Montfort l'Amaury

(24 / 02 / 2010)

 

3. Histoire

 

Anciennement appelé « Montpinson », le nom du village devint « Montfort » (nom de seigneur attesté en 1072). Le nom actuel de Montfort l'Amaury n'apparaît qu'au XIVème. Ce nom a été rétabli après être devenu « Montfort le Brutus » à la Révolution.

 

L’histoire de Montfort l’Amaury et des familles qui ont entretenu des rapports étroits avec cette seigneurie a fait l’objet de travaux synthétiques anciens. Le premier semble être l’ouvrage de M.J. L’Hermitte (1825). La thèse de A. Rhein (1910) fournit une nouvelle histoire centrée sur Montfort, assortie d’une généalogie de ses seigneurs et de pièces justificatives (chartes, notamment). Celle de M.A. Dor (1992) complète utilement ces écrits.

 

3.0. Remarques préliminaires générales sur les généalogies

 

Comme nombre de généalogies du Moyen Age, celles considérées ici contiennent des zones d'ombre dont il est difficile de s'abstraire. La difficulté provient généralement de l'ignorance ou de l'imprécision relatives à des dates importantes (naissance, mariage, décès), des homonymies parfois nombreuses (prénoms aussi bien que patronymes, notamment les noms de terres). Les inconvénients sont, par exemple : l'imputation à un individu (fils) d'un acte effectué par un autre (père, oncle), l'affectation à un niveau donné de l'arbre généalogique d'une branche qui peut relever d'un autre niveau, la numérotation variable des prénoms ou des titres portés par certains personnages.

 

On peut citer quelques exemples de difficultés :

 

* Simon IV est supposé être né après 1150 (1165 paraît une date probable) et décédé en juin 1218. Son troisième fils, Simon V (l'Anglais) est supposé être né au début du XIIIème (1208 ? selon Maddicott) et décède en août 1265. Les dates au plus tôt (naissances) sont donc hypothétiques (on peut les encadrer grâce à des dates relevées sur des chartes), tandis que les dates au plus tard (décès) sont certaines. Le père est donc mort en combattant, à l'âge de 65 ans au plus (âge pourtant peu vraisemblable) et de 53 au moins (âge cependant plus vraisemblable) ; le fils serait mort, aussi en combattant, à l'âge de 65 ans au plus, de 57 (?) sinon. Mais ici se trouve une autre difficulté : le fils meurt 47 années après le père (cet écart est, en outre, précis), soit la durée d’environ 2 générations. Une branche intermédiaire, non répertoriée, serait-elle passée inaperçue ? Si Simon V est né en 1208, son père aurait donc eu, à sa naissance, entre 58 ans (naissance du père en 1150) et 43 ans (naissance du père en 1165), c’est-à-dire que le fils aurait été conçu à un âge compris entre 42 et 57 ans. Celà laisse beaucoup d’incertitude ;

 

* Hugues de Montfort est cité (cf infra) parmi ceux qui ont suivi (1054) Guillaume le Conquérant et ont combattu contre Henri Ier, roi de France. Après la conquête de l'Angleterre, Guillaume l’aurait récompensé en lui donnant une centaine de manoirs. Cette information provient d'une chronique, l'Histoire de Normandie, rédigée par Orderic Vital, moine contemporain des faits. Mais les narrations de cet auteur sont parfois imprécises, d'autant qu'il cite souvent les seuls prénoms des seigneurs, ou encore il ne précise pas la région dans laquelle un nom de lieu est cité. Or il est admis que les noms de Montfort concernés dans cette histoire sont ceux de seigneuries situées dans diverses régions (au sens actuel) : Montfort sur Risle (Normandie), Montfort sur Meu (Bretagne), Montfort le Rotrou (Anjou), Montfort l'Amaury (Ile de France), voire même peut-être Montfort (Mayenne). En outre, un Montfort de Bretagne a aussi bénéficié d’un don de manoirs en Angleterre (cf Montfort sur Meu, 35 - Ille est Vilaine) : c’est Raoul de Gaël-Montfort. Enfin, Hugues (dans les chartes anciennes : Hugo, Hues, Hugonis, etc) n'est pas un prénom vraisemblable pour la maison de Montfort l'Amaury (ce serait le seul connu), tandis que des Hugues furent parmi les premiers fondateurs de Montfort sur Risle, et qu'un Hugues fut le premier possesseur de Montfort le Rotrou ;

 

