Esneux

(04 / 01 / 2016)

 

1. Localisation (Belgique)

 

Dans la province de Liège, à environ 25 kilomètres au Sud de Liège, en direction de Bastogne et de Luxembourg (autoroute A 26 - E 25, sortie n° 45, ou N 30), vers Sprimont, Aywaille et Esneux, 2 anciennes forteresses se rattachent au nom de Montfort.

 

Esneux est traversée du Sud au Nord par l'Ourthe, rivière très sinueuse, qui est à l'origine de reliefs marqués : fond de la vallée à Sainval (70 m), point culminant à Beauregard (270 m). L'actuelle commune d'Esneux résulte (1976) de la fusion des anciennes communes de Tilff et de Esneux.

 

Un ensemble de hameaux, parfois appelés « villages », est issu de cette évolution : Cortil, Beauregard, Fechereux, Fontin-Hamay, Ham, Limoges, Méry, Montfort, Sur le Mont, etc.

 

1.1. Le château de Montfort

 

Dans la vallée de l'Ourthe, sur la commune d’Esneux, se trouvait anciennement un château de Montfort, disparu aujourd'hui, qui a ainsi donné son nom à un hameau.

 

* panoramas d’Esneux : A et B ;

 

* église d’Esneux.

 

Iconographie :

 

* vue (Lallemand) ;

 

* dessin (Xhrouet) ;

 

* lithographie (Thiry) ;

 

* Montfort sur Ourthe (gravure d’après Guy Poswick) ;

 

* représentation du château en 1841 (aquarelle de Paul Lauters) (cf http://www.ulg.ac.be/wittert/fr/flori/opera/lauters/ lauters_dessins.html - montfort).

 

1.2. La ferme de Montfort

 

La commune de Ans renferme une « ferme de Montfort » qui fait partie des biens classés gérés par l'Institut du Patrimoine Wallon (arrêté du Gouvernement wallon du 23 mars 2006).

 

1.3. Le château de l'Amblève

 

En allant vers le centre d’Aywaille (panorama d'après une carte postale ancienne), la route de Comblain longe la rivière Amblève. Quelques kilomètres plus loin, sur la droite, un pont traverse l’Amblève. Après quelques centaines de mètres, une ruelle se termine en cul de sac (place en terre), mais un chemin la prolonge jusqu'aux ruines d'un château (plan d'accès approximatif).

 

Le nom de château de l'Amblève est aussi attribué à un autre édifice, beaucoup plus récent, situé au bord de la rivière.

 

2. Description

 

Les descriptions suivantes concernent surtout la seconde forteresse. Les informations relatives à la première sont, en effet, beaucoup plus rares.

 

2.1. Château de Montfort

 

Le « village » de Montfort, qui compose la commune de Esneux, a progressivement disparu (début XXème) : ses maisons s'effondraient progressivement dans une carrière de grès, appelée « carrière de Montfort », dont l'exploitation avait négligé de suivre des règles de sécurité. Les galeries sont aujourd’hui inondées et servent de centre de plongée.

 

* vue panoramique de la carrière de Montfort, en contre-haut de laquelle était situé le château (source : Amarandre).

 

Le château de Montfort s'est donc aussi peu à peu effondré dans les fosses de la carrière, dont l'exploitation est aujourd’hui cessée depuis longtemps. Cette fortification aurait été un repaire de brigands. Si elles sont encore réalisables, des fouilles archéologiques sur le site de Montfort seraient d'un grand intérêt : en effet, il semble n’exister aucune information sur les structures de ce château (plan des soubassements, etc). Il pourrait cependant avoir quelques ressemblances avec celui de Theux-Franchimont ou de Logne, dont les ruines subsistent encore.

 

2.2. Château de l'Amblève

 

Les ruines du « château d’Amblève », ou « château des 4 frères Aymon », sont littéralement « accrochées » à un piton rocheux, dont elles épousent la crête sur toute la longueur, d’Est en Ouest. L’ensemble surplombe la rivière Amblève et la forteresse servait autrefois à garder la vallée : panorama.

 

Ces ruines sont situées non loin du confluent de l’Amblève et de l’Ourthe. Les restes de murs sont en appareil extérieur de qualité, mais leur intérieur est comblé avec des pierres ordinaires. Il s’agit d’une sorte de grès, appelé « pierre bleue », dont il existe des carrières encore exploitées à proximité.

 

Plan de masse du château.

 

2.2.1. Le château fort est long d’environ 100 m, sur 25 à 30 m de large. Il est construit avec des pierres de bel appareil.

