » liés à ces lieux ou à ces familles : monuments (châteaux, églises ou chapelles) et objets divers (gravures, peintures, sculptures, vitraux, etc).

 

L'ordre de présentation adopté dans l'ensemble de ce travail suit :

 

* en France, soit la numérotation des départements et, pour chacun d’eux, l’ordre alphabétique des communes concernées, soit l’arborescence « région – département – commune » (carte géographique).

 

* à l’étranger, soit les pays et les villes correspondantes, soit l’arborescence « pays – province – ville » au bout de laquelle ce nom figure comme toponyme.

 

0. Introduction

 

0.1. Antroponymie

 

De façon assez large, on admettra que la période pendant laquelle les antroponymes se sont fixés sur les individus ou leurs familles s’étend du Xème au XVème. Cette attribution de nom est, au départ, coutumière puis, beaucoup plus tard, avec l’instauration d’un état civil, elle s’est fixée sur les personnes. Les noms ont donc commencé à être attribués aux personnes dès avant le XIIIème, et ils se sont « stabilisés » dans les écrits dès que l’ « état civil » a réellement commencé à être appliqué : vers le milieu du Moyen Age (an Mil) pour les familles nobles (nombre de chartes individualisées commence alors à apparaître), et à partir de l’ordonnance de Villers Cotterêt (1539) pour l’ensemble de la population (état civil paroissial : baptêmes, mariages, sépultures).

 

Trois grandes catégories de noms (antroponymes) ont été attribués aux personnes :

 

* les noms d'activité (métier, profession ou fonction). Forgeron en est l'exemple le plus classique (avec ses nombreuses variantes : Faber, Fabre, Fabri, Fabrizzi, Fèvre, Faure, Fauré, etc), ainsi que Boulanger, (Le)Tailleur, Tisserand, (Le)Marchand, etc. On rencontre aussi des noms tels que Létendart (porte drapeau), Prévot, Provost, Proust (prévôt), Bouteiller, Cavelier (préposé aux écuries, cavalier), (Le)Comte (homme du comte), etc ;

 

* les surnoms, qui décrivent les caractéristiques particulières (physiques, morales, etc) que l'on peut rencontrer sur un individu. Parmi les noms d'apparence physique figurent la taille (Legrand, Petit), la corpulence ((Le)Gros, Léger), le teint de la peau ((Le)Brun, etc) ou la couleur des cheveux (Leblond, Leroux, etc). Lesage, Lebon, Ledoux ou Vaillant sont des noms traduisant plutôt un trait de caractère individuel. Ainsi, le nom de Lefort peut se réfèrer soit à une capacité physique (force hors du commun), soit à une forte personnalité (courage, détermination) ;

 

* les noms de lieu ou d'origine : Paris, Delisle, Fougères, Lallement, Lenorman, Debeauvoir, etc. C'est ce type de nom qui est concerné dans cette monographie.

 

L’antroponyme Mon(t)fort (et ses variantes) est ainsi typiquement issu d'un toponyme.

 

0.2. Répartitions

 

Si l'on se restreint au territoire français, les divers lieux où ce nom peut être trouvé peuvent, de façon naturelle, se classer par département.

 

On peut donc en déduire, d’une part, une carte départementale des noms de lieux (toponymes) et, d’autre part, une carte départementale des noms de personnes (antroponymes). L'observation du toponyme conduit à affecter une variable indicatrice (1 ou 0) selon l'occurrence départementale du toponyme ; l'observation de l'antroponyme conduit à affecter un nombre de personnes concerné. Cependant, ni le calcul statistique, ni la superposition  des deux « cartes » ne révèle une quelconque corrélation : autrement dit, la répartition de l'antroponyme est (globalement) indépendante de celle du toponyme.

 

Cependant, un toponyme ne se déplace pas (ou peu : nom de terre transmis par un individu), tandis qu'un antroponyme peut largement se mouvoir dans l’espace depuis l'époque de son apparition (Moyen Age), phénomène conduisant à relâcher de la sorte une éventuelle corrélation initiale. Les exceptions possibles seraient situées en Ile de France (Montfort l'Amaury), Bretagne (Montfort sur Meu), Rhône Alpes (Savoie et Haute Savoie), où ces noms de lieu correspondaient à des fiefs importants (comtés, notamment), et où, en même temps, le nom de personne possède une forte prévalence.