* la numérotation de personnages homonymes concerne généralement ceux de sexe masculin (ligne de succession agnatique). Ceci peut cependant se faire de plusieurs façons, et l’on retrouve ces variantes dans les écrits de divers auteurs :

 

            ** une généalogie physiologique suit l'ordre des branches de l'arbre et celui des apparitions du même nom, que les alliances entre parents soient régulières ou non. Mais ceci n'intéresse guère l'historien ni, surtout, le juriste médiéviste ;

 

            ** une généalogie canonique ne reconnaît, dans l'ordre précédent, que les mariages juridiquement « réguliers » (au sens du droit canon), dissous ou non. Un même prénom peut donc apparaître dans une même descendance au premier degré lorsque des enfants nés de lits différents possèdent le même nom. En effet, les naissances ne peuvent se confondre (sauf exceptions rarissimes) entre mariages successifs. Ces critères n'intéressent l'historien que dans la mesure où des conflits de succession en sont résultés ;

 

            ** une généalogie de titulature subordonne l'ordre des personnages de même nom à l'exercice d'un titre, principalement la propriété d'un fief (terre, forêt, moulin, four, pont, etc) assortie des divers droits y afférents (revenus, péages et droits divers : passage, pacage, etc), ou de fonctions (charges diverses : gruerie, connétablie, etc). Sauf les cas de co-titulature (certains fiefs peuvent, en effet, être partagés entre plusieurs titulaires), on peut alors numéroter les homonymes d'après les dates pendant lesquelles la fonction a été exercée.

 

On peut noter que la numérotation peut suivre de façon continue une terre donnée (quelle que soit la maison titulaire) ou, au contraire, une lignée donnée (quelle que soit la terre détenue). Ainsi, des seigneurs possédant plusieurs terres ont pu avoir été numérotés différemment selon la terre considérée. Ce qui importe, c'est que les conventions de détermination des numéros par les historiens soient explicites : ceci n'est pas fréquent et interfère parfois avec des erreurs ordinaires.

 

Les maisons de Montfort et de Bretagne ont illustré ces divers avatars méthodologiques. Ainsi, à Simon IV de Montfort, comte (théorique) de Leicester, succéda son fils Simon V, dont l'un des fils, autre Simon (mort à Evesham), n'a pas reçu de numéro ; Amauri VI, le connétable, est parfois appelé Amauri V, ou Amauri VI (cf Dion, Léchauguette, etc) ou parfois Amauri VII. Jean de Montfort l’Amaury (mort à Chypre) ne s’est vu attribué aucun numéro d’ordre. En Bretagne, Jean IV succéda à Jean III, son demi-frère : or, Jean IV est parfois appelé Jean V, etc.

 

3.1. Fondation et première maison de Montfort (maison de Hainaut et descendance)

 

3.1.1. Hugues Capet (sculpture du château de Versailles), devenu roi de France, associa aussitôt (987) son fils Robert à la couronne. Il lui donna (décembre 989) Senlis, le comté de Meulan et l'Iveline. St Léger étant la résidence habituelle de Robert, celui-ci chercha à la mettre à l'abri des Normands en faisant construire 2 châteaux avancés : Montfort, sur la route de Paris, et Epernon, sur la route de Chartres. Plus tard (1065), Houdan s'intégra à ce dispositif de défense vis à vis du duché de Normandie.

 

Le magasin pittoresque (tome XXXIII, novembre 1865, page 345) décrit la fondation de la ville de la façon suivante :

 

«Le château de Montfort fut bati en même temps que celui d'Epernon, dans les dernières années du Xème siècle, par le chevalier Guillaume, parent des comtes de Hainaut, réfugié avec eux à la cour de France à la suite des révolutions de leur patrie, et resté après leur départ attaché à la fortune du jeune roi Robert, que son père, Hugues Capet, avait associé au trône de France. Son crédit à la cour lui avait fait épouser une riche héritière de la famille des chatelains de Nogent le Roi (Eure) ; mais quelque puissant que puisse être ce mariage et quel que fut son rang auprès du prince, il n'eut pu terminer seul, ni même commencer la construction de deux forteresses de premier ordre qui bloquaient le château royal de Saint Léger (en Yvelines) sans la permission et le concours du roi. Le roi Robert et Guillaume de Hainaut peuvent donc être regardés tous deux comme les fondateurs du château de Montfort. C'est ainsi qu'en 1136 Louis VI et Amaury III de Montfort bâtirent à frais communs le château de Montchauvet.

