Le Grand mystère de l’existence

(16 / 04 / 2017)

 

Tout scientifique est, un jour ou l’autre, conduit à s’interroger sur le « grand mystère » qui sous-tend le domaine de connaissance qu’il étudie et, plus généralement, sur le grand mystère qui concerne l’« univers connu ».

 

Réflexions d’un statisticien aussi bien que d’un économiste, ces pages proposent de suivre une démarche portant sur les fondamentaux de l’existence. On y adopte une approche historique positive, sous-tendue par une analyse en termes de philosophie des sciences. Le but est de constituer une synthèse des questions relatives à l’existence : c’est donc une véritable thèse.

 

Sommaire

 

0. L’approche suivie

 

1. Aspects scientifiques (rationalité)

 

1.1. L’ « origine »

1.2. Evolution biologique et prise de conscience

1.3. Sciences et domaines de connaissance

1.4. Statistique et science

 

2. Aspects psycho-sociologiques (irrationalité)

 

2.1. Evolution des « croyances »

 

2.2. Les phénomènes « paranormaux »

2.2.1. Préalables

2.2.2. Les « retours vers la vie antérieure »

2.2.3. Les autres « formes de vie »

2.2.4. Phénoménologie de l’ « étrange » : fantômes et revenants

2.2.5. Phénoménologie de l’ « étrange » : voyance et intermédiation

 

3. Le « grand mystère de l’existence » (GME)

3.1. Prise de conscience

3.2. Analyse du grand mystère

 

4. Après ... l’existence

4.1. Une frontière connue

4.2. Une après-vie inconnue

4.3. Théorie statistique et GME

 

9. Inconclusion ?

 

*

*   *

 

0. L’approche suivie

 

0.1. Par nature, l’activité scientifique cherche d’abord à comprendre, au sein d’un domaine de connaissance, le « comment » de chaque phénomène qui en relève, et à expliciter la (ou les) « loi(s) » supposées le gouverner. L’espoir qui anime cette « quête » est le suivant : une meilleure compréhension de ces lois doit permettre de mieux agir sur les phénomènes étudiés pour « améliorer la condition humaine » : eg alimentation, santé, environnement, mais aussi information, prévention.

 

L’Homme espère peut-être, plus ou moins consciemment, parvenir ainsi progressivement à l’ « explication ultime ». Peut-être aussi cherche-t-il à s’approcher (de la connaissance) d’un possible « Etre supérieur », supposé orchestrer cet univers, donc du pouvoir absolu et universel supposé constituer son attribut spécifique.

 

Ces orientations paraissent, au premier abord, totalement utopiques, absurdes ou illusoires.

 

Den plus, l’Homme peut aussi ne pas vouloir se borner au « comment » des choses.

 

0.2. Il peut aussi chercher à analyser le « que » ou le « qui », c’est-à-dire essayer de comprendre la nature de l’« Entité » (ou « Etre ») qui est censé(e) avoir réalisé (« créé ») cet univers.

 

Par commodité, et faute d’expression consacrée, on utilisera le vocabulaire le plus « neutre » possible, celui de la théorie de la décision (décision statistique) : cette Entité sera donc appelée « Nature ».

 

Cette Nature, au sens entendu ici, n’est pas un « Dieu », au sens religieux, ni même le « dieu » des philosophes, qui constitue une fiction commode en métaphysique. Dans une approche rationnelle, la référence à un contexte religieux n’a de place que pour des analyses scientifiques de type psycho-sociologique. Cependant, le phénomène psychologique et sociologique des religions doit aussi être examiné, dans la mesure où il s’est inscrit dans l’Histoire de l’humanité de façon rémanente et forte.

 

0.3. Un scientifique peut enfin s’interroger sur le « pourquoi » des choses, c’est-à-dire chercher à savoir si cet « univers » perceptible possède une quelconque « finalité », ou, au contraire, s’il ne peut se voir attribuer aucun sens clair, voire même s’il peut être considéré comme une « absurdité » (cf l’« être et le néant »).

 

En effet, si l’on se fie à l’instrument d’observation individuel constitué des cinq sens bio-physiologiques, on peut être conduit à penser que ce mystère est réellement « formidable », ou « extra-ordinaire », même si on le cotoie en permanence pendant toute la durée d’une vie. De plus, les interprétations scientifiques (théories) spécialisées de chaque domaine de connaissance et des phénomènes qui ont été distingués en leur sein, confirment, si besoin était, le caractère exceptionnel de la situation. Mais aussi le caractère formidable, incompréhensible, inextricable, ou encore déconcertant, de cette situation.

 

0.4. Les développements ci-après tentent d’approcher ces questions fondamentales. Ils relèvent donc, par essence, de la philosophie des sciences. Mais ils proposent une vue nouvelle, entièrement originale, de ces questions : c’est la mise en perspective qui importe, bien davantage que les connaissances nécessaires à la compréhension. Ces connaissances sont d’ailleurs répandues ou reconnues, même si, quel que soit le domaine de recherche, les théories dominantes actuelles ne sont pas toujours entièrement satisfaisantes ; certaines doivent même faire face à des théories alternatives sérieuses. Mais ces critiques permanentes des scientifiques envers leur propre travail sont nécessaires.

 

Tout en cherchant la rigueur, on évitera cependant d’encombrer le discours par des excès de précision ou de citations, usuels dans une « recherche » de type académique.

 

Enfin, on soulignera le caractère inutile, et même absurde, de débats, fréquents dans ce type de contextes, qui ont pour principal objectif ou effet d’obscurcir les bases de la réflexion. Ces débats n’ont, en définitive, pas d’intérêt relativement à ce qui est recherché ici. En effet, à l’analyse, ils s’avèrent généralement :

 

(a) soit dénués de pertinence, car fondés sur des « informations » ou des « comportements » associés qui ne sont pas des « preuves scientifiques » ;

 

(b) soit être la conséquence d’enjeux d’une nature autre que la compréhension de ce mystère lui-même : enjeux de pouvoir, d’influence, d’enrichissement, etc.

 

Ceci tient simplement à la fragilité de l’objet de ces débats, aussi bien qu’à leur caractère « irrationnel » (relativement à l’approche scientifique qualifiée de « rationnelle »), ou même conflictuel : religions scienticides (cf obscurantismes passés et présents), hypothèse sur l’existence de formes de vie extra-terrestres, phénoménologie de l’« étrange » (fantômes, revenants, voyance et médiation, etc), alternatives des religions « classiques » (métempsychose, etc). Ces questions seront aussi analysées.

 

On se réfèrer ainsi à la distinction de base entre rationalité et irrationalité :

 

(a) la rationalité est, dans l’optique retenue ici, celle apportée par la science. Elle comporte des limites, mais elle est fondée sur des preuves (observations contrôlées) ainsi que sur un certain consensus (théories) dans le monde scientifique. Ce degré de consensus peut porter aussi bien sur l’observation des phénomènes que sur leur description, analyse ou théorisation (modélisation). En général, les désaccords éventuels sont à la fois repérables et circonscrits ;

 

(b) l’irrationalité est relative à ce qui est « extérieur » à la science, c’est-à-dire à tout ce qui ne comporte aucun fondement scientifique mais est assis sur des observations illusoires ou sur des croyances sans fondement. Ces croyances sont souvent très tenaces et très répandues, au point d’être confondues avec des coutumes, ou même des « savoirs » ! Elles peuvent aussi concerner l’observation et la description de divers phénomènes eux-mêmes, mais leur analyse ou théorisation scientifique est récusée au profit d’autres convictions : fantasmes, illusions, etc.

 

La frontière entre ces deux zones de l’activité mentale est, en partie, déterminée par les limites rencontrées par l’activité scientifique, ainsi que par les besoins de compréhension ou de rassurement légitimes qui poussent l’Homme à explorer des perspectives autres que scientifiques, là où la science ne peut encore répondre.