 

2.2.2. A l’Est (arrivée du chemin), se trouve un fossé, probablement artificiel, en partie comblé, qui a dû être enjambé par un pont-levis partant de la courtine Est et s’appuyant sur un édifice quadrangulaire, situé à l’Est de ce fossé. Au-delà de ce fossé, on observe à gauche une sorte de casemate semi-ronde, assez basse, avec archères, prolongée encore plus à gauche (Sud Est) par un vestige de porte ou de fenêtre. Un passage est situé à droite de cette casemate, suivi d’une basse cour qui longe, au Nord, une muraille accrochée à un escarpement important, et au Sud une autre courtine, d’apparence plus faible.

 

* courtine avec ouvertures : A, B.

 

2.2.3. Vers le centre du château, sur une partie plus escarpée, se trouvait le donjon dont il ne subsiste que le mur du Nord, accessible. Derrière ce mur se trouve l’intérieur du donjon. La face intérieure du mur possède 2 particularités :

 

(a) une partie basse, construite en pierre locale ;

 

(b) une partie haute construite en pierre rouge brique, sur laquelle se trouve une cheminée travaillée, avec un montant (ou colonne) en pierre blanche travaillée.

 

Au Nord, toujours au centre du château, après un porche sommairement restauré, se trouve une courtine Est-Ouest, en partie effondrée, comportant d’épais contreforts intérieurs, dont l'un d'eux, situé au centre, menace rupture.

 

On note encore l’existence de plusieures archères et de cheminées.

 

Ces ruines sont dangereuses (des traces de plusieurs éboulements sont visibles).

 

3. Histoire

 

3.1. Le château de Montfort

 

3.1.1. Situé sur la commune d'Esneux, la forteresse faisait partie d'une ligne de fortifications comprenant les châteaux de Logne, Neufchâteau sur Amblève, Reinardstein (Renastienne ?) (la roche de Renaud), ligne visant à contrôler les vallées de l'Ourthe et de l'Amblève. Ses murailles passaient pour être très épaisses.

 

Esneux, ainsi que Aywaille, dépendait autrefois du duché de Limbourg (cf Montfort - Pays Bas), et ce fait a parfois créé une confusions entre 2 châteaux de Montfort : celui de Esneux et celui de Montfort (aux Pays Bas).

 

3.1.2. Le premier seigneur connu (XIVème) fut Jean de Hamal (sceau de 1315-1316). Le château revint à l'époux de sa fille Marie, Jean d'Alsteren, puis à Guillaume d'Alsteren (fils probable du précédent), chevalier banneret, seigneur de Hamal et Montfort, qui épousa (1427) Isaude de Dammartin de Warfusée. Il appartint ensuite (1447) à Renaud II d'Argenteau, seigneur de Houffalize et époux de Jeanne d'Enghien, qui l'engagea à Henri de Gronsveld, lequel en confia la garde à Henri de Chantraine. Mais ce chatelain terrorisait la région et dévalisait les voyageurs de passage. Il commit l'erreur d'arrêter un marchand, François Cappel, qu'il enferma à Montfort (1447) et qu'il libéra après lui avoir donné le change en le conduisant du côté de Lierneux, pour lui faire croire qu'il avait été détenu à Reinarstein-Poulseur. Libéré, Cappel se plaignit auprès des échevins de Liège et une troupe liégeoise vint faire le siège de Montfort. Pour éviter la destruction de son château, qu'il savait faiblement défendu, Renaud de Houffalize s'excusa auprès du prince-évêque de Liège et lui en fit hommage. Le château fut alors occupé (10 août 1447), puis restitué (25 octobre) moyennant des conditions visant à sécuriser les lieux.

 

La forteresse passa ensuite à la famille de Berlo, puis confisquée (28 / 11 / 1467) par Charles le Téméraire, et mise sous la garde du seigneur de Humbercourt (Bormans). Mais les Berlo finirent par la récupérer peu après. La paix de Tongres (1484) met temporairement fin à la guerre entre le prince-évêque de Liège, Jean de Hornes (armes), et la maison de la Marck (Guillaume et Jean) (armes) : l'une des raisons de ce conflit était la localisation du siège épiscopal de la principauté. Finalement, les Marck renoncèrent à leurs prétentions contre de substantielles compensations.

 

A cette époque, un lieutenant du fameux Guillaume de la Marck - surnommé le sanglier des Ardennes - s'empara de Montfort et le renforça. Le château redevint un repaire de pillards. Guillaume tomba (17 juin 1485) dans un piège tendu par Frédéric de Hornes, qui était au service de l'empereur Maximilien d'Autriche, et fut arbitrairement exécuté. Everard, son frère, reprit alors les hostilités.