 

A peine construit dans un endroit désert, au sommet d'une colline abrupte, le nouveau château vit une ville se former sous sa protection, aux dépens des localités voisines, surtout de l'antique Méré.»

 

Robert « le Pieux » aurait demandé (995-996) à l'un de ses proches, Guillaume de Hainaut, de garder (ou de construire) 2 forteresses au Sud Ouest de la France (la « Francia » d'alors n'était guère plus étendue que l'Ile de France actuelle, avec des prolongements vers l'Orléanais au Sud et vers Compiègne au Nord).

 

Robert épousa Berthe, femme d'Eudes, comte de de Chartres. Mais un empêchement conduisit le pape Grégoire V à convoquer (997) un concile à Pavie qui excommunia le roi. Celui-ci se montra prêt, vis-à-vis du St Siège à rétablir à Reims l'archevêque Arnoul que son père, Hugues Capet, avait fait déposer sans l'accord de Rome. L'abbé de Fleury sur Loire, Abbon, fut envoyé auprès du pape et Arnoul retrouva son siège. Cependant, le roi ne répudia pas sa femme comme il l'avait promis. Un concile général lança depuis Rome l'anathème contre Robert et l'excommunication contre le prélat qui avait béni l'union.

 

Robert se décida finalement (circa 1000) à se séparer de Berthe. Peu après, il épousa Constance, fille d'un certain comte Guillaume (d'Arles ?), laquelle convia à sa suite en France de nombreux Méridionaux auxquels Raoul Glaber (ou Glabre) reprochait le relâchement des moeurs. Deux partis se heurtèrent : celui de Berthe et de son fils Eudes, comte de Blois ; celui de Constance et de Foulques d'Anjou.

 

Or le roi avait fait comte palatin (ie attaché au palais) Hugues de Beauvais (945-1008), son précepteur. Ce dernier, comte de Nogent et de Dreux et seigneur d'Epernon, était du parti de Berthe. Mais Constance le fit assassiner (1008) avec l'aide de Foulques Nerra, dont les chevaliers tranchèrent la tête de Hugues (Dreux du Radier). Ce prétexte incita Robert à se rendre à Rome pour faire annuler son mariage, mais sans succès.

 

3.1.2. Guillaume de Hainaut s'était réfugié à la cour de France avec son parent, Rainier, comte de Hainaut, que l'empereur Henri Ier d'Allemagne avait dépouillé de ses terres. Guillaume épousa N... (975-1022), fille de Hugues de Beauvais et dame (en partie) de Nogent (le Roi, 28 - Eure et Loir). Nogent avait en effet appartenu (deuxième moitié Xème) à Hugues le Grand (père d'Hugues Capet), puis à Hugues de Beauvais.

 

A la mort de Hugues de Beauvais, Guillaume de Hainaut hérita des chatellenies de Montfort et d'Epernon. Son fils, Amaury, construisit une ville au pied du château et l'entoura de murailles. Son père lui avait laissé, outre Montfort et Epernon, la garde du château de St Léger et la charge de gruyer de l'Iveline, qu'il transmit à ses descendants (cf sceaux de la maison de Montfort).

 

Entre le duché de Normandie et celui de France s'étend, à partir de l'an 1000, le domaine de Montfort, qui enserre toutefois une enclave « française » autour de St Léger en Yvelines, laquelle demeure dans le domaine royal.

 

Les seigneurs de ces régions limitrophes étaient alors des vassaux symboliques du « roi » de France, lequel est élu par eux, mais auquel ils devaient hommage. Selon les circonstances, l'attitude des seigneurs de Montfort a fluctué. Comme d’autres vassaux, ils ont d’abord cherché à assurer leur indépendance. Puis, ils soutinrent les partis les plus puissants du moment. Enfin (seulement au XIIIème), après plus de 2 siècles d'alternatives, ils se rallièrent au roi de France.

 

Pour se forger une indépendance, des forteresses furent d'abord dressées autour de Montfort, dont le château semble demeurer indemne jusqu'à la guerre de Cent Ans : à l'Ouest, contre le duché de Normandie, furent notamment édifiées les forteresses de Montchauvet, Houdan, Gambais, Epernon, Septeuil et Gressey ; à l'Est, en face des châteaux royaux, Beynes (armes de la famille de Beynes), Neauphle, Maurepas, Rochefort, St Martin de Bréthencourt formaient une autre ligne de défense.