 

Cependant, on doit aussi reconnaître l’importance d’une « caractéristique » spécifique de l’activité cérébrale humaine, à savoir l’imagination :

 

(a) c’est, en effet, elle qui est à l’origine de divers « phantasmes » psychologiques et sociologiques : évocation de mystères divers, commentaires (cependant sans fondements) relatifs à des manifestations incompréhensibles, appréhensions, peurs ou angoisses, etc, ont parfois commandé certains modes d’organisation sociale observables à travers le monde ;

 

(b) c’est aussi l’imagination (visions d’avenir, rêves, projets) qui a, de tous temps, gouverné les sociétés et leur évolution. La notion d’évolution doit, en effet, être bien distinguée de celle de progrès : l’évolution d’une société n’est pas synonyme de progrès ;

 

(c) c’est encore l’imagination qui a fait avancer la science : il suffit de se référer aux travaux des grands précurseurs de diverses époques pour s’en convaincre (cf Galilée, Vinci, etc). La créativité régnant dans le monde des Arts semble aussi avoir joué un rôle déterminant.

 

1. Aspects scientifiques (rationalité)

 

1.1. L’ « origine » et le « Big bang »

 

Si l’on suit la théorie du « Big bang », une certaine masse de matière, peut-être unique, peut-être « localisée » ou « concentrée » en un certain lieu, est supposée avoir « explosé » à une certaine époque. Les conséquences en ont donc été : l’occupation de l’espace (celui-ci n’est pas nécessairement défini), la durée de déroulement du phénomène (datations), la question de l’unicité de ce phénomène (on ignore si d’autres masses ont existé, si elles ont connu une évolution semblable, etc).

 

Cette théorie justifie l’observation d’une phase d’expansion de l’univers. Cette phase durera-t-elle ? Sera-t-elle suivie d’une phase de stabilisation, puis d’une phase de contraction ?

 

Est-on aujourd’hui en fin de phase d’expansion ou en début de phase de contraction ? Ceci pourrait être le cas, dans la mesure où, lors de l’expansion (surtout à son début), les forces centrifuges l’emportent (a priori de très loin) sur les forces centripètes (forces d’attraction vers le « centre »), mais aussi sur les forces « intéractives » (ie celles existant entre les corps célestes). En effet, dans la mesure où les planètes exercent des forces d’attraction entre elles (Newton et ses successeurs), et qu’un certain équilibre semble cependant persister (même à très long terme), on peut penser que le Big bang est loin derrière, et que la contraction commence à s’amorcer. Certains types de collisions entre corps célestes peuvent s’expliquer par ces changements de rapports des forces.

 

Les divers corps célestes (observables ou supposés), issus de l’expansion de l’univers, ont suivi une évolution physico-chimique globale. Or, parmi ces corps, la Terre (et tout ce qu’elle contient) s’est naturellement trouvée au centre des débats scientifiques, puisque l’existence et le destin de l’Homme (tel qu’on le connaît aujourd’hui) se trouvent être étroitement liés à cette planète.

 

1.2. Quelles hypothèses pour la suite ?

 

Un schéma général (dominant ?) consiste à admettre que l’un des corps célestes faisant partie du « monde physique », autrement dit la Terre, était, à une période de son évolution, recouvert d’eau à la suite d’un « déluge » résultant d’un phénomène de condensation planétaire (cf allusion biblique). Par la suite, et à la longue, une partie de sa surface s’est dégagée de l’eau et s’est morcelée au gré de la dérive des continents (tectonique des plaques).

 

On peut alors suivre l’idée selon laquelle des organismes dotés d’une « activité biologique » (avec ou sans conscience ?) ont commencé à apparaître dans l’eau. C'est dans ce milieu que la « vie » serait apparue, d'abord sous forme très élémentaire (chaînes protéiques ? virus ? bactéries ? champignons ?), puis plus élaborée. Il semble que l’on puisse, aujourd’hui, recréer des conditions physico-chimiques susceptibles de faire évoluer des molécules vers des formes « actives » (cf aussi infra : tardigrade, etc).

 

Par la suite, des « espèces » nageantes se seraient, au cours de millions d’années, transformées en espèces rampantes, puis en espèces marchantes, grimpantes, enfin volantes. On peut d’ailleurs observer des espèces « mixtes », ou « hybrides », dont la vie est à la fois aquatique et terrestre.

 

D’autre part, on peut estimer que les êtres volants (oiseaux, insectes, etc) sont les plus évolués du (seul) point de vue de l’attraction terrestre, puisqu’ils ont pu, dans une certaine mesure, se « dégager » de cette contrainte (cf le mythe d’Icare).

 

1.3. Evolution biologique et prise de conscience

 

1.3.1. Formes de vie connues et unicité

 

On doit d’abord remarquer que l’apparition d’une forme de vie liée à la Terre semble, à la réflexion, relever de cisconstances qui étaient a priori bien improbables. Cette situation « unique » (?) interpelle très fortement, et c’est cette improbabilité qui a pu notamment alimenter les discours religieux.

 

1.3.2. Vie intelligente et perception environnementale

 

C'est grâce au développement d'une perception sensorielle (les « sens ») que des formes d'intelligence variées sont apparues, que la vie s'est elle-même développée et organisée. Ainsi, l'existence des cinq sens « classiques » (vue, audition, toucher, odorat et gout) a permis aux être vivants d’observer leur environnement : prise de conscience d’un « extérieur à soi », ce qui ne signifie pas prise de conscience de « sa propre existence ».

 

L'absence de tous ces sens réunie sur un être vivant est une particularité rarissime.

 

Cependant, il n'est pas rare de rencontrer des vivants dépourvus de certains sens. Parmi ceux-ci, la vue et l'audition sont particulièrement importantes : leur lacune entraîne une dépendance extrême, voire la disparition spontanée, de l’être vivant qui en serait affecté.

 

Ainsi, on estime (OMS, 2003) qu’il existe, dans le monde, environ 136 Mp « déficients visuels », dont environ 40 à 45 Mp « aveugles », la population mondiale étant alors estimée à 6,2 Gp (soit 2,2 % et 0,7 %). De même, le nombre de « sourds ou malentendants » était estimé (2013) à 360 Gp relativement à une population mondiale d’effectif supérieur à 7 Gp (soit 5,1 %).

 

La probabilité pour qu’une personne physique soit déficiente de chacun de ces sens est (relativement) faible ; la probabilité d’être affecté de 2 ou davantage de sens est donc encore plus faible si l’on admet l’indépendance entre l’existence des déficiences. Dans le cas de la non voyance et de la surdité au sens large, on obtient une proportion égale à 0,000357.

 

Un être totalement déficient dans tous ses sens (à supposer qu’il existe) pourrait-il avoir conscience de son environnement, de sa propre existence ? Pourrait-il concevoir même l’idée d’un dieu ? Aucunement. Son cerveau serait probablement très atrophié, et cet état lui interdirait toute intelligence, malgré son « inné » ou son hérédité. Mais celà n’empêcherait pas le GME ... d’exister.

