Monfort

(25 / 04 / 2014)

 

1. Localisation (Midi Pyrénées, 32-Gers)

 

Monfort (32120) est une commune située à 24 km au Sud Est de Fleurance (D 654) et au Nord Nord Ouest de Mauvezin (32120), elle-même située au Nord Est de Auch (32000).

 

Perspective sommaire du village et plan de situation de la bastide (d’après Morisse).

 

2. Description

 

2.1. Le village est situé en hauteur et couronne une colline d'apparence naturelle. Il ne comporte aucune trace de château, mais possède des vestiges de remparts (mur d'enceinte) et des maisons anciennes (XIVème).

 

Il avait 3 portes : la porte du Fossa, la porte Ste Gemme et la porte du Dessus. Cependant, une gravure censée représenter cette dernière (Morisse) concerne, en fait, la porte de Borda à Montfort en Chalosse (40-Landes).

 

Les flancs de la colline comportent une sorte de plateforme périphérique qui a pu avoir joué le rôle de fosse ou de lice. La colline peut donc avoir été constituée, en partie, d'une motte artificielle. Cette plateforme gazonnée, qui fait ainsi le tour du village, laisse parfois entrevoir des contreforts.

 

* cartes postales anciennes : vues touristiques, panorama du village, grand’rue ;

 

* remblai avec traces de remparts (photographie des années 1980) ;

 

* contreforts et allée couronnant le colline (photographie des années 1980).

 

2.2. Le village possède une église (MH) (XIIIème-XIVème), avec un clocher-tour octogonal, une nef unique, un choeur polygonal, et des chapelles logées entre les contreforts. Le cimetière comporte aussi une chapelle.

 

* cartes postales anciennes : église et rue de l'abreuvoir, église et poème de Salluste du Bartas, clocher du XIVème ;

 

* église (photographie des années 1980).

 

2.3. La place centrale (site inscrit) est bordée de maisons à galeries, et possède une vieille halle et une fontaine. Les rues du village sont disposées en équerres, structures caractéristiques des bastides du Moyen Age.

 

2.4. La chapelle St Blaise, récemment restaurée, située à 1 km du village, est antérieure à la fondation même de Monfort. Elle constituait (Xème) l'église paroissiale de St Pierre du Bosquet. Ce n'est qu'à la fondation de Monfort que les habitants du village, alors situé près de cette église mais aujourd'hui disparu, se sont déplacés pour bénéficier de la sécurité apportée par la ville fortifiée nouvellement créée.

 

3. Histoire

 

3.1. La bastide de Monfort fut créée (1275) par Géraud V, comte d'Armagnac, qui lui accorda une charte de coutumes et de franchises. Son fils, Gaston d’Armagnac, vicomte de Fezensaguet (Fezensaguelli) et de Bruilhois (Brulhesii), accorda (1309) une autre charte : chartes initiale et ultérieure.

 

Ces chartes sont rédigées en latin (Bladé, avec revue critique in Bibliothèque de l’Ecole des Chartes). Ces coutumes proviennent du « Cartulaire de Monfort » écrit dans la seconde moitié du XIVème. La bastide qu’elles régissaient fut élevée par Géraud, comte d’Armagnac, pour assurer entre Mauvezin et Lectoure des rapports souvent interrompus par des brigands établis alors sur les frontières de la Lomagne et du Fezensaguet. Monfort aurait donc été fondé dans des conditions analogues à celles où fut bâtie Lamontjoye, dans la vicomté de Bruilhois. Le premier feuillet de ce cartulaire est resté en blanc, ce qui peut s’expliquer par la réticence des habitants à faire transcrire le préambule local qui contenait des faits peu flatteurs pour leurs ancêtres. Cette question semble devoir rester dans l’ombre, dans la mesure où le seul exemplaire complet des coutumes de Monfort se trouvait aux archives municipales de Bordeaux, et aurait été anéanti dans l’incendie de 1863 (donc peu avant la compilation de Bladé).

 

On peut ainsi relever, dans le coutumier, la phrase « plaga mortifera aut alio crimine quo corpus suum vel bona sua nobis debeant esse incursa ut nisi pro forefactis in nobis vel gentibus nostris commissis ». De même, « De habitatore ... libertatem : Item quicumque in dicta villa venire voluerit seu habitare et mansionem facere sit liber sicut alii habitatores si sine prejudicio alterius fieri possit ». Il mentionne aussi les consuls et leurs pouvoirs, ainsi qu’un baïle (bajulus = bailli). La première coutume est attestée (signée) par Pierre de (la) Guarde, notaire à Mauvezin (Malivicini).