 

Les ducs de Normandie doivent assurer leur nouveau domaine par des incursions renouvelées (911-1066). Les Montfort se rapprochent alors d'eux.

 

On cite parfois Hugues de Montfort, qui suivit (1054) Guillaume le Conquérant contre le roi de France, Henri Ier. Après la conquête de l'Angleterre, ce même Hugues y possèdera une centaine de manoirs. Mais ce Hugues appartient à la famille de Montfort sur Risle, et non de Montfort l'Amaury. C'est probablement l'histoire de Normandie, rédigée par Orderic Vital, qui est à l'origine de cette confusion. Ce texte n'est pas toujours exempt d'imprécisions, et il cite des seigneurs de Montfort dont les terres sont situées en divers endroits (vallée de la Risle en Normandie, comté de Rennes en Bretagne, etc) (cf supra).

 

Or, Guillaume le Conquérant se rendit maître de l'Angleterre (Hastings, 1066), ce qui rendit plus puissant ce vassal du roi de France. Simon II (1092-1101) suivit son beau-frère Philippe Ier (1058 ou 1060-1108), puisque sa soeur n'est autre que Bertrade de Montfort. Mais son frère Amaury III (vers 1101-1137) s'allie à Guillaume « le Roux », fils de Guillaume le Conquérant et roi d'Angleterre ; cependant, il se borne prudemment à le laisser seulement passer sur ses terres : ni Montfort, ni Epernon, ne prennent le risque d'accueillir un allié aussi puissant.

 

Philippe Ier avait en effet épousé en secondes noces Bertrade de Montfort (1070 ? -1117 ?), fille de Simon Ier Montfort. Bertrade avait d'abord épousé (circa 1089) Foulque « le Réchin », comte d'Ajou, puis « se laissa enlever » (1092) par Philippe Ier. Le mariage eut lieu malgré l'opposition de l'Eglise et les excommunications répétées par l'évêque de Chartres.

 

Le seul siège militaire que le château de Montfort ait soutenu date de la guerre franco-normande, à l'époque de Simon II, héritier de la terre. Amaury, son frère cadet, mécontent de sa part d'héritage, s'allia à Nivard de Septeuil et demanda l'aide de Guillaume le Roux. Mais Simon II parvint à résister et l'armée normande échoua (septembre 1098) contre Montfort, Gambais et Epernon. La ligne de la Mauldre, défendue par les châteaux de Maurepas, Neaufle, Beynes et Maule, ne put être franchie par les Normands, qui se retirèrent après avoir ravagé le pays.

 

Ce même Amaury III, devenu seigneur à la mort de Simon II, augmenta l'importance de sa maison. Il se maria avec une héritière de Rochefort (en Yvelines), hérita (1118) de son oncle Guillaume, comte d'Evreux, malgré l'opposition de Henri Ier d'Angleterre dont il était vassal. Comme il était aussi vassal du roi de France (Louis VI le Gros), il fit plus d'une fois pencher la balance des forces dans un sens ou dans l'autre.

 

Le fils d'Amaury, Simon III de Montfort (1140-1180), alla plus encore loin. En effet, le rapport de forces entre Anglo-normands et Français se détériorait au détriment de Louis VII (1137-1180), après que celui-ci eut obtenu au concile de Beaugency la dissolution de son mariage avec Aliénor d'Aquitaine. Celle-ci épousa aussitôt Henri II « Plantagenêts » (1154-1189), qui devint d’autant plus puissant. Henri II, qui était aussi duc de Normandie, se trouva ainsi être le voisin de Simon III. Ce dernier livra (1159) aux anglais les forteresses de Montfort, Epernon et Rochefort : cette trahison força le roi de France à conclure une paix humiliante, et même à pardonner à son vassal infidèle.

 

3.1.3. Avec Simon IV, qui fut chef de la croisade contre les Albigeois, les Montfort changèrent définitivement de camp. Leur voisin français, Philippe Auguste (1180-1223) est un roi puissant, qui eut successivement pour adversaires Richard « Coeur de Lion », éloigné par les croisades, puis le faible Jean « Sans Terre ». Philippe Auguste (sceau de 1180) conquit progressivement la Normandie, et Simon IV le suivit dans ses campagnes. Une fois cette conquête terminée (1204), Montfort, ainsi que les châteaux avoisinants, perdirent une partie de leur valeur militaire.