 

1.4. Sciences et domaines de connaissance

 

1.4.1. Les cinq sciences fondamentales

 

Dans le Dictionnaire de Statistique 2005, on distingue cinq domaines de connaissance fondamentaux :

 

(a) la physique s’intéresse aux « objets » inertes (ie sans « vie »). Le milieu physique est peut-être le premier dont on prend conscience (toucher, chûte, etc). C'est le monde « inanimé », ce qui ne signifie pas qu’il soit dépourvu de mouvements : ses « objets » peuvent en effet se mouvoir (cf courants gazeux ou aqueux, déplacements géologiques solides) ;

 

(b) la biologie a pour objet général l’étude des organismes vivants (faune, flore). Notamment, la faune a beaucoup évolué. Le milieu biologique est celui-là même de l’histoire de l’Homme. C'est le monde de la vie, dont l'Homme fait naturellement partie. On a vu que l’on peut s’interroger sur l’existence d’une « frontière » (plus ou moins épaisse, ou plus ou moins floue) entre le monde biologique et le monde physique ;

 

(c) l’écologie porte sur l’adaptation des organismes vivants au monde physique, et sur les intéractions entre organismes vivants eux-mêmes. Elle étudie, par exemple, des modèles de prédateurs-proies, des modèles de compétition pour l’accès aux ressources naturelles (nutriments, etc), des modèles sur diverses formes de parasitage (cf saprophytes), etc. Le milieu écologique suit naturellement cette description, dans la mesure où le milieu biologique s'est « adapté » au milieu physique, et que des intéractions se sont créées au sein du milieu biologique (la faune exploite les ressources naturelles végétales) ainsi qu'entre entités biologiques et milieu physique (la faune exploite les ressources naturelles physiques) ;

 

(d) la psychologie a pour principal objet le comportement des organismes vivants (au niveau individuel ou collectif). L’homme est évidemment au centre de ses recherches, mais les modèles animaux (conditionnement, positionnement, hiérarchies, etc) lui ont apporté divers éclairages. Le milieu psychologique apparaît alors comme une « réaction spontanée », puis construite, (comportement individuels ou de groupes) du monde vivant (sans doute principalement la faune) aux divers stimuli émanant du monde physique et du monde vivant lui-même ;

 

(e) la sociologie, enfin, étudie les groupes d’organismes vivants de même type (« êtres semblables »), donc les modes de pouvoir, d’organisation, de solidarisation ou de communication au sein des groupes, et aussi entre ces groupes. Le milieu sociologique est donc celui qui se déduit de ces comportements, dans la mesure où l'organisation des sociétés (animales mais aussi végétales) vise à établir un certain ordre permettant, ou organisant, la vie (ou parfois la survie) des groupes.

 

1.4.2. Relations entre sciences

 

Ces « sciences » peuvent être mises en relation selon  deux niveaux de réflexion.

 

(a) une approche de type énumératif ou multidimensionnel. L’Homme observe son environnement et finit ainsi par distinguer les cinq domaines précédents : ces domaines peuvent être considérés de façon « circulaire » par rapport à l'Homme. En effet, ce dernier peut vouloir s'intéresser à chacun d'eux indépendamment des autres. A ce stade, il procède à l'observation des phénomènes spécifiques de chacun des domaines de connaissance. A partir de là, des interrogations vont généralement apparaître (pourquoi, comment, où, etc), qui nécessiteront des réponses. L'homme ne pouvant pas lui-même tout embrasser intellectuellement, il devra généralement déléguer ces recherches d'explications à des semblables, ordinairement appelés les « scientifiques » ou « hommes de l'art » ;

 

(b) une approche de type constructif ou progressif. Ici, l’Homme suppose qu’une meilleure connaissance des lois de « base » (celles de la physique) doit permettre une meilleure connaissance des lois biologiques, laquelle, à son tour, permettra de mieux comprendre les lois écologiques, etc. Autrement dit, il existe un « étagement vertical » des sciences tel que les progrès des sciences situées vers les étages élevés dépendent de ceux des sciences moins haut placées.

 

La relation du monde scientifique vis-à-vis des domaines de connaissance peut donc ainsi être vue selon un schéma progressiste (et peut-être aujourd’hui quelque peu « utopique »), ie selon la pyramide des sciences suivante (lecture de bas en haut) :

 

meilleure compréhension des lois sociologiques

 

meilleure compréhension des lois psychologiques

 

meilleure compréhension des lois de l'écologie

 

meilleure compréhension des lois de la biologie

 

meilleure compréhension des « lois » de la physique

 

(iii) Dans les deux approches précédentes, le « monde physique » est a priori supposé constituer le « support » des autres « mondes » : la compréhension d’une large partie de ce monde peut relever de l’étude expérimentale.

 

Cependant, une attitude totalement inverse peut se concevoir : dans cette conception, un « monde purement spirituel » (ie constitué de « purs esprits » sans support physique préalable) s’invente un contexte matériel (idéalisation) dans lequel il exerce son « activité », selon des lois par lui fixées ou non (cf les dieux de l’Olympe vis-à-vis des hommes). Autrement dit (cf Shakespeare), le monde matériel n’existe que parce qu’il est pensé. Si des « esprits » reconnaissent suivre ensemble des « lois de la nature » dont le produit serait le « monde réel » (ie matériel), il semblerait logique de penser que ces esprits partagent un corpus commun : ce serait le cas, notamment, si ces esprits étaient issus (de la division) d’un même « super-esprit » (cf E. Allan-Pöe, § 2.2.2.). Mais ces hypothèses sont évidemment gratuites, car leur vérification (ou leur test) est aujourd’hui impossible.

 

Avec ces « constructions » se pose donc le problème de la relation entre le « monde matériel » et le « monde spirituel » : existe-t-il un monde spirituel indépendant (ie détaché) du monde matériel ? Ou bien le support matériel est-il un préalable nécessaire ? Ceci pose, inéluctablement, la question de la « matière » : de quelle nature est-elle ? comment la science (physique) la conceptualise-t-elle ? La matière possèderait-elle une sorte de « mémoire », qui serait stockée dans ses composants de base (particules, ondes), ou, de façon plus élaborée, dans des combinaisons de tels composants (atomes, molécules) ? Pourquoi est-elle si « vide » (corpuscules vs ondes) ?

 

1.5. Statistique et science

 

Le rôle et la place de la Statistique dans l’activité scientifique sont largement détaillés dans le Dictionnaire de Statistique 2005 (cf Introduction). On en résume les principaux aspects.

 

1.5.1. L'homme et les domaines de la connaissance (observation, réflexion, décision, action)

 

Trois schémas de base permettent de comprendre quelle place la Statistique occupe dans les sciences et dans l’activité humaine.

 

(i) Observation. Le premier schéma indique comment les phénomènes relevant des divers domaines de connaissance peuvent être observés de façon la plus appropriée possible (protocoles d’obtention de l’information). Le travail scientifique commence donc avec l’observation des phénomènes en mettant en place un dispositif d'observation. Celui-ci nécessite notamment l'usage d’une méthodologie statistique : définition des unités à observer, des descripteurs (variables) attaché(e)s à ces unités, des modes d'obtention des données (observations) (lecture de haut en bas) :

 

phénomène à observer

 

système (ou dispositif) d’observation (sondages, expériences)

 

méthodes statistiques (production statistique)

 

observations phénoménales disponibles

 

Il existe, en effet, deux grands modes d’obtention des observations : un mode de collecte « spontané » (ie sans méthodologie statistique a priori), et un mode de collecte « raisonné » (c’est-à-dire résultant d’une méthodologie statistique : sondages, plans d’expérience).

 

Ainsi, en météorologie, la mise en place de « stations » quadrillant une région donnée prend en compte l’espace-temps (latitude, longitude, altitude et instants ou périodes de temps). Ces stations ont alors pour objet de mesurer diverses variables (température, pression, hygrométrie, vitesse et orientation des vents, etc) dans cet espace-temps. L’usage des satellites a permis de compléter ce dispositif d’observation.

 

(ii) Théorisation(s). Le deuxième schéma proposé indique que l’observation des phénomènes précédents permet d’élaborer des théories de ces phénomènes. Ces théories doivent alors faire l’objet de validation. L’activité scientifique vise donc à établir une représentation théorique (modélisation, spécification) des phénomènes observés (lecture de haut en bas) :

 

observations phénoménales disponibles

 

représentations théoriques

 

modélisation et validation statistiques

 

Cette modélisation nécessite une méthodologie statistique adaptée (notamment, estimation et tests) en vue de « fixer » les idées relatives aux phénomènes étudiés.