 

Une paix fut établie avec le mariage (1492) d'Everard de la Marck, fils du précédent, avec la comtesse de Hornes, soeur du prince-évêque. Mais elle ne dura guère. La garnison du château de Montfort, commandée par Jean Bastin de Xhenemont, reprit ses forfaits dans la région (incendies de Galoppe en 1492 et 1493), avec la participation même de Robert de la Marck. Le prince-évêque de Liège autorisa alors Guillaume, duc de Juliers, à détruire Montfort ; ce qu'il réalisa (25 juillet 1495), non sans difficultés, avec l'aide d'autres princes allemands. Peu après, Robert vendit les ruines au précédent chatelain, Jean Bastin de Xhenemont ; celles-ci passèrent à ses 2 fils, Linard et Jean, qui en faisaient encore relief en 1531.

 

L'exploitation des carrières acheva de le faire disparaitre (circa 1895). Son emplacement était sur la rive droite de l'Ourthe, en face de la tour de Poulseur (Dalem).

 

La légende des 4 frères Aymon a aussi été attribuée à ce château, et nombre de Montfortois ont donné à leurs fils les prénoms de ces héros.

 

«Le château voisin de Logne, dominant l'Ourthe, était le chef-lieu d'un comté dépendant de Stavelot et, même après la destruction du château, les abbés de Stavelot continuèrent à conférer le titre de chatelain de Logne. Les derniers titulaires furent le seigneur de Presseux de Hautregard (1729-1749), le baron de Rahier (1749-1762) et le baron de Sélys-Fausan (1775-1794). Le propriétaire actuel a fait consolider les ruines en 1899-1908. Au cours de ces travaux, on y a fait d'importantes découvertes d'armes, projectiles, harnais, monnaie et ossements » (source : E. Desaix, éditeur, Bruxelles)

 

3.2. Château de l'Amblève

 

Ce château aurait porté le titre de « maison royale » (début VIIIème). Sous Charles Martel, il portait (741) le nom de Château Neuf et fut un siècle plus tard habité (855) par Lothaire. Le duc Frédéric renonça (1067) à la perpétuité de ses droits sur sa terre de Sprimont. L’abbé de Stavelot, Rudolphe, engagea (1085) le château, hors les dîmes, au sire Mazon de Roanne. Antoine, duc de Brabant, en prit possession (1400) et l’engagea (1412) à un seigneur de Montjardin. Ce dernier maria sa fille à Godefroid Evrard de la Marck, qui devint ainsi propriétaire du Château-Neuf. Les habitants de Sprimont, qui ne supportaient plus la tyrannie des Marck, offrirent (1587) à Philippe II une somme d'argent afin de dégager le château et obtinrent la permission de le démanteler.

 

Cette forteresse n’aurait jamais été prise de force : ainsi, les Liégeois en tentèrent en vain le siège (1254).

 

Comme d'autres châteaux de la région, celui-ci a ses légendes. Selon l'une d'elles (Garde), Blanche de Montfort était fiancée à Raoul de Renastienne. Humbert de Roanne, alors seigneur du château de l’Amblève, promit la main de sa fille Mathilde au vainqueur d’un tournoi organisé par lui. Le vainqueur fût Raoul, qui fut ainsi fiancé à Mathilde et abandonna Blanche. De jalousie, cette dernière assassina Mathilde, puis Raoul, le jour-même de leur mariage. Ensuite, elle se jeta d’une fenêtre dans l’Amblève.

 

Selon, une autre légende, le château aurait été habité par les 4 frères Aymon (Regnaut, Allard, Guichard et Richard), qui chevauchaient le fameux cheval Bayard (Bayart).

 

Dans la partie Ouest du château, sur la roche, se trouve un trou carré de 30 cm de côté, profond de 40 cm, et précédé de 2 trous ronds d’environ 10 cm de diamètre dont le fond semble révéler des traces de rouille. Le premier trou aurait servi de support à une poutre de potence ; les seconds seraient la marque des sabots de Bayard lors de son saut au-dessus de l’Amblève.

 

4. Héraldique, génélogie et sigillographie

 

Les armes de la ville d’Aywaille se lisent : « parti au 1 burelé d'argent et d'azur de dix pièces, au lion de gueules couronné, armé et lampassé d'or, à la queue fourchue et passée en sautoir (Luxembourg), au 2 d'argent au lion de gueules, couronné, armé et lampassé d'or à la queue fourchue et passée en sautoir (Limbourg), l'écu posé devant saint Pierre tenant de la dextre une clef, le panneton en haut et tourné à l'extérieur et de la senestre un livre fermé, le tout d'or ».

 

Elles ont des éléments communs avec celles de Montfort l’Amaury, dont le fondateur était Guillaume de Hainaut, originaire de l'ancien comté de Hainaut.