 

* premier sceau de Simon IV, et réplique en bronze (propriété de l'auteur) ;

 

* peinture de Gustave Moreau (1826-1898), d'après un dessin de Antoine van Dijck (1599-1641) (ministère de la Culture, base Joconde), représentant Simon IV à cheval.

 

La maison de Montfort devint alors vassale du roi de France : ses forteresses se transformèrent progressivement en résidences, sauf au moment de la guerre de Cent Ans. Louis VIII (1223-1226) offrit même alors à Amauri VI de Montfort, fils de Simon IV, sa seigneurie royale de St Léger.

 

Amaury VI (1192 - Otrante, vers 1241) succéda (1218) à Simon IV dans ses dignités, aussi bien en Ile de France que dans le Midi. Mais il ne put reprendre le Toulousain. Louis VIII l'éleva (1226) aux dignités de comte (pour la terre de Montfort) et de connétable (1230) (latin : « comes stabulae » = responsable de l'étable ou écurie royale) de France. En échange, Amauri lui céda (1226) ses droits sur le Languedoc, qu'il ne peut plus défendre. Les Montfort deviennent alors hommes-liges du roi de France.

 

* charte collective : les grands du royaume, présents à l'assemblée convoquée par le roi Louis IX à St Denis, se plaignent au pape Grégoire IX des entreprises du clergé. Acte en latin, scellé (restent 17 sceaux sur 41 à l'origine, pendants sur double queue de parchemin), donné en septembre 1235 (source : Archives nationales, base ARCHIM, AE/II/234).

 

Dans cette charte, figure au rang 4 (après le duc de Bourgogne, le comte de Bretagne et le comte de la Marche), Amaury (VI), comte de Montfort et connétable de France (mention de ses titres : « A. comes montisfortis Franc- constabular-. » : Amalricus, comes Montisfortis Franciae constabularum). Son sceau appendu le représente en chevalier couvert de son haubert et d’un casque à nasal, tenant l’épée à main droite ; ses armes (au lion) sont cependant à peine reconnaissables.

 

Amauri VI se croisa en Terre Sainte et mourut à son retour à Otrante (Italie). Son fils, Jean de Montfort, mourut (1249) de la peste à Limassol (Chypre). La fille unique de ce dernier, Béatrice, épousa (1265) Robert IV, comte de Dreux, qui prit alors le titre de comte de Montfort (cf notice sur Dreux).

 

3.1.4. Simon V de Montfort (circa 1208 - Evesham, 1265), troisième fils de Simon IV, hérita du comté de Leicester, s'établit en Angleterre (1229), épousa une soeur d'Henri III et partit en croisade (1240). Nommé gouverneur d'Aquitaine (1248), il y rétablit l'ordre, mais Henri III dut le rappeler (1252) à cause de sa rigueur. Appuyé par plusieurs seigneurs anglais, dont les comtes de Gloucester et de Norfolk, Montfort participa (juin 1258) à l'élaboration des « Provisions d'Oxford », plan de réforme et de contrôle du pouvoir royal par un conseil de barons. Il acquit alors une très grande popularité. Sa rigidité, ainsi que les manoeuvres du prince Edouard (le futur roi Edouard Ier), le brouillèrent bientôt avec certains barons. Henri III en profita pour revenir sur ses concessions, mais ne réussit qu'à provoquer (1261) une nouvelle rebellion de Montfort. Ce dernier prit l'offensive (1263) et sa science militaire lui donna la victoire à Lewes (mai 1264). Chef d'un gouvernement organisé, il exerça alors une autorité entière. Mais, pour enrayer l'opposition des seigneurs des Marches, il s'allia avec le roi Gallois Llewelyn, s'aliénant ainsi une partie de la noblesse anglaise. Les partisans d'Edouard reprirent l'avantage et Montfort fut tué à la bataille de Evesham (1265) (cf Royaume Uni).

 

3.1.5. Veuve (1282) de Robert IV, Béatrice conserva le comté jusqu'en 1315 (sceau de Béatrix). Montfort revint alors à l'une de ses filles, Yolande, duchesse de Bretagne par la maison de Dreux (armes de Dreux-Bretagne : « de gueules à l'écu échiqueté d'or et d'azur, au franc quartier d'hermine »), qui était veuve d'Alexandre III, roi d'Ecosse. Yolande fut la dernière représentante de cette famille titulaire de la terre de Montfort. L'autre fille de Béatrice eut la chatellenie de Rochefort. Dès lors, pendant près de 2 siècles, Montfort ne fut qu'une possession secondaire des ducs de Bretagne. Ceux-ci ne pouvaient entretenir ses défenses sans éveiller la méfiance des rois de France qui cherchaient surtout à mettre ce type de forteresses en leur pouvoir, quitte à les confisquer. Cependant, plusieurs lettres ou mandements (début XVème) du duc Jean V de Montfort concernent ce comté et montrent que sa gestion n’en était pas pour autant délaissée (Blanchard).