 

Ainsi, le météorologue peut estimer des modèles (soit fondés sur les lois de la physique, soit « autogènes » ou « empiriques ») à partir des relevés d’observation précédents.

 

La validation de cette représentation exige, à nouveau, une mise en oeuvre des méthodes statistiques, qui interviennent encore de façon centrale. De plus, une fois validée, la représentation théorique peut être « étendue » (dans l’espace ou dans le temps) à l’aide de diverses techniques : interpolations, extrapolations ou prévisions, rétropolations ou rétroprévisions.

 

(iii) Anticipation et action. Par suite, un troisième schéma suggère que la disponibilité d’une théorie « éprouvée » permet de prévoir à meilleur escient l’évolution de certains phénomènes et, par là, d’agir sur les différents milieux environnant ces phénomènes.

 

La compréhension d'un phénomène donné paraissant suffisante (ou faute de mieux), on peut en effet vouloir utiliser cet acquis pour lancer une action en relation avec ce phénomène, et dans un but déterminé (lecture de haut en bas) :

 

modélisation validée

 

prévisions, anticipations

 

décisions

 

actions

 

Agir sur des phénomènes est, en effet, parfois possible. Ainsi (biologie), la connaissance d’un mécanisme oncologique donné, ainsi que celle d’un mécanisme pharmacologique associé, peuvent conduire à la mise en place de traitements adaptés. De même (sociologie), on peut modifier des variables économiques comme la fiscalité ou le crédit (objectif : relance par la demande), administrer certains prix (objectif : relance par l’offre), etc.

 

Mais de telles actions sont parfois impossibles : eg en astro-physique, on ne peut guère modifier la trajectoire d’un corps céleste ; en météorologie, on ne peut influencer le climat global de court terme. Ce qui n’empêche pas d’expérimenter (eg en chimie, biochimie) ...

 

Cependant, même dans ces cas, la connaissance (compréhension) des phénomènes peut aider à résoudre des problèmes importants. Ainsi, les prévisions du temps ou du climat peuvent aider à anticiper des décisions :

 

(a) prévention d’inondations, d’incendies, de glissements de terrain, d’avalanches, etc, par délimitation de zones inondables, incendiables ou instables, etc, et par une réglementation relative à ces zones ;

 

(b) rationnement de l’eau (prévention des pénuries), sécurisation ou protection vis-à-vis de diverses catastrophes (orages, séismes, etc).

 

(iv) Compte rendu du mandat (démocratie et vulgarisation). La maîtrise (validation) de la compréhension du phénomène doit permettre au scientifique de retourner (ie de rendre compte) à l'homme (son « mandant ») des explications intelligibles par ce dernier.

 

Un schéma logique peut donc être le suivant (lecture de haut en bas) :

 

observation phénoménale

 

représentation théorique

 

validation de la représentation

 

explications en retour

 

utilisation des acquis

 

C’est, en principe du moins, sur la base de l’efficacité scientifique que le décideur (eg celui issu du vote démocratique) pourra décider de développer ou de réorienter les recherches dans ces divers domaines de la connaissance.

 

1.5.2. Sciences exactes et « autres » sciences

 

1.5.2.1. Longtemps a prévalu l'idée que, exceptées les sciences mathématiques (qualifiées de reines des sciences), seules les sciences physiques (voire aussi biologiques) pouvaient s’appeler des sciences exactes, en raison notamment des possibilités d’expérimentation (contrôlée), les autres domaines de connaissance paraissant relever de discours plus flous ou plus contingents. Les premières sciences seraient alors des « sciences dures », les autres des « sciences molles ».

 

Autrement dit, dans l’approche « constructive » ci-dessus, le bas de la pyramide, celui qui sous-tend l’ensemble de la construction pan-scientifique, correspondrait aux sciences dures. Le fait de remonter vers le haut de cette pyramide entrainerait un ramollissement scientifique (observation, théories, actions).

 

Ainsi :

 

(a) à la base de la hiérarchie des domaines de connaissances (physique), le lancement  d’un drone en vue d’observer une cible donnée, ou celui d’un missile en vue d’atteindre cette même cible, conduit généralement à un taux de réussite élevé ;

 

(b) au niveau « médian » (écologie), la régulation par l’homme d’une population animale, supposée en risque d’extinction, peut permettre la survie de cette population, dans des conditions cependant moins assurée ;

 

(c) à l’autre extrémité de la hiérarchie considérée (psychologie et sociologie), on peut s’interroger sur le caractère, parfois exhorbitant, du pouvoir attribué à certains hommes de l’art (eg psychologues, psychiatres, etc) en matière judiciaire, lors d’une décision impliquant une rétention ou, au contraire, une relaxe, individuelle : l’incertitude relative à ce type de situations est en effet parfois trop forte (risques de récidive) pour autoriser une décision claire (sauf application du principe de précaution, ie en Statistique, utilisation d’une règle minimax, qui minimise le plus grand des risques possibles). Le seul contrepoids est alors l’intime conviction du juge et son bon sens.

 

1.5.2.2. L’opinion distinguant les sciences selon leur dureté (ie leur « exactitude ») est aujourd’hui périmée (quoique encore parfois émise). Elle n'est pas, en elle-même, scientifique, car elle confond science (scio = je sais) avec précision. Ce n'est pas parce qu'une science (au sens de savoir) porte sur un domaine de connaissance dont la nature intrinsèque semble plus aléatoire qu'un celle d’un autre domaine, que cette science ne mérite pas le nom de science (voire de science exacte). D’ailleurs, au sein même des sciences dures, certains objets peuvent apparaître comme intangibles (ou de nature déterministe) au niveau macroscopique, alors qu'ils peuvent « cacher » des mouvements de particules aléatoires au niveau infra-miscroscopique (cf physique statistique, physique corpusculaire, etc).

 

Le distingo « sciences exactes - autres sciences » est donc à rejeter, ne serait-ce qu’en raison de la nécessité d’un recours généralisé à la Statistique, quelle que soit la science considérée. Or la Statistique est, justement, la science de gestion de l’aléatoire à tous les niveaux de l’activité scientifique (observation, description, modélisation, etc).

 

Des phénomènes relevant de domaines de connaissance différents peuvent donc être plus ou moins « stochastiques ». Des théories peuvent alors paraître plus ou moins concluantes selon les cas traités : la variabilité « intrinsèque » peut différer, non seulement entre sciences, mais aussi, au sein d’une même science, d’un phénomène à un autre.

 

1.5.2.3. Ce qui précède est d'ailleurs à distinguer de la notion d' « état des connaissances » relatif à chaque science. En effet, l'histoire des sciences montre que celles-ci n'ont pas nécessairement évolué au même rythme (maintien de l'obscurantisme dans le passé, budgets de recherche différents de nos jours, etc), ce qui entraîne ipso facto que les niveaux de compréhension soient différents à une date donnée (retards dans certains domaines). Mais il est vrai, aussi, que la définition d’une mesure homogène d’un « niveaux d’évolution » entre sciences peut être très délicate, voire absurde : en effet, si l’on suit le schéma inter-sciences de type constructif, une science située à un niveau quelconque de la pyramide ne peut qu’être en avance par rapport à une science située au niveau supérieur. Sauf à admettre que la nature des lois spécifiques de chaque niveau est différente : ce phénomènes est déjà le cas dans certaines sciences (cf problème du « no bridge » en économie : eg la fonction de consommation macro ne résulte pas des fonctions de consommation micro-individuelles).

 

La plus ou moins grande validité des schémas théoriques gouverne donc l’état des connaissances. En effet, un modèle mieux validé qu'un autre conduira, en principe, à des résultats plus fiables.