 

Ainsi, on observe que l’antroponyme Montfort et ses équivalents sont très massivement implantés en Bretagne, surtout dans le Finistère, puis, mais de façon beaucoup moins marquée, en Ile de France et en Savoie. Ce qui surprend en Bretagne, c'est la très forte adhérence du nom dans l'Ouest (Finistère) de ce nom de construction latine.

 

0.3. Une singularité

 

On peut donc naturellement rapprocher l'antroponyme des villes de Montfort (anciennement Montfort la Cane, puis Montfort sur Meu) en Ille et Vilaine (35), et de Montfort l'Amaury dans les Yvelines (78), département ayant connu une forte immigration bretonne durant des siècles. Ces deux villes correspondent, on l'a noté, à d'ancienne seigneuries qui ont, en leur temps, joué un rôle important (comtés), même si leur population peut aujourd'hui (année 2010) sembler modeste (plus de 3 000 habitants à Montfort l'Amaury, plus de 5 000 à Montfort sur Meu).

 

* Deux hypothèses initiales peuvent a priori être examinées :

 

H1 : tous les noms de Montfort et assimilés, actuellement portés en France, sont des noms de familles ayant dans le passé occupé ces terres ;

 

H2 : les familles ayant, au Moyen Age, porté ce nom dans ces mêmes lieux, ont eu une fécondité (pour parler comme les démographes) spécifique, très supérieure à la moyenne, expliquant par là une descendance fertile (y compris les naissances « illégitimes ») ainsi qu’une longue survivance de cet antroponyme.

 

Mais de telles hypothèses semblent assez peu vraisemblables. Il faudrait aussi, pour être encore plus rigoureux, étudier en parallèle la situation d'autres antroponymes de même construction, c'est-à-dire issus de toponymes à valeurs descriptive (Beaumont, Caumont, Roquefort, etc). En particulier, ceux tirés du pays gallo (eg Montauban, Fougères, Redon, etc) auraient pu avoir connu la même histoire (c'est-à-dire suivi la même trajectoire événementielle), mais cette hypothèse d’antroponymie comparative est à prouver.

 

* Beaucoup de noms de personnes sont des noms de provenance, ou noms d'origine. Concernant la Bretagne, une hypothèse très plausible serait qu'une population suffisamment nombreuse d'individus - non nécessairement liés entre eux par le sang :

 

** aurait primitivement émigré depuis Montfort en Bretagne vers l'Ouest (Finistère, du latin finis terrae, signifie le bout de la Terre) ;

 

** s'y serait implantée et aurait ensuite diffusé dans toute la Bretagne ;

 

** enfin se serait établie en Ile de France (quartier du Montparnasse, Yvelines, etc), notamment aux XIXème et XXème.

 

C'est donc au moment de l'implantation initiale dans l'Ouest breton que le nom de Montfort se serait, de façon coutumière, fixé sur ces familles (les nouveaux arrivants se voyant usuellement attribuer le nom de leur village d’origine). Les raisons d'une migration aussi massive peuvent aisément s'imaginer. Les trois facteurs classiques sont les belligérances, les difficultés (sous-production avec famine) ou opportunités (emplois) économiques, les pathologies (épidémiques ou endémiques : pestes, tuberculose pulmonaire, etc).

 

En Bretagne, la prévalence actuelle du nom de Mon(t)fort comme nom de personne résulterait ainsi d'un exode massif au Moyen Age, depuis l’Ille et Vilaine en direction de l’Ouest, et en particulier vers le Finistère. Ce fait pourrait sans doute aussi être révélateur d’une fécondité élevée ou d'une moindre mortalité (familles bénéficiant de taux de survie plus importants que la moyenne).

 

Un schéma explicatif tel que le précédent devrait donc faire l'objet d'une étude de validation.

 

1. Sur les différentes graphies du nom de Montfort

 

On a admis que les noms de personnes existant en France se sont fixés autour du XIIIème (oralement depuis longtemps déjà, mais surtout dans les écrits) soit, de façon large, entre les Xème et XVème, puis se sont stabilisés (Dauzat, Longnon, etc). Les noms de lieu ont dû connaître ce phénomène plus tôt (précédence du toponyme relativement à l'antroponyme), de même que les noms de familles notables (noblesse ou personnages célèbres). En effet, la description de leurs lieux de vie par les autochtones eux-mêmes pouvait leur servir de repères dans leurs déplacements : ainsi, dans un village, « Dupont » pouvait faire référence à une famille logeant près « du » pont, de même que « chef » de ville indiquait probablement un logis situé à l’entrée du village.