 

3.2. Deuxième maison de Montfort l'Amaury (maison des ducs de Bretagne)

 

3.2.1. Yolande de Dreux (1312-1340), duchesse de Bretagne, comtesse de Montfort.

 

3.2.2. Jean IV (1293 ou 1295 - Hennebont, 1345), comte de Montfort et de Dreux, fils du second mariage de Yolande de Dreux avec le duc Arthur II de Bretagne (1340-1344). Frère consanguin de Jean III, il s'opposa à Jeanne de Penthièvre, désignée comme héritière de Bretagne et réussit à conquérir le duché (1341). Mais Philippe VI, roi de France, le déchût et le captura (septembre 1341). Après la trève de Malestroit (septembre 1343), il fut relaché mais se délia de son serment et prêta hommage à Edouard III d'Angleterre. Il mourut pendant le siège de Hennebont.

 

Jean IV de Montfort, couronné duc de Bretagne (enluminure de l'Histoire de la Bretagne de Pierre le Baud, XVème, BnF).

 

3.2.3. Jean V (1344-1373), duc de Bretagne, comte de Montfort : portrait et monnaie féodale armoriée.

 

* jetons de compte de l’époque de Jean V de Montfort (copies du gros de Rennes ou de Vannes, après 1364) :

 

            * A (le lion de Montfort assis au sommet du heaume cornu, écu penché à 10 mouchetures d’hermine)

            Légende : « IOHANNES DVX BRITANIE N. » (Jean, duc de Bretagne) (source : Jacques Labrot, CNRJMMA) ;

 

            * B (le lion de Montfort assis au sommet du heaume cornu, croix feuillue et treflée)

            Légende : « DEVS IN AUDIVTORIVM MEV INTE(N)DE » (Dieu vient vers mon écoute) (source : Jacques Labrot, CNRJMMA).

 

Manuscrit de Froissart (XVème) (BnF, département des Manuscrits anciens, détails) :

 

* enluminure représentant un hommage fait à Jean V de Monfort ;

 

* enluminure représentant la bataille d’Auray (29 septembre 1364). Au cours de cette bataille décisive, Charles de Blois fut vaincu et perdit la vie. Il fut traité avec grandeur par son rival et aussi béatifié par l'Eglise.

 

Sur cette page, le texte est en forme de dyptique (le texte est écrit à l'encre de couleur noire, sauf la partie basse à droite, qui est en rouge). Ce texte est reproduit ci-après.

 

« Veille dieu aider au droit »

« faites autant passer noz »

« banieres et archiers ou nô »

« de dieu et de saint george »

« Le sire de beaumanoir à q~ »

« effort retourne devers messe »

« charles de blois lui dict »

« Sire le conte de Môtfort »

« maintient qu’il demour »

« ra duc de bretaigne et dit »

« quil vous montrera au »

« iourduy que bo ny auez »

« nul droit. De cette parolle »

« coule messe charles »

« de bloys et dict du droit fait »

« huy en dieu qui le scet . et »

« aussi font les barons de »

« bretaigne. donc fist il »

« passer auant banieres et »

« gens darmes ou nom de »

« dieu et saint yues »

 

« Ly parle victoire de la ba »

« taille dauroy entre messe »

« charles de blois avec les »

« francois dune part et »

« le conte de môtfort avec »

« les anglois dautre part ».

 

X I I. b hc .

 

Par la suite, alors que Jean de Dreux était resté maître de la Bretagne grâce à l'appui anglais, Charles V lui confisqua (1373) le comté de Montfort et le donna à son connétable, Bertrand du Guesclin (1373-1377) (armes du Guesclin : « d'argent à une aigle bicéphale de sable couronnée d'or, à la bande de gueules brochant sur le tout »). Une condition de la paix fut la restitution par ce dernier du comté contre dédommagement, ce qui eut lieu 3 ans plus tard.