 

Parmi les signataires, on peut relever :

 

* pour la première charte : Olivier, moine de l’abbaye de Gimont, Eudes de Preissac ? (Hodo de Preyssano), Arnaud de Gère ? (Geera), Pierre de Sobola, chevalier ;

 

* pour la seconde charte : Pierre Raymond de Labatut, Bernard Gac ? (Gasc), Géraud de Moissac (Moyssaco), Bernard de Laval (Laual). On relève aussi les noms de Géraud de Lespinasse (Geraldi de Laspinassa), Laurentin des Chapelles (Laurentinus de Capellis).

 

La Chanson de la croisade albigeoise (Guillaume de Tudèle) rapporte (laisse 185) que Simon IV de Montfort l’Amaury reçut hommage d’un Géraud (ou Guiraud) d’Armagnac (8 juin 1215).

 

Plus tard, son fils, Simon V de Montfort, comte de Leicester, se vit confier la charge du gouvernement de la Gascogne par Henri III d’Angleterre (Bémont, page 35). Il rencontra alors un certain Géraud d’Armagnac. Il eut aussi connaissance de la ville de Mauvezin (Bémont, page 79, note).

 

Ville consulaire au Moyen Age, Monfort fut, à la Renaissance, la patrie du poète Salluste du Bartas (1544-1590). Le poête bordelais Pierre de Brach, qui voyageait de Toulouse à Monfort en compagnie du Bartas, raconte, dans l'un de ses poèmes :

 

« Salluste me montra de loin un grand clocher

Qui sembloit, orgueilleux, avec sa pointe aigüe,

Vouloir outre percer l'epesseur de la nue.  »

 

« Voilà le lieu, dit-il, de ma nativité.

Voilà Monfort qui m'a, dans ses bras allaité ;

Monfort qui nous témoigne, avec sa petitesse,

Que c'estoit en son temps quelque grand forteresse. »

 

Au XVIème, les guerres de religion ont affecté l’histoire du village (Pont, 1898).

 

3.2. Sur le territoire de la commune, non loin du chef-lieu, se trouve le château d'Esclignac (IMH au 19 / 09 / 1958, XVème-XVIème) (propriété privée), restauré (plan par Séraphin). Le premier château fut construit (circa 1030) par Guillaume Loup, seigneur de Preissac, dans la plaine située au pied de Monfort, à l'emplacement d'une ancienne villa gallo-romaine. Un de ses descendants, Amavin de Preissac, suivit Louis IX à la septième croisade (1248). Il en revint avec un titre de noblesse et pour armes : « d'argent au lion de gueules » (Cournet). On peut noter une certaine similitude avec celles de Montfort l'Amaury : couleurs inversées, figure (brisure ?).

 

Le château fut ensuite (1295) habité par Vital de Montgaillard, puis, au siècle suivant, à nouveau par des Preissac. Vital de Preissac conclut (1319) un accord avec les consuls de Monfort pour assurer son entretien et sa défense. Il était encore vivant en 1393. Un comte de Preissac devint (1780) lieutenant général du royaume. Son fils fut fait (1787) duc d'Esclignac. Cette branche éteinte fut relayée par la branche parente des comtes de la Hitte.

 

Esclignac était précédemment une paroisse. Celle-ci fut ensuite (1824) rattachée à Monfort.

 

3.3. L'histoire locale (Lamazouade) raconte deux procès en sorcellerie (30 novembre 1672) liés à des malaises ressentis par des habitants de Monfort. La véritable cause de ces malaises n'avait rien à voir avec la sorcellerie : ceux-ci étaient, en réalité, dûs à une intoxication, la « maladie du hoquet » (ou ergotisme), provenant d'une maladie cryptogamique du seigle, et qui entraîne des troubles neuro-psychologiques.

 

4. Héraldique et toponymie

 

4.1. Nom antérieur : Monfort du Gers (selon divers documents : cartes postales anciennes, etc).

 

Les armes de la ville, définies dès sa fondation (fin du XIIIème), peuvent se lire : « de gueules au mont (ou rocher) d'or issant de la pointe, surmonté d'un créquier du même, accompagné de 2 globes (ou lunes) d'argent, chacun chargé d'une croix d'azur ».

 

Ces armes ont été retrouvées (fin XIXème) par un peintre monfortois, Louis Clergue, chargé de repeindre la voûte de l'église : elles étaient recouvertes d’un enduit léger datant sans doute de la Révolution. Le créquier, prunier sauvage, représente l'origine des premiers habitants de la bastide, venus des forêts de l'Orbe et de l'Arrats. Le mont désigne la situation topographique du village. Les globes d'argent  (ou lunes), qui représentent la féminité, symbolisent les deux couvents de femmes, qui furent créés en même temps que la bastide.

 

La devise de la ville est « flouresci per tout » (je fleuris partout). Le créquier, en effet, est une plante robuste qui pousse sur des terres arides.