 

Lorsque les noms ont commencé à être écrits, bien avant la systématisation de l’état civil (XVIème), la transcription se faisait généralement de façon « phonétique ». L’existence de graphies variables dans le temps (actes contenus dans des cartulaires religieux successifs) comme dans l’espace (accents, prononciations et dialectes régionaux) peut ainsi s'expliquer.

 

En France, il existe deux formes principales de ce nom (avec, ou sans, particule) : Montfort (forme toponymique la plus répandue) et Monfort (forme anthroponymique aussi fréquente que Montfort). La disparition du « t » entre les consonnes « n » et « f » correspond à ce que les linguistes appellent l' « amuissement » (affaiblissement puis extinction) de la consonne intermédiaire. En effet, notamment sur les chartes anciennes ou sur les sceaux nobiliaires qui leur étaient appendus, on peut trouver les formes latines nominative mon(ti)s fortis, ablative (de) monte forti, ou même accusative « apud montem fortem », avec séparation ou accolement du substantif et du qualificatif. Par suite, le « s » (de prononciation moins dure que le « t ») de Monsfortis pourrait avoir abouti à Monfort, tandis que le « t » de Monte Forti ou de Montem Fortem aurait pu s’être maintenu sous la forme Montfort. Mais ceci reste à prouver.

 

 

 

Troisième déclinaison latine

Deuxième classe

 

mons, montis

fortis

 

singulier

pluriel

 

singulier

nominatif

mons (montis)

montes

nominatif

fortis

vocatif

mons (montis)

montes

vocatif

fortis

accusatif

montem

montes, montis

accusatif

fortem

génitif

montis

montium

génitif

fortis

datif

monti

montibus

datif

forti

ablatif

monte

montibus

ablatif

forti

 

Cette analyse peut d'ailleurs se transposer à d'autres noms formés de la même façon : Mon(t)blanc, Mon(t)brun, Mon(t)ceaux, Mon(t)cel, Mon(t)cey, Mon(t)clar, Mon(t)court, Mon(t)cuq, Mon(t)faucon, Mon(t)ferrand, Monflanquin, Mon(t)gaillard, Mon(t)jardin, Mon(t)laur, Mon(t)pezat, Mon(t)sec, Mon(t)ségur, etc.

 

Les modes de prononciation locaux (dialectes ou patois) ont, en outre, influencé l'orthographe à différentes époques, donc plus ou moins favorisé l'amuissement précédent. Dans les documents écrits (état civil ancien, cartes géographiques ou cadastrales, gravures ou peintures), ou sur certaines objets (inscriptions sur charte lapidaire ou sur pierres tombales), les deux formes orthographiques coexistent, parfois dans la même oeuvre.

 

L'état civil ancien n'a guère été réellement appliqué avant le milieu du XVIème : ordonnance de Villers Cotterêt(août 1539), promulguée par François Ier. Le clergé se voit alors attribuer une fonction d'office ministériel. Cette ordonnance impose le français (au lieu du latin) dans les actes judiciaires et notariés, ainsi que la tenue de registres de baptême par les curés des paroisses. C’est l’origine des trois registres (baptêmes, mariages, sépultures) existant avant la Révolution.

 

Les enregistrements, effectués par les clercs à l'occasion d'un baptême, d'un mariage ou d'une sépulture, résultaient d’une information de type déclaratif ou testimonial, car fondée principalement sur les dires des personnes concernées. Ils étaient donc basés sur des phonèmes et pouvaient conduire à des graphies variables au sein d'une même famille. Cette variation, parfois forte, peut rendre délicates les recherches généalogiques (construction d'arbres avec imputation de paternité, de patrimoine, etc).

 

D'autres formes, mineures ou étrangères, du nom ont été trouvées : Monforts (Royaume Uni), Muntfort et Montfurt (Normandie), Monforte (Espagne, Italie), Moutfort (Luxembourg), Starckenberg ou Sterkeberg (Autriche, Israël). Par ailleurs, l’antroponyme anglo-saxon Mountford peut se relier à ce nom, dans la mesure où il semble correspondre à une prononciation ayant altéré le nom de Montfort : une alternative signifiant « gué de la montagne » semble peu plausible.