 

3.2.4. Jean VI « le Bon » ou « le Sage » (1377-1442), duc de Bretagne, comte de Montfort et de Richemont (armes de Bretagne - Richemont : « de gueules à l'écu échiqueté d'or et d'azur, au franc quartier d'hermine, à la bordure de gueules chargée de 8 besans, 3, 2, 3 »), pair de France, époux de Jeanne de France, fille de Charles VI, roi de France.

 

3.2.5. François Ier (1442-1450), duc de Bretagne, comte de Montfort, fils de Jean VI.

 

3.2.6. Ronan de Bretagne (1450), comte de Montfort du vivant de François Ier (son père).

 

3.2.7. Pierre II (1450-1457), duc de Bretagne et de Touraine, comte de Montfort, frère de Ronan de Bretagne.

 

3.2.8. Arthur III (1457-1458), duc de Bretagne, comte de Montfort, Richemont, Etampes et Dreux, connétable de France (fils de Jean IV, oncle de Pierre II). Quelques représentations anciennes d'Etampes : le château vers 1410-1415 (d'après les Très riches heures du duc de Berry), pendant le siège de 1411 et son donjon vu par Claude Chastillon (circa 1600).

 

3.2.9. Richard de Bretagne (1458-1459), comte de Montfort et d'Etampes, frère d'Arthur III.

 

3.2.10. François II (1459-1488), duc de Bretagne, comte de Montfort.

 

3.2.11. Anne de Bretagne (Nantes, 1477 - Blois, 1514), duchesse de Bretagne, comtesse de Montfort, apporta le duché et le comté à la couronne de France, par son premier mariage (1491) avec Charles VIII (cf « Charles VIII et Anne de Bretagne », peinture sur bois, Bibliothèque Nationale, Lat. 1190, 3027) (armes de Bretagne : « d'hermine plain »).

 

Anne est le seul personnage a avoir été 2 fois reine de France : son mariage avec Charles VIII fut, en effet, suivi d'un second mariage (1499) avec Louis XII (caricature située dans l’église St Denis, à Amboise).

 

3.2.12. A sa mort (1514), Montfort revint à Claude de France (1513-1532), duchesse de Bretagne, comtesse de Montfort, fille d'Anne et de Louis XII, après son mariage avec François Ier, roi de France.

 

3.2.13. François Ier (1532-1547), roi de France, devint ainsi (par alliance) duc de Bretagne et comte de Montfort. Le comté de Montfort devint alors comté royal.

 

3.3. Autres titulaires du comté de Montfort

 

3.3.1. Après la disparition de Claude (1527), François Ier attribua ce comté royal, par engagement, à André de Foix, comte de Lesparre (1490-1547) (image du ministère de la Culture, base Joconde), qui mourut d'ailleurs la même année que lui (1547).

 

3.3.2. Marie de Luxembourg (1547), comtesse de Vendôme, devint usufruitière du comté de Montfort.

 

3.3.3. André de Foix (1549), seigneur de Lesparre (ou d'Esparre), fut ensuite usufruitier du comté de Montfort, oncle « à la mode de Bretagne » d'Anne de Bretagne.

 

3.3.4-5. Madame de la Trémoïlle (1549-1556), puis la duchesse d'Estouteville (1556-1562), toutes deux usufruitières du comté de Montfort.

 

3.3.6. Catherine de Médicis (lettre patente du 14 mars 1562-1567), épouse d'Henri II de France, reçut le comté de Montfort en dot. Son fils, Charles IX, donna (1562) Montfort à sa mère, après son veuvage de Henri II. Il institua (1569) une municipalité à Montfort.

 

3.3.7. Catherine de Médicis cèda (1570) le comté à son fils Henri, duc d'Anjou, qui devint Henri III, roi de France, comte de Montfort (1567-1574).

 

3.3.8. Devenu roi de Pologne (1574), Henri III rétrocéda (par lettre patente) le comté de Montfort en apanage à son frère cadet, François, duc d'Alençon. Ce François de France, duc d'Anjou, posséda le comté (1574-1584) jusqu'à sa mort (1584).

 

3.3.9. Montfort fut alors cédé (1587-1642) à Louis de Nogaret, seigneur de la Valette, duc d'Epernon, ou Louis de Nogaret d'Epernon, cardinal de la Valette (1593-1639) : peinture sur frise de Jean Pierre Franque (deuxième quart XIXème, ministère de la Défense) (image du ministère de la Culture, base Joconde).