 

4.2. On peut remarquer la grande ressemblance des armes de Monfort avec celles de Montfort en Chalosse (40-Landes), où les « besans » sont peut-être des lunes surmontées d'une croix : « d'or au créquier de sinople posé sur un mont issant de la pointe du même, accosté de deux lunes d'argent surmontées chacune d'une croix du même ». Une relation historique entre ces deux villes n'est pas à exclure, les bastides ayant été notamment fondées à l'époque du Prince Noir. Monfort fut en effet créée en même temps que ses établissements religieux. Des confusions entre ces deux villes ont d’ailleurs pu avoir été faites par les historiens locaux.

 

4.3. Les armes de la maison d'Armagnac sont souvent données comme celle des Preissac : « d'argent au lion de gueules ».

 

8. Toponymie

 

Dans les coutumes de Monfort (Bladé), Monfort est écrit « Montis fortis » ou encore « (apud) Montem fortem », ce qui ne laisse aucun doute sur sa fonction défensive, donc sur l’existence de fortifications passées. La rivière voisine est nommée « fluvius Orba »

 

Il existe une commune du nom de Preyssac d’Excideuil (24160). On trouve aussi Périssac (33240) en Gironde, et Prissac (36370) dans l'Indre.

 

La ville de Hitte (65190) se trouve dans les Hautes Pyrénées, et 2 Lahitte dans le Gers (32810) et les Hautes Pyrénées (65130) ; Lahitte-Toupière (65700) est aussi dans ce dernier département.

 

9. Bibliographie

 

Balguerie Pierre (1768-1830), « Statistique du Gers »

 

Bémont Charles, « Simon de Montfort, comte de Leicester, sa vie, son rôle politique en France et en Angleterre », Paris, 1884 (reprint par Megariotis en 1976).

 

Bladé Jean François (1827-1900), « Coutumes municipales du département du Gers », Première série, Auguste Durand, Paris, 1864

Notamment coutumes de Monfort (pages 110-114) et nouvelles coutumes de Monfort (pages 115-122) (Monfort, vicomté de Fezensaguet)

 

St Blanquat Odon de -, « Comment se sont créées les bastides du Sud Ouest »

 

Breuils A. (abbé -), « L'Armagnac », Bulletin de la Société Archéologique du Gers, XLII (sans date)

 

Breuils A. (abbé -), « Les barons du Fezensac à l'époque féodale », Bulletin de la Société Archéologique du Gers, XXXII (sans date)

 

Breuils A. (abbé -), « Les principaux barons du Fezensac à l'époque féodale », in Revue de Gascogne, volume 37 (pages 77 et 145), Auch, 1896

 

Breuils A. (abbé -), « Jean Ier, comte d'Armagnac, et le mouvement national dans le Midi au temps du Prince Noir », in Revue des questions historiques, tome LIX (pages 44 à 102), Paris, 1896

 

Breuils A. (abbé -), « Eglises et paroisses d'Armagnac d'après une enquête de 1546 », in Revue de Gascogne, nouvelle série, volume 4, Auch, 1904

 

Clergeac A., « Cartulaire de l'abbaye de Gimont (1142-1233) », in Société historique de Gascogne, H. Champion, Paris, L. Cocharaux, Auch, 1905

 

Clergeac Adrien (1870-19xx), « Chronologie des archevêques, évêques et abbés de l’ancienne province ecclésiastique d'Auch et des diocèses de Comdom et de Lombez (1300-1801) », Honoré Champion (Paris), Léonce Cocharaux (Auch), 1912

 

Cournet Louis, « D'argent à lion de gueules. Récit historique de la vieille Gascogne », Léonce Cocharaux, Auch, 1946

 

Curie-Seimbres Alcide, « Essai sur les villes fondées dans le sud-ouest de la France aux XIIIème et XIVème siècles sous le nom générique de bastides », Toulouse, 1880

 

Douais Célestin, « Les Frères Prêcheurs en Gascogne aux XIII-XIVèmes siècles. Chapitres, couvents et notices. Première partie : chapitres », Honoré Champion (Paris), Cocharaux Frères (Auch), 1885

 

Dralet Etienne François (comte -) (1760-1844), « Plan détaillé de topographie, suivi de la Topographie du département du Gers », Imprimerie Huzard, Paris, an IX

 

Durrieu Paul, « Documents relatifs à la chute de la maison d'Armagnac-Fezensaguet », Honoré Champion, Paris, Cocharaux Frères, Auch, 1883

 

Lamazouade P. (abbé -), « Deux procès de sorcellerie à Monfort », in Revue de Gascogne, 1900

 

Laplagne-Barris P., « Sceaux gascons du Moyen Age. Première partie : sceaux ecclésiastiques, sceaux des rois de Navarre et des grands feudataires », Honoré Champion, Paris, Cocharaux Frères, Auch, 1888