 

6. Iconographie

 

Jacques Bourdouxhe, familier de Montfort sur Ourthe, a fait représenter le château de Montfort sur Ourthe sur des étiquettes ornant des bouteilles de bière :

 

* la brasserie commerciale Bodebrown, et située à Curitiba (Brésil) produit la « Tripel Montfort » : bouteille, étiquette 1, étiquette 2 ;

 

* la brasserie Montfort, aussi située à Curitiba, fabrique des bières belges : Montfort saison, Triple Montfort et bière forte Montfort. Cette brasserie est sans but lucratif (brassage amateur).

 

9. Bibliographie

 

Bormans Stanislas, « Mémoire du légat Onufrius de Sancta Cruce sur les affaires de Liège, 1468. 1885 », Bruxelles, F. Hayez (imprimeur de l’académie royale de Belgique), 1885

 

Bovy Y. (dr -), « Promenades historiques dans le pays de Liège » (3 volumes), Liège, P.J. Collardin, 1838-1841

 

Commission royale d'histoire, « Actes des princes-évêques de Liège (Hugues de Pierrepont, 1200-1229, etc) », Editions Poncelet, Bruxelles, 1941

 

Dalem Robert, « Abrégé de l'histoire d'Esneux », Esneux, 1938

Historien local, Robert Dalem (1905-1989) a publié de nombreux ouvrages (cf bibliothèques d’Esneux)

 

Dalem Robert, « Esneux dans le passé », Esneux, Imprimerie Pireaux, 1954

 

Dalem Robert et Nelissen André, « Mille ans de navigation sur l'Ourthe », Bomal, Editions Petitpas, 1973

 

Dalem Robert, « Petite histoire des anciens hameaux d'Esneux et de ses lieux-dits habités », Bomal, Editions Petitpas, 1976

 

Daris Joseph (chanoine -), « Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, des origines à 1852 » (17 tomes), Liège, 1867-1899

 

Ernst Simon Pierre et Lavalleye Edouard, « Histoire du Limbourg, suivie de celle des comtés de Daelhem et de Fauquemont, ... », Liège, Librairie de P. J. Collardin, 1837

 

Fouron Edouard Joseph Delvaux de -, « Dictionnaire géographique et statistique de la province de Liège », Liège, 1835

 

Hervé Paul W.G., « Le lignage des Scavedris au duché de Limbourg », Liège, Solédi, sans date

 

Lallemand Alexis, « La lutte des états de Liège contre la maison de Bourgogne (1390-1492) », Bruxelles, De Boeck, sans date

 

Lesbroussart P., « Le château de Montfort », revue La mosaïque, sans date

Extrait (page 77)

 

Le Monde et Sélection du Reader’s Digest, « Atlas Universel », Edition 1982

 

Poswick Eugène, « Histoire de la seigneurie libre et impériale d'Argenteau et de la maison de ce nom, aujourd'hui Mercy-Argenteau », Bruxelles, Imprimerie Lins, 1905

 

Poswick Guy, « Les délices du duché de Limbourg », Imprimerie Jules Pluhmans, in Archives verviétoises, IV, 1948 (ou réédition de 1992), Société royale des Archives verviétoises, Verviers, 1951

Page 70 : gravure de l’ancien château. Cet ouvrage se trouve à l'adresse Internet suivante : http://freepages.history.rootsweb.ancestry.com/~mlcarl/Lit/Gen/POSWICK/. Il a été tiré en 245 exemplaires numérotés réservés aux membres des «Archives verviétoises», société d’érudition située à Verviers : cf http://archivesvervietoises.be.

 

Rye Ernest de -, « Traicté des maisons nobles du pays de Liège », publié par Stanislas Bormans et Eugène Poswick, Liège, Imprimerie de L. Grandmont-Donders, 1870

Extrait (pages 30 à 39)

 

Simonis Camille, « La seigneurie et le comté d'Esneux », in Bulletin de l’Institut archéologique liégeois (tome 24, 1894, page 217), édité en 1895

 

Syndicat d’Initiative d’Aywaille, notice « Les ruines du château d’Amblève », 1999

 

Thiry Louis (dr -) et alii, « Histoire de l'ancienne seigneurie et commune d'Aywaille » (5 tomes), Chez l'auteur, 1937

 

Sites Internet

 

http://archivesvervietoises.be/

http://freepages.history.rootsweb.com/~mlcarl/Lit/Gen/POSWICK/index.htm

http://users.skynet.be/amarandre/montfort.htm (carrière de Montfort) 

http://www.ulg.ac.be/wittert/fr/flori/opera/lauters/ lauters_dessins.html - montfort (aquarelle de Paul Lauters)