 

Tous ces noms désignent ainsi une élévation fortifiée, qu'il s'agisse d'une motte féodale naturelle ou artificielle, ou d'une colline, ou encore parfois d'une véritable montagne. Les interprétations de ce nom faites par divers spécialistes (Dauzat, etc) n'évoquent jamais une force physique inusitée possédée par un individu : dans ce cas, on rencontrerait plutôt des noms tels que Fort ou Le Fort (Lefort). Par ailleurs, « fortis », qui signifie aussi « courageux », se référait plutôt à la force morale au Moyen Age : ce qualificatif (Simon le Fort) a d'ailleurs été appliqué à Simon IV de Montfort l'Amaury.

 

On peut enfin citer des noms à valeur militaire, plus ou moins synonymes de Montfort, comme Rochefort ou Roquefort, Roccaforte, Sterkeberg, Starkenberg, etc.

 

2. Répartition départementale des toponymes par type

 

Cette monographie sur les lieux portant le nom de Montfort, ou des noms équivalents au plan de la graphie (Monfort, Monforte, etc), cherche à être exhaustive : un dénombrement de ces lieux est alors possible.

 

Ces différents lieux où Montfort apparaît peuvent être classés selon le mode d'apparition de ce nom. En effet, divers niveaux d'approches peuvent être utilisés, selon la nature de l'information portant sur ce toponyme. L'approche la plus étroite se borne à inventorier les seuls toponymes « anciens » (médiévaux donc) liés à une fortification militaire. A l'inverse, l'approche la plus large ne se limite pas au seul toponyme : les lieux où le nom de Mon(t)fort apparaît peuvent alors concerner des « informations » de nature différente.

 

On a ainsi répertorié, de façon de plus en plus large, trois niveaux d’analyse possibles :

 

1.1. Au sens étroit, le nom évoque la valeur « militaire » du lieu. Les noms de châteaux, construits à différentes époques, en constituent l’illustration la plus claire, surtout au Moyen Age, voire à la Renaissance.

 

La date de premier établissement (édification) possède un intérêt évident. A l'époque romaine, les premières places fortifiées étaient des camps militaires (castrorum), tantôt en bois, tantôt en pierre. Après les grandes invasions des Vème-VIème siècles, suivie d'un certain déclin, et à la suite des organisations Mérovingienne et Carolingienne, ce furent, le plus souvent, des constructions en bois (IXème-Xème), parfois appelées châteaux de terre : le principe est de construire une fortification avec des palissades sur une éminence, parfois artificiellement constituée (motte). D'où un certain nombre d'appellations en Palis, Lapalice, Plessis, etc.

 

La plupart des monuments ayant souvent été reconstruits à différentes époques, la période « classique » et le XIXème ont été ajoutés à cette catégorie.

 

Ces divers lieux, dans lesquels on trouve souvent des traces de constructions militaires (bastion, châteaux forts, villes fortes), s’imposent naturellement à raison de la signification du nom. C’est le « noyau dur » d'une étude toponymique de ce genre.

 

1.2. Une acception plus étendue ajoute aux toponymes précédents des noms de villes (communes) ou de simples lieux-dits.

 

Certains ont une origine assez claire, tandis que d’autres n’ont pas pu être expliqués jusqu’ici. Ainsi, en Seine et Marne (77), Thomery semble avoir comporté des forts sur ses hauteurs (cartes anciennes), mais la preuve n'est pas encore complète. Dans le Tarn (81), Mazamet possède une rue ainsi qu'un écart situé à l'Est, dont l'origine n'a pas été élucidée. Dans l’Yonne (89), Montigny la Resle contient un château dont le nom ne semble pas justifié par une raison militaire (château de plaine, d'époque apparemment récente) mais probablement délibérément attribué dans le passé par l'un de ses propriétaires. Ceci pourrait aussi être le cas de La Bastide de Montfort (ancienne généralité de Toulouse), toponyme aujourd'hui disparu, mais existant encore au début du XVIIIème (recensement de Saugrain l'Ainé).