Montfort (passim), Preissac (pages 456 et suivantes)

 

Laurent Gustave, « L'Armagnac et les pays du Gers »

 

Mazéret Ludovic, « Essai généalogique sur la famille de Broqueville (branche de Monfort) » (extrait du Bulletin de la Société archéologique du Gers), Imprimerie de Cocharaux, Auch, 1915

Arme des Broqueville : « d’azur au bouton d’or, cantonné en chef d’une étoile d’argent »

 

Mazéret Ludovic, « Les guerres fratricides à Monfort », Bulletin de la Société Archéologique du Gers, XLII (sans date)

 

Morisse Jean (Dr -), « Histoire de Monfort en Fezensaguet, Bastide d'Armagnac » (août 1962), Imprimeries de Gascogne, Condom. Ouvrage réédité par sa fille, Mme Messerli, en 1995

 

Noulens J. (1828-18xx?), « Documents historiques sur la maison de Galard » (4 tomes en 5 volumes), Imprimerie de Jules Claye, Paris, 1871-1876

 

Pont J. de Carsalade du -, « Les deux sièges de Montfort en 1580 et 1585 » (page 385), in Société historique de Gascogne, Revue de Gascogne, tome n° XXXIX, Auch, 1898

 

Roque Louis de la -, Barthélemy Edouard de -, « Catalogue des gentilhommes d'Armagnac et Quercy qui ont pris part ou envoyé leur procuration aux assemblées de la noblesse pour l’élection des députés aux Etats généraux de 1789 », E. Dentu, Auguste Aubry, Paris, 1862

Quercy, noblesse : pages 11 (Dupont de Ligonnès, seigneur de Pomeyrol, dans Caylus), 12 (Arnaud François de Puniet Montfort)

 

Samaran Charles, « La maison d'Armagnac au XVème siècle et les dernières luttes de la féodalité dans le Midi de la France », A. Picard et fils, Paris, 1907

Charles Samaran (1879-1982), archiviste aux Archives Nationnales, ancien élève de l’Ecole des Chartes et de l’Ecole française de Rome, devint directeur des Archives de France et membre de l'Institut

 

Samaran Charles, « Le plus ancien cartulaire de St Mont (Gers) (XIème-XIIIème) »

 

Séraphin Gilles, « En Gascogne, une belle demeure seigneuriale : Esclignac », in Vieilles maisons françaises, n° 45 (pages 19-26), 1970

 

Société archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers, « Bulletin », Imprimerie Léonce Cocharaux, Auch, 1914

Années 1914 (pages 79-81 : Ludovic Mazéret, « La grande peur à Monfort du Gers » ; 262-280 : Ludovic Mazéret, « Essai généalogique sur la famille de Broqueville, branche de Monfort 1/2 »), 1915 (pages 129-142 : Ludovic Mazéret, « Essai généalogique sur la famille de Broqueville, branche de Monfort 2/2 »), 1926 (page xxx)

 

Société de l’Ecole des Chartes, « Bibliothèque de l’Ecole des Chartes », A.L. Hérold et F. Amyot, Paris, 1865

Critique sévère de J.F. Bladé par P.M. (Paul Meyer ?) (pages 81-82)

 

Société historique de Gascogne, « Revue de Gascogne »

Volume 39 (pages 261, 385-386)

 

Torre Michel de la -, « Le Guide des châteaux de france, Gers », Hermé, 1985 (première édition : Berger-Levrault, 1981)

 

Torre Michel de la -, « Villes et villages de France (32 - Gers)  », Les Editions Deslogis-Lacoste, 1990

 

Tour Denis François Gastelier de la - (1709-1781), « Généalogie de la maison de Preissac »

 

Tudèle Guillaume de -, « La chanson de la croisade albigeoise » (plusieurs éditions en français, dont Fauriel en 1837). Editée et traduite par Eugène Martin-Chabot en 1931-1954. Rééditée par la Société d’Edition « Les Belles Lettres »: Tome 1, « La chanson de Guillaume de Tudèle » (première édition 1960, troisième édition 1976), Tome 2, « Le poême de l’auteur anonyme (première partie) (édition 1957, troisième tirage 1989), Tome 3, « Le poême de l’auteur anonyme (deuxième partie) (édition 1960, deuxième tirage 1973)

Ce « Guilhem de Tudela » était un clerc espagnol originaire de la ville de Tudèle (Espagne, Navarre, province de Pampelune, sur l’Ebre) dont la chanson relate les évènements de 1207 à 1213

 

Sites Internet

 

http://www.societes-savantes-toulouse.asso.fr/samf/memoires/T_59/bull993.htm

 

http://broqueville.be/blog/?p=63 (famille de Broqueville)