 

1.5.2.4. Il faut aussi distinguer entre phénomènes à forte variabilité (« intrinsèque ») et ceux à faible variabilité. Aucune science ne semble exempte de phénomènes dont la variabilité intrinsèque soit forte (du moins, avec un dispositif d'observation donné). Par suite :

 

            (a) en termes de prévision, la confiance sera a priori plus forte avec des variables « stables » qu'avec des variables « instables ». Ainsi, des prévisions météorologiques sont a priori plus délicates lorsque le temps est variable (équinoxes, selon le schéma saisonnier traditionnel) que lorsqu’il est bien établi (solstices).

 

            (b) en termes d'action, les résultats obtenus seront moins assurés lorsque les décisions (« mesures ») prises concernent des variables assorties de bruit « statistique » fort.

 

2. Aspects psycho-sociologiques (irrationalité)

 

2.1. Evolution des « croyances »

 

Un « sentiment religieux » est progressivement apparu chez l’homme, en relation avec le caractère inexpliqué des nombreux phénomènes qu’il était en mesure d’observer. Ce sentiment est loin d’être le seul « besoin » que l’homme ait ressenti pour répondre à ces questions. Lorsque les « explications » rationnelles (eg scientifiquement fondées) rencontrent leurs limites (et elles sont nombreuses), l’Homme semble vouloir se « réfugier dans l’irrationnel », sous toutes ses formes, pour obtenir à tout prix des réponses, ou même des « certitudes », à ses interrogations. Ceci n’interdit pas l’existence d’une sorte de rationnalité (psychologique ou sociologique) sous-tendant ces comportements.

 

A la longue, le sentiment religieux a incité l’Homme à construire des dogmes, assortis de rites variés, donc à faire apparaître des « religions », au sens actuel.

 

D’un point de vue historique, l’avantage évident de ces créations a été l’établissement d’un ordre moral, doublé d’un ordre social, ou sous-tendant celui-ci. La stabilité et l’équilibre d’une société a toujours été un fondement de paix et de développement.

 

Mais, en prenant du recul, on observe que cette situation a entraîné, sur très long terme, des inconvénients majeurs, que l’on peut aujourd’hui apprécier dans toute leur étendue et dans toute leur profondeur :

 

(a) d’une part, un obscurantisme persistant, sous diverses formes, dans toutes les régions du monde ;

 

(b) d’autre part, un formidable conditionnement de l’Homme lui-même, par divers moyens aptes à maintenir l’ordre social précédent. Ainsi, des rites religieux (liés à la démographie : mariage, reproduction, sépulture ; ou liés à la vie sociale : rassemblements sous forme de messes ou communions, prières journalières, etc) (cf l’ « opium du peuple ») ont été élaborés et imprimés à l’homme tout au long de l’Histoire ;

 

(c) enfin, divers intérêts, d’abord politiques, mais aussi matériels ou autres, se sont rapidement greffés sur ces croyances et ont mis à profit le conditionnement précédent. En effet, les ordres religieux et social précédents ont facilité l’établissement d’un pouvoir politique, d’un Etat, d’un ordre juridique (administration de la vie sociale), etc. Il semble que, primitivement (au moins depuis quelques 4 000 ou 5 000 ans), les Etats politiques aient incorporé les comportements religieux dans leur constitution même (cf Pharaon et ses prêtres, monarchies de droit divin, etc). Ceci est encore le cas d’une grande majorité d’Etats, dits « modernes » : Etats Unis (cf « In God we trust »), Angleterre (la reine cumule les fonctions de chef d’Etat et de chef de l’Eglise anglicane ), de même pour l’Etat du Vatican, etc. Avec le concordat de 1905, et la « laïcité » qui en a été le grand corollaire, la France fait partie des rares Etats qui semblent aujourd’hui indépendants (mais dans quelle mesure ?) de toute influence ecclésiastique.

 

2.2. Les phénomènes « paranormaux »

 

2.2.1. Préalables

 

La science n’explique pas tout. Les savoirs relatifs à chaque domaine de connaissance résultent d’une évolution et d’une construction progressive, plus ou moins lente, avec une gestion des priorités qui ne s’exerce pas seulement à l’intérieur de la « sphère scientifique » (chaque responsable d’un service de recherche doit gérer un budget, donc procéder à des arbitrages), mais aussi, et en premier niveau, à l’intérieur de la « sphère politique », laquelle décide d’attribuer des moyens : essentiellement des ressources financières, d’où procèdent les moyens humains et matériels.

 

Ici, comme dans de nombreux contextes économiques, deux stades de décision prévalent : le stade relatif au « niveau » de ressources à attribuer, celui relatif à la « répartition » de ces ressources entre choix alternatifs ou concurrents. On peut donc décrire deux chaînes de décision de la forme suivante :

 

(i) en descente :

 

sphère politique

 

niveau des budgets

 

sphère scientifique

 

affectations des budgets

 

recherches

 

résultats validés

 

(ii) en remontée :

 

sphère politique

 

demandes budgétaires

 

sphère scientifique

 

propositions de nouvelles recherches

 

résultats

 

Ainsi, à un moment donné, de nombreux phénomènes observés peuvent n’avoir pas reçu d’explication satisfaisante. Mais, à l’inverse, le scientifique ne doit évidemment pas en nier l’existence ni la nature. Au contraire, il doit normalement tenter de les analyser en usant des démarches qui lui sont habituelles.

 

Ceci suppose l’absence de falsification, de mystification ou de fraude relativement à ces phénomènes. En effet, c’est la théorie qui doit s’adapter aux faits (science), et non les faits à la théorie (falsification). Il est ainsi évident que l’observation des divers phénomènes doit, elle-même, être vérifiée et contrôlée (absence d’illusions, de triches, etc).

 

2.2.2. Les « retours vers la vie antérieure »

 

2.2.2.1. Le cas des supposées « résurrections » (décès suivis de « retour à la vie », ou encore E.M.I.) paraît, en suivant la logique actuelle, sans aucune pertinence. En effet, la mort est toujours, en définitive, un phénomène irréversible. Le « flou » entourant (parfois) son constat peut résulter d’une erreur de diagnostic, notamment lorsque celui-ci est délicat à établir (symptomatologie difficile à interpréter ou symptomes d’apparences contradictoires). De plus, le fait de « ressuciter », ou la survenue d’une « rémission » dans une pathologie donnée, peuvent ne pas être explicables dans l’état actuel des connaissances médicales, etc.

 

Du côté de l’objet (les « cas » étudiés), la situation paraît donc claire.

 

2.2.2.2. Du côté du sujet (l’observateur), on sait qu’il est possible de procéder à l’excitation du cerveau à l’aide de stimuli divers : mécaniques, électriques, magnétiques, chimiques (médicamenteux ou toxiques) ou encore biologiques (bactéries, virus, champignons). Par suite, cette excitation peut provoquer l’altération des perceptions d’un individu (hallucinations, pertes de mémoire, incohérences, etc). L’hypnose et ses propriétés peuvent être ajoutées à ce type de contextes.

 

Or ce cerveau résulte justement d’un lent processus biologique de complexification : d’abord en relation avec la perception sensorielle (interprétation progressive des signaux perçus par les sens), puis en relation avec un « construit » (intelligence, mémoire, affectif, etc).

 

En temps « normal », il arrive déjà que cette perception, aussi bien que cette construction, aient des défauts : mirages (ie reflet d’images distantes résultant d’une différence thermique entre milieux ambiants) ou illusions d’optique (vue) ; acouphènes, impression de voix (audition) ; altération des papilles entre mets successifs (goût) ; etc. Non seulement un sens peut être lui-même défaillant (y compris par évolution naturelle : baisse de l’acuité avec l’âge, etc), mais le cerveau lui-même peut posséder ses propres limites, variables entre individus (cf consanguinités, etc). Autrement dit, « la Nature ne semble pas parfaite », ce qui constitue une pensée dérangeante.