 

L’origine de ces noms n’est pas encore éclaircie, même si elle semble parfois être féodale : Montfort dans le Maine et Loire (49) a pu connaître une éphémère fonction militaire ; St Evroult de Montfort, dans l’Orne (61), est mentionné par Orderic Vital possédant déjà ce nom à son époque (charnière XIème-XIIème). Dans la zone délimitée par St Denis, Aubervilliers, La Courneuve et Noisy le Grand, existait autrefois des parcelles nommées Montfort, et subsiste encore un rû (ruisseau) du même nom ; mais peu de documents y font référence. A Arbois, un vignoble est établi sur une terre dénommée Montfort, et il existerait depuis l'an Mil : mais aucune indication ne vient corroborer l'existence une éventuelle construction fortifiée en élévation.

 

Un « flou » commence ici à s’introduire dans l’inventaire toponymique : le toponyme subsiste aujourd'hui, ou a existé dans le passé, mais l’on ne peut guère relever de traces (historiques, documentaire, archéologiques ou architecturales) justifiant une fonction militaire. On ne peut alors qu'émettre des explications, ou plutôt des hypothèses. Ainsi, le nom peut avoir été attribué à une terre par un de ses propriétaires portant lui-même ce nom. Il peut aussi être un nom de fantaisie (Montigny la Resle ? Thomery ?).

 

1.3. Enfin, une conception la plus large inventorie tous les lieux entretenant des relations avec les lieux ou les familles précédents. Cette « relation » peut correspondre principalement à des objets (peintures, sculpture, etc), à de « lieux de vie » de divers personnages. Ainsi, des seigneurs ont fait don de vitraux (Montfort l'Amaury à Chartres, Montfort à St Jacques de Montfort) ou ont été représentés sur des tableaux (Montfort l'Amaury à Bourdeilles, Montfort sur Meu au Mont St Michel) ou des sculptures (Montfort l'Amaury dans la galerie des batailles du château de Versailles), etc. Nice a été un lieu de vie pour André de Montfort, qui fut son gouverneur et était originaire de Rumilly (Savoie).

 

Cette dernière catégorie de lieux peut, en général, être rattachée à (l’histoire) d’autres lieux et ne devraient donc pas, en théorie, être comptée à part. On l’a cependant fait, dans la mesure où il s’agit d’informations dispersées qu’il peut être utile de réunir.

 

Tableau 1. Répartition des toponymes en France métropolitaine

 

Type d'objet                  attestés   probables   Douteux   Ensemble

Châteaux forts médiévaux            20           2         3         25

Bastides                                         2         1          3

Châteaux Renaissance                                                  3

Châteaux ou manoirs récents                                           3

Lieux de vie                                                          6

Peintures                                                             4

Sculptures                                                            3

Vitraux                                                               2

Autres                                                                1

 

On doit attribuer des degrés de vraisemblance aux différentes situations rencontrées. Pour visualiser la typologie précédente, on peut dresser des cartes pour tenir compte de ce caractère plus ou moins certifié des informations.

 

Ainsi, dans certains lieux, l’origine du toponyme est sans équivoque (Ille et Vilaine, Sarthe, Yvelines). Des chroniques anciennes reprises, par exemple, dans la Gallia Christiania ou dans le Recueil des historiens des Gaules et de la France, rapportent des faits relatifs à ces lieux. Divers cartulaires ajoutent aussi à ces informations.

 

Mais, dans certains endroits, l’origine féodale peut sembler plus hypothétique : Arbois dans le Jura, Montigny la Resle dans l'Yonne, etc.

 

Les cartes ci-dessous procèdent donc à ce repérage au niveau du département. Lorsque l’un (au moins) des lieux se trouve dans un département donné, ce dernier est tout entier représenté (en noir). On ne « pondère » pas cette représentation en fonction du nombre d’occurrences des entités qui nous intéressent dans les départements. Ainsi, les Pyrénées Atlantiques comportent un seul lieu (le village de Montfort), mais seront représentés comme la Manche, qui en comporte 3 (le Mont St Michel, Rémilly sur Lozon et St James).

 

2. Localisation France entière par département

 

A. L’acception la plus stricte se limite aux seuls lieux fortifiés, ayant possédé une histoire attestée au Moyen Age ou à la Renaissance. Elle conduit à une carte des toponymes stricts.