 

3.3.10. Son second fils, Bernard de Nogaret (1642-1661), duc d'Epernon, comte de Montfort, porta (1658) l'engagement du comté à princesse Marie, princesse de Rohan, duchesse de Chevreuse, veuve en secondes noces de Claude de Lorraine, qui devint ainsi usufruitière du comté de Montfort (1661-1681). Celle-ci le donna (1663) à Louis Charles, duc de Luynes, fils de son premier lit, qui le céda à son tour (1667) à son fils, Charles Honoré, marquis d'Albert, duc de Chevreuse.

 

3.4. Maison de Luynes (1692-1789)

 

3.4.1. Avec Louis XIV (St Germain en Laye, 1638 - Versailles, 1715), roi de France (1643), le comté de Montfort fait retour à la couronne.

 

3.4.2. Louis XIV donna (1692) aux dames de St Cyr une partie de la chatellenie de Chevreuse et le duc de Luynes reçut, en compensation, le comté de Montfort, qui fut ensuite érigé en duché de Chevreuse-Montfort. Cette famille le posséda jusqu'à la Révolution : quelques-uns de ses membres portèrent le titre de duc de Montfort.

 

Charles Honoré d'Albert (1692), duc de Luynes, pair de France, comte de Montfort par échange de la terre de Versailles avec le roi de France, était fils de Marie de Rohan et de Claude de Guise.

 

3.4.3. Charles Marie Paul André d'Albert (1792), duc de Luynes et de Chevreuse-Montfort, dût vendre ses biens à la Révolution.

 

Armes des Luynes : A, B.

 

3.6. Première époque de fouilles et ses trouvailles : les monnaies du donjon de Montfort

 

Septime le Pippre (armes d'un Vedastus le Pippre) lança (décembre 1884), avec l'autorisation de M. Brault, maire de Montfort, des fouilles pour repérer les substructions du château. Dans un petit préau, entre les ruines du donjon et la chapelle St Laurent, les ouvriers trouvèrent un vase en terre noirâtre, peu épais et assez fragile, contenant plus de 2 200 petites monnaies d'argent, d'un poids total d'environ 2 kg. Le vase, brisé, avait 17 cm de haut, 12 cm de diamètre à l'ouverture, 10 cm au pied, et un fort renflement intermédiaire. Les pièces, en raison de leur bas aloi, étaient en assez mauvais état et agglutinées par paquets.

 

La moitié de la trouvaille fut réservée à la ville. L'autre revint aux ouvriers qui la vendirent pour 180 francs à un expert connu, M. Feuardent, lequel proposa alors d'en faire le nettoyage et le classement.

 

Adolphe de Dion, maire de Montfort et président de la Société archéologique de Rambouillet (SAR), en mit la moitié environ (1126 pièces) en vente aux enchères publiques (21 août 1887) !

 

Ces pièces de monnaies seraient de la fin XIème et du début XIIème. 92 % d'entre elles sont d'origine champenoise (foires de Champagne), 3 % d'origine royale et 5 % d'origines diverses. Les plus récentes sont une pièce de Louis VI et un denier de Conan III, comte de Bretagne de 1112 à 1148. On note l'existence d'un denier de Philippe Ier (second époux de Bertrade de Montfort) frappé à Dreux. L'enfouissement de ce trésor serait donc un peu postérieur à 1148. Hypothèse de Dion : l'enfouisseur du vase devait être un habitant du château devant s'en éloigner, et une mort imprévue l’aurait empêché de récupérer ce bien.

 

Aucune monnaie de Montfort même n'a été trouvée. Le seigneur du lieu n’avait pas, à ce titre, le droit (en principe régalien) de battre monnaie, alors qu'il avait celui de justice. Cependant (Labrot), il fit battre une monnaie en Languedoc, pendant la période où Simon IV de Montfort y détint des titres.

 

Le site du château a connu une deuxième période de fouilles, beaucoup plus récente (1989-1994) (cf § 2.).

 

3.7. Remarques diverses

 

(i) les « coutumes de Montfort » ont été rédigées en 1556.

 

(ii) le Recensement général du royaume (Saugrain, 1720) mentionne que Montfort possédait 455 feux : il s'agit de « foyers » (cf « foyers fiscaux » au sens actuel) et non pas de « ménages ». En admettant qu'un feu comporte environ 5 à 10 personnes (grands-parents, parents, enfants, voire domestiques), la population de Montfort aurait alors été comprise entre 2 275 et 4 550 personnes, étendue dont la valeur centrale (3 412) équivaut à la population actuelle.