 

Cette question du retour à la vie se trouvait notamment évoquée dans les Histoires extraordinaires d’E. Allan Pöe (1844). Sur fonds d’Inde et d’opium, la plupart des symptômes, encore rapportés aujourd’hui (lumière blanche, séparation du corps et de l’esprit), étaient déjà mentionnés dans ce roman : Révélation magnétique (« matière imparticulée », « ce que nous appelons la mort n’est que la métamorphose douloureuse ; notre incarnation actuelle est progressive, préparatoire, temporaire ; notre incarnation future est parfaite, finale, immortelle. La vie finale est le but suprême »), Souvenirs de M. Auguste Bedloe (ou Oldeb), Ligéia et Rowena (d’après Joseph Glanvill : « Car Dieu n’est qu’une grande volonté pénétrant toute chose par l’intensité qui lui est propre. L’homme ne cède aux anges et ne se rend entièrement à la mort que par l’infirmité de sa propre volonté »).

 

2.2.3. Les autres « formes de vie »

 

Les affirmations relatives à d’hypothétiques vies extra-terrestres (« aliens », « visiteurs », etc), qui se seraient, en outre, manifestées en se déplaçant vers la Terre, constituent une forme de mystification assez élaborée.

 

Elles se basent sur des « observations » (OVNI, tracés énigmatiques au sol, etc) dont les mystères mis en avant peuvent, à la rigueur, se relier à des interrogations archéologiques ou historiques non résolues, et relatives à l’Antiquité : temples égyptiens ou d’Amérique centrale et méridionale, alignements celtiques, etc.

 

Ici encore, les dysfonctionnement du cerveau humain peuvent intervenir : eg une illusion d’optique suggérant la présence d’un objet extra-terrestre peut s’apparenter à un mirage dans le désert.

 

Les affirmations précédentes relèvent de 2 catégories de préoccupations :

 

(a) l’existence éventuelle d’une forme de vie (soit spécifique, soit équivalente) ailleurs que sur la Terre ;

 

(b) l’anticipation de moyens de défense à l’encontre de modes d’aggression potentiels, mais dont la nature est inconnue (physique ?, biologique ? autre ?).

 

Des comportements de type « paranoïde » sont parfois même observés, qui peuvent constituer une forme d’exacerbation des préoccupations précédentes.

 

Deux niveaux d’analyse doivent encore être considérés :

 

(a) celui relatif au « sujet » : affabulation ou crédulité ;

 

(b) celui relatif à l’ « objet » : falsification ou observation imparfaite.

 

A l’examen, on peut remarquer que la plupart des éléments de réflexion (« documents ») rassemblés sur ces sujets sont essentiellement de nature visuelle (souvent photographique, plus rarement vidéographique ou sonore) ou physique (traçages sur la surface du sol terrestre ou marquages lithographiques). Les photographies (notamment anciennes) sont généralement de médiocre qualité, et ne peuvent donc que limiter l’interprétation, ce qui suggère une vraisemblable mystification : en effet, plus une photographie est floue, moins l’on peut tirer de conclusions affirmatives (cf reconnaissance des formes), et plus les hypothèses envisageables sont vagues. Au nombre de ces hypothèses, l’ « extranéité » figure donc naturellement en bonne place.

 

Aujoursd’hui, du côté des affabulateurs, les falsifications semblent être à la fois plus aisées à réaliser (notamment en matière visuelle) et de meilleure qualité. Mais diverses techniques physico-chimiques ou informatiques permettent de repérer de nombreuses supercheries : eg  montages sonores, modification d’images ou de films vidéos, sang ne coagulant pas à l’intérieur d’une ampoule (cf Italie), etc. Le « voleur » a-t-il toujours un coup d’avance sur le « gendarme » ?

 

Malgré les preuves scientifiques apportées, de nombreux falsificateurs sont apparus de façon très récurrente durant l’histoire de l’Humanité, et ceux-ci cherchent encore aujourd’hui à perturber la compréhension scientifique des phénomènes examinés ici. Ce comportement suit des motivations très larges, qui vont de la simple plaisanterie jusqu’au maintien d’intérêts extrêmes (religieux, financiers, politiques, etc). La crédulité, souvent surprenante, de certains individus ou populations ne peut que contribuer à entretenir ces activités au cours du temps.

 

2.2.4. Phénoménologie de l’ « étrange » : fantômes et revenants

 

Les « manifestations » supposées attribuables à des êtres étranges peuvent aussi résulter des aberrations du cerveau ou des sens. Mais elles relèvent généralement encore de la mystification.

 

Comme dans les situations précédentes, les expériences ou vérifications n’ont jamais prouvé d’autres étrangetés que celles résultant de trucages ou d’autres tricheries, parfois très habiles. Dans des contextes « normaux », on peut déjà observer que les « magiciens » mettent en oeuvre, dans les spectacles, divers procédés aux effets parfois étonnants : ces techniques sont d’ailleurs jalousement gardées secrètes.

 

2.2.5. Phénoménologie de l’ « étrange » : voyance et intermédiation

 

Il s’agit a priori de deux situations différentes : celle relative aux « visions » et celle relative aux « médiations ».

 

2.2.5.1. La voyance comporte elle-même deux aspects (toujours en l’absence de triche).

 

Elle peut consister en l’usage, par un consulté, d’objets spécifiques (boule de cristal, cartes à jouer, marc de café, etc) destinés à permettre une « lecture » de l’avenir individuel d’un consultant.

 

Elle peut consister en une sorte de « profilage » du consultant par le consulté : cette appréciation est basée sur l’ensemble des informations que le second peut observer sur le premier (état psychologique, tenue vestimentaire, origine sociologique supposée, etc) ou obtenir de lui (questions diverses).

 

Or, dans les deux cas, les problèmes soulevés par le consultant sont parfois flous (cf théorie des parties floues), ou bien ne portent que sur des situations courantes, banales, principalement : affectivité, famille, activité professionnelle, santé, aspects matériels ou financiers.

 

De plus, le consulté peut observer le consultant en sorte d’obtenir un maximum d’informations sur ce dernier, et le questionner afin d’anticiper au mieux ses « attentes » : le consultant souhaite généralement être rassuré, conforté dans ses décisions passées, avoir une idée plus précise de ses perspectives d’avenir, etc. Mais de nombreux contextes (notamment psychologiques ou médicaux) démontrent l’efficacité de l’effet « placebo » provoqué par des réponses allant dans le sens attendu par le consultant.

 

Enfin, en règle générale, autant les attentes peuvent être imprécises, quoique intenses, autant les réponses peuvent être vagues, mais toujours justifiées à l’aide d’échappatoires diverses.

 

Dans ces conditions, la probabilité de réalisation d’évènements attendus n’est pas négligeable. La réalisation effective de ces évènements conforte le consultant dans son mental, et ne manque pas d’être amplifiée (aspects publicitaires) par le consulté.

 

A titre d’exemple, le profilage peut comporter des questions relatives à l’âge (d’où la potentialité prévisible de problèmes de santé, de ressources financières ou de succession, etc), lesquelles seront souvent associées au « signe astral ». Or il n’a jamais été démontré que la date de naissance ait une influence significative sur le devenir individuel (eg sur l’appartenance à une catégories socio-professionnelle), alors que les informations permettant de tester ce genre d’hypothèses existent.

 

2.2.5.2. La position de « medium » consiste, pour un individu, à posséder des « pouvoirs » (entendre : des « capacités ») censé(e)s lui permettre de jouer un rôle d’intermédiaire ou d’interprête entre une entité invisible (être disparu, esprit, etc) et une personne ou une assistance. On retrouve ici, d’un côté (celui de l’entité), les mêmes a priori arbitraires déjà rencontrés (cf infra fantômes et revenants) : l’entité s’exprimerait à travers le médium, ce qui entrainerait un apport d’information particulier par l’intermédiaire d’une sorte de « catalyseur » représenté par ce médium.