 

Il s’agit essentiellement de châteaux, de bastides ou parfois de lieux quasiment disparus aujourd'hui. On trouve ainsi : La Colle sur Loup (06), Montfort sur Boulzane (11), Montigny-Montfort (21), Montfort (24), Clerval et Montfort (25), Montfort sur Risle (27), Monfort (32), Montfort (35, 49), Montfort en Chalosse (40), Rémilly sur Lozon (50), Le Vernet La Varenne (63), Montfort (64), Montfort le Gesnois (72), Montfort l’Amaury (78), Montfort sur Argens (83), La Neuveville sous Montfort (88), divers châteaux ou ruines (38, 73 et 74).

 

B. L'approche « intermédiaire » se restreint à des toponymes moins « authentiques » en ajoutant des informations « secondaires » (peintures, vitraux, lieux de vie, etc). On en déduit une carte des toponymes stricts et objets reliés.

 

Le Nord Ouest et le Centre Est demeurent toujours bien représentés, ainsi que les extrémités Sud Est et Sud Ouest de la France. Le Gers et le Cantal subsistent aussi de façon claire. Autrement dit, cette extension du champ n'altère guère la structure précédente de la carte.

 

C. Enfin, l’acception la plus large dresse la carte de l’ensemble des toponymes ou informations associées. Cette carte est donc plus « remplie » que les précédentes.

 

L'ensemble des lieux considérés est alors essentiellement réparti dans le Nord Ouest (Normandie, Anjou, Bretagne), dans le Centre Est (y compris les Vosges et le Rhone Alpes) et le Sud Ouest. On observe que des régions entières sont totalement exemptes de ce toponyme (Nord-Pas de Calais, Champagne, Alsace).

 

3. Répartition départementale des antroponymes par variante

 

Parallèlement, une répartition spatiale globale des noms de personne nécessite d'assimiler les noms suivants (variantes) : Monfort, Demonfort, De Monfort, De Montfort, Monforte. Ce dernier nom, Monforte, semble un nom largement d’origine méditerranéenne : on trouve en effet des antroponymes aussi bien que des toponymes analogues en Italie, Espagne et Portugal. On observe que les formes De Monforte et Demonforte n’existent pas en métropole. De même, le nom accolé DeMontfort (avec un « t » central) semble absent.

 

Les cartes décrivant la répartition de ces noms de personnes (non représentées ici) permettent de visualiser simplement leur implantation. Comme indiqué au début, on trouve, pour l’ensemble des variantes, une écrasante implantation de ce nom en Bretagne, surtout dans le Finistère : le paradoxe est que ce nom d'éthymologie latine n’avait aucune raison de se trouver en pays de langue bretonne, mais plutôt en « pays Gallo », où se situe justement Montfort sur Meu.

 

On observe alors que, sur l’ensemble du territoire :

 

(i) l’orthographe Monfort est plus répandue que celle de Montfort. Leur répartition commune concerne d’abord la Bretagne et l’Ile de France, ainsi que le département du Nord. Montfort est aussi implanté en Normandie, en Savoie et dans l’Hérault.

 

(ii) « De Monfort » (sans « t » central, avec préposition séparée) se trouve seulement en Côtes d’Armor et dans le Finistère. D'autre part, « de Montfort » est implanté en Bretagne, Ile de France, Normandie et Nord.

 

(iii) l’implantation des « Monforte » traduit, on l'a noté, une immigration, plutôt récente au regard de l'Histoire, des titulaires de ce nom : on trouve ce dernier essentiellement dans le Midi, avec une enclave en Ile de France et dans les Ardennes (emplois passés des charbonnages et de la sidérurgie, sans retour ultérieur dans le pays d’origine).

 

Ces répartitions « instantanées » ne font que retracer la situation du moment, qui résulte elle-même d’implantations et de migrations passées plus ou moins complexes. C'est donc une approche instantanée et non pas longitudinale. Ainsi, on sait que nombre de Bretons venus en région parisienne se sont installés à Paris (quartier du Montparnasse) et dans les Yvelines, ce qui peut expliquer en partie l’existence importante actuelle de Montfort en Ile de France. De même, l’attractivité des régions méridionales pour les personnes retraitées peut ipso facto induire des flux migratoires en direction des départements situés au Sud, même si ce phénomène ne revêt pas nécessairement un caractère d’automaticité.