 

Du côté de l’individu ou de l’assistance, les attentes sont de même type que précédemment, et ne méritent donc pas davantage d’attention.

 

3. Le « grand mystère de l’existence » (GME)

 

On parle ici, intentionnellement, de « grand mystère de l’existence » et non de « grand mystère de la vie ». La notion d’existence est, en effet, plus restrictive que celle de vie : elle suppose, non seulement une vie préalable, mais aussi une vie assortie d’un « degré de conscience ». S’il est une question fondamentale qui est, aujourd’hui, loin d’être résolue, c’est bien le pourquoi de cette « prise de conscience d’une existence », donc le pourquoi de cette « existence » elle-même.

 

3.1. Prise de conscience

 

Il s’agit de la prise de conscience de l’existence elle-même, ce qui a entraîné la prise de conscience de l’existence d’un éventuel « chef d’orchestre » (la Nature) : cette prise de conscience est (cf supra) impossible si les principaux sens (vue, audition) sont absents (les autres sens jouant alors un rôle secondaire).

 

Ce qui n’empêche pas que le « chef d’orchestre » puisse malgré tout exister ...

 

3.2. Analyse du grand mystère

 

3.2.1. De quelque façon que l’on aborde le sujet, quelle que soit la méthode utilisée, les questions suivantes se posent inéluctablement, et à titre principal :

 

(a) essence : qu’est-ce que l’univers ? De quel univers s’agit-il ?

 

(b) genèse : (qu’est-ce) qui est à l’origine de l’univers ?

 

(c) finalité : pourquoi l’univers a-t-il été créé ?

 

(d) modalités : comment l’univers a-t-il été créé ? (cf Big Bang)

 

(e) localisation : où se trouve l’univers ?

 

(f) unicité : en existe-t-il d’autres ?

 

(g) spatialité : qu’est-ce que l’infini (autre que le concept mathématique) ? Existe-t-il un infini physique ?

 

(h) dualité : matérialité et spiritualité sont-elles duales l’une de l’autre, ou bien l’une est-elle la « résultante » de l’autre (le support) ?

 

Les réponses à ces questions sont, aujourd’hui, hors de portée de l’entendement humain. La science ne peut même pas commencer à fournir un début d’explication. Ceci est le seul constat sérieux concevable et recevable.

 

Il est certes toujours possible formuler des hypothèses en guise de réponses aux questions précédentes. Mais, d’un point de vue scientifique, ces hypothèses doivent être vérifiables et validées. Or, ce sont justement ces actions qui ne peuvent être réalisées. Ceci peut largement suffire à expliquer que, en l’absence de réponse,  ceux qui éprouvent un besoin d’explication « à tout prix » se tournent vers des « croyances », des « actes de foi » sans fondements (l’irrationnel tend à remplacer le rationnel, l’imaginaire la raison, le secondaire le principal, etc).

 

On peut à nouveau mesurer, ici, la force du conditionnement de l’homme par l’homme, conditionnement qui a réussi à fonder des croyances têtues : on peut, à titre individuel, avoir des convictions (même très fortes), mais on ne peut jamais avoir de certitudes et l’on doit donc toujours se réserver une part de doute suffisante pour échapper à ce conditionnement. En effet, comme ceci a été indiqué :

 

(a) les religions on conditionné les hommes sur de très longues périodes, d’où l’apposition d’un ordre religieux (ou « spirituel ») sur les sociétés concernées : appropriation et confusion des actes de la vie courante avec des actes à vocation religieuse (cérémoniaux divers, ordre juridique religieux) ;

 

(b) les états politiques ont, à leur tour, mesuré l’importance et l’intérêt de cet ordre : certains l’ont incorporé dans leur forme de gouvernement, d’autres, au contraire, s’en sont (plus ou moins) détachés (« laïcité ») mais ont dû tenir compte du poids de la représentation religieuse (cf concordat de 1905 en France). Le plus souvent, cependant, un ordre politico-administratif (au sens moderne) a été « calqué » sur l’ordre antérieur (sans nécessairement supprimer ce dernier), notamment en raison des avantages résultant du maintien du conditionnement indiqué ci-dessus. Le problème de la laïcité ne constitue donc qu’un aspect de la question.

 

3.2.2. Pour examiner les (hypothétiques et multiples) possibilités de réponses aux questions fondamentales, il est possible d’adopter deux attitudes extrêmes :

 

(a) ou bien l’univers n’existe pas. Cette attitude conduit rapidement et nécessairement à une impasse : penser qu’une chose n’existe pas, c’est couper la branche d’arbre sur laquelle on s’est assis (le matériel comme support du spirituel) (cf « cogito, ergo sum »). Mais cette attitude elle-même peut paraître absurde : on peut penser que l’univers existe indépendamment de l’existence de l’Homme et de sa prise de conscience (cf supra) ;

 

(b) ou bien l’univers (physique, mental, etc) existe, ie on en a conscience à travers la perception sensorielle et l’intelligence qui se sont progressivement dégagées et structurées. Un important problème de compréhension apparaît alors (qui se relie à l’attitude précédente). Si la « vie », donc l’homme, n’étaient pas apparus quelque part dans l’univers, cet univers aurait-il néanmoins existé ? Ou alors ses « raisons » d’exister seraient-elles alors devenues sans « objet » ? Cette hypothèse sera rejetée par ceux qui pensent que cette forme d’absurde ne peut coexister avec l’idée d’un univers « vide de peuplement ». On devrait donc plutôt retenir l’hypothèse d’un « ordre » naturel incluant la vie, donc l’homme, surtout si l’on est prêt à admettre un postulat tel que « il n’est de matière que pensée » (postulat de purs esprits).

 

De même, si l’on a conscience de l’existence d’un univers, on ne peut s’interroger sur l’existence de son « créateur » sans s’interroger aussi sur l’existence d’un créateur de ce créateur. On mesure alors bien la vanité (au sens de recherche vaine) d’une analyse « de proche en proche », qui ne fait que repousser le problème et ne répond donc pas aux questions.

 

4. Après ... l’existence

 

D’un point de vue scientifique, on ne dispose d’aucune « observation » de ce que l’on pourrait appeler un « au-delà » (cf observabilité). On ne peut donc avoir une idée de ce qu’il peut être.

 

4.1. Une frontière connue

 

D’une part, aucun être humain n’a fait d’aller-retour entre ce que nous connaissons (ou croyons connaître) et ce que nous ignorons (et que certains croient pouvoir imaginer). Même en l’absence d’affabulations ou de manipulations, il n’existe pas de personnes réellement ressucitées : la croyance contraire s’est fondée sur des erreurs humaines (ie médicales) et sur des désirs très forts (réalités).

 

La biologie définit en effet des critères de non-retour (état du coeur et du cerveau) qui peuvent parfois être mal interprétés ou mal appliqués, ce qui entraîne ces erreurs. En effet, l’arrêt (définitif) du mouvement cardiaque entraîne en quelques minutes la mort cérébrale, tandis que la mort cérébrale peut coïncider avec une activité cardiaque (aidée) plus longue. C’est cette frange ambivalente qui peut expliquer les erreurs (au plus temporaires) de diagnostic.

 

Les rares cas de retour à la vie ayant frappé les esprits concernent des décès extrêmement récents (moins de quelques minutes). De plus, ces cas correspondent à des personnes dont la durée de vie a été (au mieux) aussi longue que celle de tout être humain (non existence d’une vie terrestre - donc biologique - éternelle).

 

Les autres formes de « décès » relèvent du type « post-comateux », ce qui renvoit à ce qui précède.

 

4.2. Une après-vie inconnue

 

D’autre part, on ignore tout de cet « univers », puisqu’il est, selon un constat permanent, et dans sa « globalité », situé hors de portée des moyens d’investigation. L’analyse se heurte donc à une impasse absolue (absence d’observable).

 

4.3. Théorie statistique et GME

 

La Statistique distingue trois concepts de base : observation d’un phénomène, loi (ou paramètre) gouvernant le phénomène, opinion portant sur la loi (ou son paramètre) (cf école bayésienne).

 

En Statistique, l’absence d’observation interdit de prouver une quelconque théorie. Le triptyque usuel « observation - connaissances a priori - modélisation  » est donc privé de l’un de ses trois fondements. Sans observation, on ne peut en déduire de connaissances préalables (études antérieures), donc la modélisation (ici, la représentation conceptuelle) de l’après-vie ne peut qu’être impossible.

 

Restent les a priori liés à l’imagination individuelle, ou même à l’imaginaire sociologique, et qui peuvent constituer eux-même une base d’analyse, donc de modélisation « théorique ».

 

Une approche bayésienne (pure) conduirait à imaginer / rechercher diverses possibilités. Parmi ces facteurs, on retrouve la distinction classique des domaines de connaissance.

 

4.3.1. Facteurs physiques :

 

(i) la notion d’univers : quel type d’univers existerait-il pour ceux qui ont quitté cette vie. Le même type ? Un autre univers, ou une autre « dimension » ?

 

(ii) la notion dérivée de l’espace-temps : aller vers où, vers un futur ? retour vers où, au passé ?

 

4.3.2. Données biologiques

 

Sur la notion de vie : quelle forme de « vie » connaîtrait une personne décédée : la même forme que précédemment ? une autre forme (cf métempsychose) ? Parle-t-on alors de la même chose lorsqu’on utilise le terme de « vie » dans les deux cas ?

 

4.3.3. Aspects psychologiques

 

(i) la « vanité » humaine voudrait que l’existence ne s’arrête pas, même si cet arrêt est aujourd’hui inéluctable d’un point de vue biologique ;

 

(ii) l’affectif individuel (peut-être une « construction » multi-millénaire) porte les individus à désirer continuer à être en contact avec les êtres chers, vivants ou disparus. Espérer « retrouver » sa famille, ses ancêtres ou ses amis est une attitude naturelle et sympathique, mais on ignore évidemement si cette nostalgie peut se baser sur un quelconque fondement.

 

4.3.4. Point de vue sociologique

 

On peut noter que les cérémonies d’inhumation perdurent toujours. Jadis (Egypte ancienne), elle était réservée à une élite et comportait un ensemble de traitements physico-chimiques destinés à conserver le support corporel du défunt le plus longtemps possible (« accession à l’immortalité par la conservation », « faire fi de la déchéance »). Aujourd’hui, certaines personnes s’engagent dans un processus de conservation (cryogénisation) de leur propre corps, dans l’espoir que des progrès futurs permettront un « retour » à la vie.

 

Aujourd’hui, le développement de la destruction du corps par le feu (crémations) semble montrer que ce souci d’éternité (physique) a disparu (défaitisme ? illusion perdue ?). Le souci actuel peut cependant correspondre à une autre forme de conviction : le support charnel de l’activité cérébrale, donc spirituelle et affective, ne semble plus aussi important que par le passé. Mais il n’existe, à ce sujet, aucune certitude : le lien entre le corps et l’esprit est-il unique, ou dépendant, ou peut-il être multivoque et indépendant ?

 

9. Inconclusion ? ...

 

L’ensemble des éléments et des réflexions mis en perspective ici, conduisent à une première remarque : l’impossibilité d’apporter des réponses à ces questions.

 

9.1. A fortiori, les religions ne peuvent-elles apporter une quelconque solution. Certaines ont même dû se qualifier de « religions révélées » (révélations dont la preuve n’a jamais pu être établie) en raison, notamment, de l’impossibilité de s’assurer d’un crédit populaire massif si leurs préceptes provenaient d’un être humain, trop « ordinaire » (ce qui est, pourtant, le cas des sectes en général).

 

D’ailleurs, les écrits « mystiques » (eg la Bible) comportent de nombreuses absurdités. Ainsi, la Trinité (père, fils et St esprit) ne peut être conçu, donc admis, par un esprit raisonnable et ressemble plutôt à une sorte de « surenchère » commerciale (cf huiles ou imprimantes 3 en 1) ; de même, une femme vierge mais qui devient cependant mère, est à l’encontre des « lois de la nature » ou « volontés de Dieu » invoquées par certaines religions. Mettre en avant des propos de ce type en vue d’obtenir l’adhésion de populations entières relève soit de manoeuvres abusives, soit d’une crédulité (entendre imbécillité) extraordinaire. Comment accorder un « crédit » intellectuel ou mental quelconque à des informations parvenues depuis ces époques, et mises en forme par de tels groupes sociaux.

 

Les observations précédentes conduisent donc à donc anticiper l’inutilité des recherches portant sur des écrits d’origine humaine (eg ceux de la Mer morte), ou sur les multiples versions de textes religieux apparues pendant des siècles. On sait que le « transport d’information » au cours du temps (mémoire), et dans des espaces différents (langues), conduit quasi-inéluctablement à introduire des erreurs (transcriptions, traductions, etc), lesquelles ajoutent de l’incohérence à ces écrits. Les activités précédentes, à supposer qu’elles aient un intérêt historique ou linguistique, n’aideront évidemment pas à la compréhension du GME.

 

9.2. Celà étant, un problème de taille est d’imaginer (ce qui semble hors de propos avant longtemps) des modalités de disparition des religions au profit de l’athéisme (voire d’autres formes de croyances).

 

On peut distinguer, au sein d’une Institution religieuse en général, les composantes suivantes (qui peuvent plus ou moins se confondre) :

 

(a) l’organisation « centrale » (eg l’Etat du Vatican), lorsqu’elle existe : orientations et direction des activités (dans le monde), relations avec les Etats politiques, gestion du budget. La disparition de cette organisation signifierait pertes des « emplois » correspondants ;

 

(b) les fonctions spécifiquement religieuses (missionnaires) : enseignement et interprétation des textes religieux, formation aux rites et règles de vie divers (morales) ;

 

(c) les fonctions humanitaires (essentiellement, éducation et santé). Dans ce cas, un « reversement » des emplois vers des organismes remplissant les mêmes activités (eg ONU et CNUCED, ONG) ne serait pas impossible.

 

Les emplois relatives aux fonctions religieuses ne seraient d’ailleurs pas perdus, puisqu’ils se cumulent, en général, avec les fonctions humanitaires.

 

9.3. Pour « oublier » ces problèmes de fond (le « principal »), l’Homme peut se lancer dans des activités dérivatives (l’« accessoire ») afin de refouler son angoisse et d’aider à une vie aussi sereine que possible.

 

Dans ce domaine, rationnel et irrationnel jouent aussi des rôles précis. On a indiqué que, lorsque le rationnel ne permet pas de répondre à certaines questions, surtout celles relatives à l’existence et à sa suite, l’irrationnel tend à le remplacer. Ainsi, les modes de recrutements classiques ayant conduit à des candidats « équivalents », le recruteur a souvent recours à d’autres « méthodes » (dont la scientificité peut être mise en doute) : graphologie, morphologie, voire divination et signes astraux ...

 

C’est pourquoi, face aux questions fondamentales soulevées ici, l’homme est rapidement tenté de céder à des besoins de référentiels : croyance en diverses superstitions (non vérifiables ou non vérifiées), pratique de rites divers (supposés éloigner les mauvaises pensées ou les mauvais sorts), recours aux religions dans leurs aspects psycho-réconfortants, etc. L’effet placebo peut encore s’ajouter à ces besoins de rassurement, dont on peut comprendre la pérennité depuis que, à chacune de ses naissances, l’Homme se trouve séparé du sein maternel qui l’a engendré.